La révolution de Jorge Mario Bergoglio contre «la globalisation de l'indifférence»
Argentine: Comment le pape François a établi sa pensée économique centrée sur l’être humain
Rome, 23 août 2013 (Apic) Tout en se situant au-delà de celle de Marx, la pensée du pape François sur l’économie s’oppose également à la ‘globalisation de l’indifférence’. Après l’ère Jean Paul II, durant laquelle le pape polonais tendait à favoriser l’Ouest capitaliste sur l’Est communiste, et après l’introduction par Benoît XVI du modèle d’»élites créatives», nous assistons maintenant au «virage à gauche» du pape François, qui met au centre de son action le côté social de l’Evangile, souligne le vaticaniste Giacomo Galeazzi.
Ce que nous vivons actuellement rappelle la période d’ouverture à la modernité que l’Eglise a entreprise de Pie XII à Jean XXIII. «Le pape François pratique une forme de Théologie de la Libération qui remplace le marxisme par la compassion chrétienne», relève Mario Marazziti, porte-parole de la Communauté Sant’ Egidio. «Jorge Bergoglio donne une place centrale au changement et aux droits des personnes se trouvant au bas de l’échelle sociale, sans lesquels il est vain de parler de dignité humaine. Il appelle à établir des politiques positives, aptes à corriger les méfaits du capitalisme globalisé. Il joue un rôle clé au niveau de l’opinion publique dans le mouvement de refus de la libéralisation économique effrénée, de l’individualisation de la religion et de la prédominance des intérêts corporatistes», ajoute le représentant de l’organisation catholique très active dans l’aide aux plus démunis.
«Perestroika» à la curie
En effet, c’est un pape qui pointe un doigt accusateur contre les «requins de la finance». A l’occasion de son premier voyage papal à Lampedusa, au sud de l’Italie, il a dénoncé la cruauté de ceux qui «prennent des décisions socio-économiques secrètes, sous couvert d’anonymat, ouvrant la voie aux tragédie de la migration».
Nous avons là une approche impliquant l’idée de réforme. Cette idée est actuellement mise en action notamment dans la réorganisation des structures de l’Eglise. Le pape François a mis sur pied des commissions d’experts chargés de lui conseiller la meilleure façon de se débarrasser de la bureaucratie du Vatican, de créer plus de transparence dans les activités économiques et notamment de l’Administration du patrimoine du Siège Apostolique (APSA), épinglée dans de récents scandales de fraude. Il y a une réelle «Perestroika» en cours dans la curie, qui a été «raffinée» et «distillée» dans le «laboratoire de Buenos Aires». C’est là que le premier pontife jésuite et sud-américain de l’histoire s’est «entraîné».
Mgr Bergoglio, le «vrai visage de l’opposition»
En Amérique latine, son combat l’a gratifié de l’estime des leaders des mouvements de défense des droits humains. Son engagement lui a également valu le respect des «Mères de la Place de Mai», une organisation qui lutte pour le souvenir des victimes de la dictature argentine, et qui a toujours été très sévère envers la hiérarchie catholique. Jorge Mario Bergoglio ne s’est jamais soumis aux divers leaders qui se sont succédé à la tête de l’Argentine…Il provient du même milieu politique que son prédécesseur à l’archevêché de Buenos Aires, Antonio Quarracino, qui est assez proche de l’aile populaire des péronistes…A la tête du diocèse, l’actuel pape a vécu l’expérience traumatisante de la faillite étatique de 2001. A l’époque, il a soutenu les Argentins qui protestaient contre les politiques néolibérales, les gens remplissant l’air de la ville de la cacophonie de millions de casseroles qu’ils frappaient à grande volée…En tant qu’archevêque de Buenos Aires, Mgr Bergoglio avait ouvertement critiqué les choix de l’ancien président Nestor Kirchner. Le prélat assurait que ce n’était pas la bonne voie pour résoudre la crise et que la politique du gouvernement allait faire exploser la pauvreté…Dès l’annonce de son élection, en mars 2013, les médias argentins ont remis sur le tapis la relation complexe du nouveau pape avec la famille Kirchner…Des journaux ont notamment rappelé que Nestor Kirchner considérait Mgr Bergoglio comme «le vrai visage de l’opposition».
Quatre ans pour tout changer
En tant qu’austère jésuite, le Père Bergoglio aimait parcourir la capitale argentine en habits sobres. On ignore souvent qu’il a été nommé Provincial des jésuites d’Argentine dès l’âge de 35 ans. Durant la terrible période de la dictature, il a entrepris de nombreuses actions pour sauver des prêtres et des laïcs de la torture. Déjà avant que le conclave chargé de remplacer Benoît XVI ne débute, certaines personnes disaient du cardinal Bergoglio: «Donnez-lui seulement quatre ans, et il va tout changer!». (apic/vatin/rz)



