Suisse: Une nouvelle étude révèle que la moitié de la population est distante de la religion
La religion à l’ère de l’ego
Lausanne/Saint-Gall, 27 octobre 2014 (Apic) Plus de la moitié des Suisses se déclarent distants de la religion. C’est ce que relèvent des sociologues des religions de Lausanne et de St-Gall qui ont évalué la religiosité et la spiritualité de la population dans le cadre du Programme national de recherche «Communautés religieuses, Etat et société», soutenu par le Fonds national suisse (FNS).
Les chercheurs, qui ont consigné leurs résultats dans un livre qui vient de paraître en allemand, divisent le paysage chrétien, spirituel et religieux en quatre catégories.
Plus de la moitié de la population (57%) appartient ainsi au groupe des «distants», rassemblant principalement les personnes croyantes mais non pratiquantes, non impliquées et peu intéressées par la religion, explique à l’Apic Jörg Stolz, l’un des auteurs de l’étude, qui travaille à l’Université de Lausanne. Cette catégorie des «distanciés» devrait continuer à croître à l’avenir.
Les «institutionnels», les personnes pratiquantes et intéressées par les religions traditionnelles, ne sont plus que 18%, rapporte le FNS dans un communiqué du 27 octobre 2014. Dans ce groupe, les grandes communautés catholiques et réformées s’atrophient, mais les Eglises libres charismatiques, notamment les évangéliques, gagnent du terrain, confirme Jörg Stolz à l’Apic.
Les «alternatifs», une dénomination catégorisant les personnes intéressées par des spiritualités non traditionnelles telles que le Nouvel Age, représentent 13% de la population. Ce groupe tend à se maintenir.
Les chercheurs prévoient en revanche une nette augmentation du groupe des «laïcs» ou «séculiers», qui regroupe les personnes indifférentes ou opposées à la religion et qui rassemble actuellement 12% de la population.
Dieu, ami ou énergie?
L’étude, la plus exhaustive jamais réalisée sur la religiosité en Suisse, relève des différences marquantes entre les quatre types de religiosité, notamment au niveau de leur compréhension de concepts tels que «Dieu».
Tandis que pour les membres des Eglises libres, Dieu est un ami, un être surnaturel et un faiseur de miracles, dans le groupe des «institutionnels» des Eglises catholique et réformée, Dieu est un mélange entre la figure paternelle et maternelle et un «psychanalyste transcendant», soulignent les chercheurs.
Le plus souvent, les «alternatifs» considèrent Dieu comme une source d’énergie, de force et de lumière, tandis que les «distants» ne savent pas exactement comment se le représenter. Les institutionnels sont quasiment unanimes (99%) pour dire que Dieu s’intéresse à chaque être humain. Chez les laïcs, ils ne sont que 2% à partager cette croyance. Les «séculiers» considèrent en outre souvent que Dieu est une pure illusion.
Pression de la concurrence séculière
Une individualisation marquée se développe dans les quatre types de religiosité, ont constaté les sociologues. De plus en plus, chacun décide pour lui-même en quoi il veut croire et comment il entend pratiquer. Dans ce contexte, l’utilité individuelle et la situation personnelle figurent à l’avant-plan. Tant chez les croyants que chez les non-croyants, le moi propre, l’ego, est devenu la référence pour prendre des décisions.
En raison de la liberté de choix, la sphère religieuse subit une pression concurrentielle croissante, car les individus évaluent aussi bien les offres religieuses que séculières sur la base de la prestation et du prix, assurent les auteurs du livre. La principale concurrence provient des loisirs susceptibles de supplanter les activités religieuses. Lorsque les enfants et les jeunes jouent au football le week-end au lieu de fréquenter l’Ecole du dimanche, cela entrave leur socialisation religieuse. Chez les réformés et les catholiques en particulier, cela débouche sur une rupture marquée avec la tradition, indiquent les chercheurs.
La pression concurrentielle explique aussi pourquoi les communautés religieuses misent de plus en plus sur le marketing ecclésial.
Critique croissante
Jörg Stolz précise à l’Apic que l’étude a mis en lumière l’importance de l’environnement familial sur le développement de la croyance chez l’individu. Les enfants ont de fortes probabilités d’adopter les mêmes formes de religiosité que leurs parents.
Les religions sont également perçues de manière de plus en plus distante et critique, concluent les auteurs de l’étude. Ainsi, 85% des sondés sont plutôt d’accord ou entièrement d’accord avec le fait qu’au regard de ce qui se passe dans le monde, «les religions sont davantage source de conflit que de paix».
Une version de l’ouvrage en langue française sortira au printemps 2015. (apic/com/rz)



