Egypte: Le Vatican peut aider à résoudre la crise, estime le Père Rafic Greiche
La réconciliation semble difficile avec les Frères musulmans
Le Caire/Rome, 19 août 2013 (Apic) Le Vatican peut aider à résoudre la crise qui affecte l’Egypte, estime le Père Rafic Greiche. Le porte-parole des évêques catholiques égyptiens se dit très satisfait des appels répétés du pape François en faveur de la pacification dans ce pays, qui montrent que le Vatican se sent «très concerné» par les violences qui ensanglantent le pays depuis quelques jours.
Interrogé le 19 août 2013 par l’agence I.MEDIA, le Père Greiche, grec-melkite d’origine libanaise mais né en Egypte, souhaite que le Vatican dialogue avec les Etats-Unis et l’Europe afin de les aider à mieux discerner la nature et la cause des affrontements entre les Frères musulmans et l’armée égyptienne, qui contrôle désormais le pays.
Q.: Quelle est la situation actuelle en Egypte, notamment pour les chrétiens ?
P. Greiche: Depuis quelques jours la situation est plus calme, le pire semble passé. Le bilan actuel est de 58 institutions et églises chrétiennes attaquées, dont 13 catholiques. Les grandes villes, et Le Caire en tête, sont plus sécurisées que les petits villages du Sud de l’Egypte, où le fondamentalisme est enraciné à cause de la pauvreté.
Il y a déjà beaucoup de chrétiens qui ont quitté l’Egypte – surtout les plus riches et les plus instruits – car le climat était déjà très lourd depuis un an, comme en témoigne l’attaque de la cathédrale copte-orthodoxe du Caire en avril dernier. Les chrétiens ne soutiennent pas particulièrement les militaires mais ont vécu une année terrible. Ils voulaient en finir avec le régime du président déchu Mohammed Morsi et ils ont trouvé leur salut dans l’armée.
Q.: Sentez-vous le soutien du Vatican ? Quel rôle peut-il jouer dans la résolution du conflit ?
P. Greiche: Le pape François s’est exprimé à deux reprises en peu de jours. Nous sommes heureux de voir que Rome se sent concernée. Nous souhaiterions que le Vatican dialogue avec l’Europe et les Etats-Unis pour leur montrer qu’il s’agit d’une guerre contre la terreur et pour que les Nations unies et le Conseil de l’Europe ne prennent pas de mesures contre le nouveau gouvernement et coupent les aides, car ce sont les pauvres qui paieront les pots cassés.
En tant que chrétiens, nous préférons que l’Occident n’intervienne pas, car les Frères musulmans ont tout intérêt à ce qu’il y ait une intervention étrangère pour réinstaurer le régime de Mohammed Morsi. Les gouvernements européens ont du mal à avoir une vision claire de ce qui se passe en Egypte et une intervention pourrait diviser le pays. Par ailleurs, le Vatican pourrait aussi favoriser et superviser l’action des organisations caritatives et restaurer les églises et les écoles chrétiennes qui ont été détruites.
Q.: Glisse-t-on vers une guerre civile ou existe-t-il une voie vers la réconciliation ?
P. Greiche: Ce n’est pas une guerre entre chrétiens et musulmans, ça n’est pas une guerre civile, mais bien contre la terreur que veulent imposer les Frères musulmans. Tous les Egyptiens, quelle que soit leur couleur politique, veulent en finir avec ce régime. En ce qui concerne l’avenir proche, la réconciliation semble difficile à instaurer avec les quelques leaders des Frères musulmans qui n’ont pas encore été arrêtés.
Peut-être y aura-t-il une nouvelle génération de Frères musulmans qui voudront vraiment un programme clair et net et ne voudront plus instaurer le califat. Il faut d’abord continuer à élaborer une nouvelle Constitution civile, démocratique, qui donne sa place à chacun. (apic/imedia/be)



