Malaisie : L’Eglise catholique et le gouvernement s’affrontent à propos de l’usage du terme Allah
« La religion ne peut être source de discorde dans la société »
Kuala Lumpur, 22 juillet 2013 (Apic) En Malaisie, l’Eglise catholique et le gouvernement se livrent une guerre juridique en ce qui concerne l’usage du terme Allah pour indiquer Dieu dans la Bible et dans les publications chrétiennes. L’Eglise catholique entend faire annuler une disposition du gouvernement malaisien qui interdit l’usage du terme Allah de la part des chrétiens, rapporte le 22 juillet 2013 l’agence missionnaire vaticane Fides. En effet, pour les chrétiens qui pratiquent le culte en langue Bahasha Malaysia, il n’existe pas d’autre terme pour dire Dieu que celui d’Allah.
L’Eglise catholique avait lancé une procédure judiciaire en 2008 à l’encontre de cette disposition du gouvernement malaisien. En 2009, un tribunal a donné raison à l’Eglise catholique et le gouvernement avait par la suite présenté un recours devant la Haute Cour qui n’a toujours pas été examiné à ce jour. Ces jours derniers, l’Eglise catholique a présenté au tribunal une instance d’annulation du recours présenté par le gouvernement en 2009.
Les chrétiens considèrent qu’utiliser le terme Allah pour appeler Dieu constitue un droit qui concerne 60% des chrétiens malaisiens, lesquels pratiquent le culte en langue Bahasha Malaysia. Dans cette langue locale en effet, il n’existe pas d’autre terme pour dire Dieu que celui d’Allah, comme cela est également le cas pour les chrétiens qui vivent dans le monde arabe.
Prise de position du nonce
Le nouveau nonce apostolique en Malaisie, Mgr Giuseppe Marino, s’est lui aussi exprimé publiquement sur la ligne du dialogue interreligieux. Le nonce a en effet affirmé que « la religion ne peut être source de discorde dans la société ». Certains groupes musulmans avaient interprété un certain nombre de déclarations de Mgr Marino de manière déformée et le gouvernement malaisien avait invoqué le principe de « non ingérence » dans la question légale en cours entre l’Eglise et le gouvernement.
A l’occasion d’une rencontre avec le ministre des Affaires Etrangères, Datuk Seri Anifah Aman, le nonce a mis un terme à l’équivoque, affirmant qu’ « il n’a jamais fait partie de ses intentions d’interférer dans les affaires intérieures de la Malaisie ». « En tant que nonce apostolique je crois fermement que le dialogue interreligieux est le moyen de promouvoir de bonnes relations entre les peuples de fois différentes qui peuvent dé couvrir la beauté de la foi des autres » affirmant par ailleurs « l’engagement dans le cadre de cette mission ».
Sur un total de 28 millions d’habitants, les chrétiens malais représentent environ 10% de la population alors que les musulmans constituent 61% de cette dernière. Les relations entre la Malaisie et le Saint-Siège ont été instaurées en 2011. (apic/fides/cw)
Encadré:
L’Eglise chrétienne évangélique présente dans l’Etat malaisien de Selangor se trouve placée sous enquête pour avoir transmis un message sur le réseau social Facebook, invitant les chrétiens à « prier pour avoir la bénédiction d’Allah ». L’enquête a été déclenchée à cause de l’usage du terme Allah par des chrétiens malaisiens, usage qui est encore controversé et se trouve au centre d’un contentieux judiciaire opposant l’Eglise catholique au gouvernement.
Selon l’agence missionnaire vaticane Fides, le Selangor Islamic Religious Department (JAIS), après avoir reçu un rappel, a ouvert une enquête sur la National Evangelical Christian Fellowship of Malaysia (NECF) dans l’Etat malaisien de Selangor. La plainte contre l’Eglise a été présentée par l’association nationaliste musulmane Jalur Tiga (Jati), qui accuse les chrétiens de tenter de convertir les malais par l’intermédiaire d’une campagne sur Facebook.
Un groupe d’avocats musulmans a accusé la NECF – qui rassemble toutes les communautés évangéliques présentes en Malaisie – de commettre un « sacrilège criminel contre l’islam » suite à l’appropriation indue du terme Allah. Toutefois, les chrétiens rappellent que la décision de justice de 2009 portant sur le contentieux en cours a donné raison à l’Eglise catholique, indiquant le terme Allah comme « non exclusif de l’islam ». En outre, l’église évangélique a précisé que sa campagne de prière sur Facebook « est pensée et s’adresse seulement aux fidèles chrétiens ». (apic/fides/cw)



