Rome : Intervention du rabbin Rosen devant le synode
La responsabilité des Israéliens dans la souffrance des Palestiniens
Rome, 13 octobre 2010 (Apic) Les Israéliens ont «une responsabilité spéciale» vis-à-vis de la «souffrance» du peuple palestinien, a reconnu le rabbin David Rosen. Le directeur du département des Affaires interreligieuses du Comité juif international, a pris la parole, dans la soirée du 13 octobre au Vatican lors du synode, devant Benoît XVI.
Intervenant devant le pape et les ›pères synodaux’, le rabbin Rosen a ainsi reconnu que les Israéliens avaient «une responsabilité spéciale», «tout particulièrement» envers leurs «voisins qui souffrent». «La détresse des Palestiniens en général, et des chrétiens palestiniens en particulier, a-t-il expliqué, devrait constituer une préoccupation profonde pour les juifs, tant d’Israël que de la diaspora». Il a aussi tenu à préciser que, selon le Talmud, «tout manque de respect à l’égard d’une autre personne, est un acte de non respect envers le Créateur lui-même».
«Pour moi, personnellement, a ensuite confié le rabbin, en tant qu’Israélien de Jérusalem, la situation douloureuse en Terre Sainte et la souffrance de tant de personnes des différents côtés du fossé politique, est une source de grande douleur». David Rosen a alors soutenu qu’il fallait tout faire «pour alléger les épreuves liées à cette situation».
Le métier de chrétien
Par ailleurs, le rabbin Rosen a estimé que les chrétiens jouaient «un rôle disproportionné pour la promotion de la compréhension et de la coopération interreligieuses dans le pays». Devant le pape, le rabbin a alors expliqué que «le métier du chrétien», selon lui, était de «contribuer à surmonter le préjugé et l’incompréhension qui apportent la confusion en Terre sainte et qui, naturellement, sont fortement renforcés dans la région en général».
Le rabbin Rosen a jugé «tout à fait juste et opportun» que les chrétiens palestiniens expriment «leur détresse et leurs espoirs» vis-à-vis de la situation actuelle. Il a cependant noté «avec regret» que leurs expressions n’étaient «pas toujours en accord avec la lettre et l’esprit du Magistère concernant les relations avec les juifs et le judaïsme».
Ignorances réciproques
Dans sa longue intervention en anglais, le rabbin Rosen a également avoué «avoir été surpris de découvrir que le clergé catholique et parfois même la hiérarchie de certains pays ignoraient tout non seulement du judaïsme contemporain, mais aussi souvent de Nostra Aetate, des documents du Vatican y découlant et, par conséquent, des enseignements du Magistère concernant les juifs et le judaïsme». La déclaration conciliaire Nostra Aetate de 1965 concernait les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes.
Le rabbin a aussitôt reconnu qu’il y avait encore «une ignorance sur le christianisme très répandue dans le monde juif, surtout là où les contacts avec les chrétiens modernes sont rares ou inexistants».
Le passé négatif des juifs
Au fils de son intervention sur «la relation judéo-chrétienne et le Moyen-Orient», le rabbin s’est réjoui que «les rapports entre l’Eglise catholique et le peuple juif connaissent une heureuse transformation», qui n’a sans doute «pas d’égal dans l’histoire». «Cette transformation frappante dans la façon dont le peuple juif est vu et présenté, a-t-il expliqué, a dû et doit encore affronter l’influence de siècles, voire de millénaires d’’enseignement du mépris’ à l’égard des juifs et du judaïsme, qui ne peut être éliminé, bien évidemment, du jour au lendemain, ni même en 45 ans».
«Il reste un long chemin à faire avant que la communauté juive d’Israël surmonte son passé négatif, a ensuite confié le rabbin, mais il n’y a pas de doute que les attitudes ont changé» depuis la «visite historique» de Jean Paul II en Terre sainte en 2000.
Le premier responsable juif à avoir été invité à parler lors d’un synode d’évêques au Vatican était le grand rabbin d’Haïfa, Shear-Yashuv Cohen, lors du Synode sur la Parole de Dieu d’octobre 2008. Le rabbin Cohen avait alors profité de cette tribune pour évoquer devant Benoît XVI et les évêques «le silence» de certains «grands leaders religieux» face à l’Holocauste, dans une allusion explicite à Pie XII (1939-1958). Il avait également évoqué les relations passées faites «de sang et de larmes» entre juifs et catholiques.
Après l’intervention du rabbin David Rosen, deux représentants musulmans prendront à leur tour la parole dans l’après-midi du 14 octobre: le sunnite Mohammad Sammak, secrétaire du Comité national libanais pour le dialogue islamo-chrétien, et l’ayatollah iranien Seyyed Mostafa Mohaghegh Damad, musulman chiite. (apic/imedia/lb/bb)



