Rome: Discours de la ministre britannique Sayeeda Warsi au Vatican
La sécularisation en Europe a des accents totalitaires
Rome, 15 février 2012 (Apic) La «sécularisation militante» en Europe a des «traits similaires à ceux des régimes totalitaires», où l’on «refusait aux gens leur identité religieuse». C’est ce qu’a affirmé la ministre britannique musulmane d’origine pakistanaise Sayeeda Warsi, à l’occasion d’une rencontre avec les futurs diplomates du Saint-Siège, dans la soirée du 14 février 2012, au Vatican.
A la tête d’une délégation de six ministres d’Outre-Manche en visite au Vatican pour deux jours, Mme Warsi a appelé les nations de l’Europe à renforcer l’identité du continent. Dans son discours prononcé devant un parterre de prélats, de futurs nonces apostoliques et de diplomates, et qui semblait faire écho à celui prononcé un an et demi plus tôt par Benoît XVI à l’abbaye de Westminster, à Londres, Sayeeda Warsi s’est inquiétée de la «marginalisation de la religion» en Europe. Et de citer comme preuve le fait que le préambule de la Constitution européenne ne contienne pas un mot sur la chrétienté.
«Dans plusieurs parties de l’Europe, a-t-elle constaté, on a cru à tort qu’il était en quelque sorte nécessaire de devenir moins religieux ou moins chrétiens pour recevoir des personnes venant d’ailleurs». Si Sayeeda Warsi a mis en cause le comportement d’une «élite libérale bien intentionnée», la ministre s’en est surtout pris à ceux qui s’opposent à la religion et qui ont recours à «un vocabulaire d’intolérance séculariste».
«Un sécularisme agressif est en train d’être imposé insidieusement», a prévenu la responsable britannique avant d’affirmer que cette «sécularisation militante» avait des «traits similaires à ceux des régimes totalitaires», où l’on «refusait aux gens leur identité religieuse». «La réponse à cette sécularisation militante est simple», et consiste à «raffermir nos croyances, repousser l’intolérance et réaffirmer les bases religieuses sur lesquelles sont fondées nos sociétés».
La Turquie n’est pas une menace
La ministre a aussi invité certains gouvernements, et particulièrement «les hommes politiques qui affirment qu’inviter la Turquie à entrer dans l’Union européenne serait une menace pour les racines de l’Europe et son héritage chrétien», à se rendre compte que «le pluralisme n’est pas une menace à la tradition». «
«Afin d’assurer à la religion sa place dans la sphère publique, (…) les personnes doivent se sentir plus fortes dans leur identité religieuse, plus confiantes dans leur croyance», a affirmé la représentante du Premier ministre David Cameron. Et d’appeler les individus à «ne pas édulcorer leur foi» et les nations à «ne pas nier leur héritage religieux». En particulier, «l’Europe doit avoir davantage confiance dans son caractère chrétien» et ne pas faire «l’erreur d’essayer d’effacer» cet héritage. Pour étayer son raisonnement, Sayeeda Warsi a alors salué le rôle du christianisme dans la lutte contre le communisme, la pacification de l’Irlande du Nord et, plus récemment, son aide après le tremblement de terre en Haïti, les inondations au Pakistan et la sécheresse dans la Corne de l’Afrique.
Le dialogue interreligieux
«Le dialogue interreligieux échoue là où les religions sont nivelées par le bas afin de trouver un terrain commun» et «il réussit lorsque l’on débat de nos différences», lorsque l’on affiche ses convictions, a aussi déclaré la ministre dans sa longue allocution. «Un langage commun entre les croyances risque d’affaiblir la diversité et l’intensité de nos religions respectives». A l’inverse, selon elle, la Constitution apostolique Nostra Aetate du Concile Vatican II «n’était pas un signe de la faiblesse de la foi de l’Eglise mais un signe de sa force».
Parmi les différents représentants du Saint-Siège présents à cette rencontre, on notait particulièrement la présence du ›chef de la diplomatie vaticane’, Mgr Dominique Mamberti. (apic/imedia/cp/mp)



