Suisse : Le groupe zougois Glencore-Xstrata freine le projet minier controversé aux Philippines
« La résistance de la population concernée et les critiques d’Action de Carême et de Pain pour le prochain ont certainement contribué à cette décision »
Lausanne, 15 août 2013 (Apic) Le groupe zougois Glencore-Xstrata freine le projet minier controversé qu’il a initié à Tampakan, aux Philippines. « La résistance que la population concernée a opposée au projet, tout comme les critiques formulées par Action de Carême et Pain pour le prochain ont certainement contribué à cette décision », rapportent dans un communiqué du 15 août 2013 les deux œuvres d’entraide suisses. En outre, un nouvel acte de violence mortel s’est produit en lien avec ce projet.
Le 13 août 2013, Sagittarius Mines Inc. (SMI), une filiale du géant minier zougois Xstrata, qui a fusionné il y a peu avec Glencore, a annoncé qu’elle allait réduire de manière considérable ses dépenses consacrées au projet d’exploitation d’une mine de cuivre et d’or à Tampakan. L’entreprise explique sa décision en invoquant les « défis importants rencontrés dans le développement » du projet – soit l’interdiction locale d’exploitation de mines à ciel ouvert.
« Il semblerait toutefois que des considérations d’ordre stratégique aient plus particulièrement motivé cette décision : les autorités chinoises en matière de concurrence ont posé des limites à la fusion de Xstrata et de Glencore, afin que le nouveau groupe n’exerce pas une position dominante dans le secteur mondial du cuivre », affirment Action de Carême et Pain pour le prochain. « Le groupe a d’ailleurs annoncé, dans le cadre de son bilan du premier semestre 2013, que ses ventes de cuivre avaient augmenté d’un cinquième depuis le début de l’année ».
« Les oppositions que le projet a rencontrées ont certainement aussi influencé cette décision : la mine menace en effet les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes et entraînerait l’expulsion de 5’000 autochtones », explique-t-on dans le communiqué. Une étude publiée en juin par Pain pour le prochain et Action de Carême révèle que la filiale de Xstrata ne respecte pas suffisamment les droits des populations concernées par le projet.
Daniel Hostettler, responsable du dossier « Droits humains » à Action de Carême, souligne : « Nous espérons que cette décision entraînera un changement d’état d’esprit chez SMI et qu’à l’avenir, les droits humains des populations concernées seront respectés ».
Nombre de victimes en augmentation
Dans l’intervalle, le nombre de victimes à déplorer autour du projet minier continue d’augmenter, selon Action de Carême et Pain pour le prochain. Fin juin, deux hommes membres de la communauté autochtone se sont fait tirer dessus dans le village de Kimlawis. « L’un d’entre eux est mort suite à ses blessures. Le survivant fait partie des hommes à la tête du mouvement d’opposition au projet », poursuit le texte. Selon ses dires, les responsables font partie du groupe paramilitaire de la Cagfu, cofinancé par SMI. Le nombre de victimes liées à ce projet s’élève désormais à neuf personnes.
Le Conseil fédéral reste appelé à intervenir. « Les irrégularités dont est entaché le projet minier de Tampakan montrent qu’il est nécessaire d’adopter des normes contraignantes obligeant les entreprises à respecter leur devoir de diligence – comme le demande la campagne « Droit sans frontières » menée entre autres par Action de Carême et Pain pour le prochain ». « De cette manière uniquement, les entreprises suisses seraient contraintes à respecter les droits humains partout dans le monde. La base volontaire à elle-seule ne suffit pas », concluent les deux œuvres d’entraide. (apic/com/cw)



