Suisse: La Communauté de travail des Eglises chrétiennes fête ses 40 ans

La seule plate-forme oecuménique oeuvrant au niveau national

Zürich, 1er juin 2011 (Apic) La Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC) fête ses 40 ans cette année. Il s’agit de la seule plate-forme oecuménique oeuvrant au niveau national. Dix Eglises en sont membres.

«Pratiquement personne ne peut imaginer les problèmes qu’il a fallu surmonter à cette époque», affirme la secrétaire générale de la CTEC, Christiane Faschon, dans un document diffusé à l’occasion de cet anniversaire. L’ancien évêque de St-Gall Ivo Fürer et le pasteur Eduard Wildbolz, qui se sont tous deux engagés dans la création de la CTEC, s’en souviennent.

Handicap de départ

La CTEC a donc été fondée en 1971. Elle a été précédée par la Communauté de travail des commissions œcuméniques des Eglises de Suisse allemande (Arbeitsgemeinschaft der ökumenischen Kommissionen der deutsch-schweizerischen Kirchen). «Cette communauté de travail avait été influencée par le développement du COE. Elle organisait régulièrement, dans les années 1960, des rencontres avec les Eglises évangéliques libres, qui considéraient alors l’œcuménisme avec scepticisme et méfiance», rapporte Eduard Wildbolz. Le prochain pas a été une invitation, pour la première fois, d’un catholique comme principal conférencier, le professeur de Nouveau Testament Johannes Feiner, malgré la résistance interne dans le camp des Eglises libres. Il avait emmené deux étudiants en théologie avec lui. Certains participants rencontraient pour la première fois des catholiques sur le terrain théologique! Malgré tous les préjugés, ils ont vécu un dialogue ouvert avec des catholiques. Par la suite, les deux étudiants en théologie ont été régulièrement invités et une amitié s’est développée.

Le Concile Vatican II a donné l’impulsion dans l’engagement de l’Eglise catholique romaine dans le domaine de l’œcuménisme, souligne Mgr Ivo Fürer, ancien évêque de St-Gall. En 1966, la Commission de dialogue de la FEPS et de l’Eglise catholique romaine se met au travail. «Des personnes issues de la direction des Eglises y étaient à l’œuvre. Cette commission bilatérale – avec laquelle collaboraient entre autres Karl Barth et Hans Urs von Balthasar – accomplissait un important travail». Entre autres il y était question de pastorale des couples mixtes, de baptême et d’intercommunion. Les membres envisageaient également la fondation d’une Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse.

La première conférence préparatoire de la CTEC eut lieu en janvier 1969, avec des représentants des Eglises nationales reconnues et des Eglises libres. «Il a été impressionnant de voir Mgr Hänggi présenter ses excuses pour les blessures commises autrefois par son Eglise à l’égard des autres Eglises», se rappelle le pasteur Wildbolz. Le 13 mars 1970 s’est déroulée une 2e séance à Zurich, avec des représentants des Eglises évangélique réformée, catholique chrétienne, catholique romaine, des méthodistes, des baptistes et l’Armée du Salut. Le 31 mars 1971 eut lieu une rencontre des délégués de la CTEC. Il n’y avait pas encore de présidium particulier. «Les représentants de la FEPS avaient élaboré un premier projet de statuts, les Eglises catholique chrétienne et catholique romaine se joignirent comme partenaires importants. Je voudrais mentionner en particulier le professeur Heinrich Stirnimann, le pasteur R. Kurz de Zürich, le pasteur Eduard Wildbolz, devenu par la suite secrétaire de la CTEC, le professeur Stalder et les évêques catholiques Mamie et Hänggi», se rappelle Mgr Ivo Fürer.

Quel nom donner à l’organisation? Qui en est membre?

La question des conditions d’appartenance à la CTEC s’est posée dans différents domaines. La FEPS s’est demandée ce qu’il en était des Eglises libres. Devaient-elles être acceptées dans leur globalité? Et-ce que c’était l’Alliance qui devait être membre? Les méthodistes faisaient partie de la FEPS, mais devaient-ils être membres individuels de la CTEC? Les délégués de la FEPS se sont prononcés sur la procédure, mais pas sur l’exclusion de l’une ou de l’ensemble des Eglises libres.

L’Armée du Salut, pour sa part, a souligné qu’elle était une communauté ecclésiale et non une Eglise. C’est pourquoi il y a eu une discussion sur la dénomination de la CTEC: Devait-elle s’appeler «Communauté de travail des Eglises chrétiennes et communautés ecclésiales»? Ou peut-être «Fraternité ecclésiale»? Le titre «Communauté de travail» était considéré comme «trop profane» par certains! En Autriche l’organisation sœur s’appelait «Ökumenischer Kirchenrat» (Conseil des Eglises œcuménique). «Mais un conseil est un organe décisionnel en Suisse, et ce n’était pas le cas du CTEC», souligne Mgr Fürer. On en est donc resté à «Communauté de travail», un titre également porté par l’organisation sœur en Allemagne, fondée en 1948. L’élaboration des objectifs de la CTEC s’est déroulée avec peine. Les baptistes et les méthodistes ont alors proposé leur aide, qui s’est avérée importante.

Insécurité et nouvelle étape

Le 21 juin 1971, la CTEC était officiellement baptisée. Elle avait besoin de soutien. «Cela montrait que l’on savait peu de choses des autres Eglises. L’œcuménisme nécessitait du temps, ça avançait avec peine», se rappelle Ivo Fürer. «Nous devions sortir du système de pensée de la concurrence mutuelle et bâtir la confiance. Je pensais qu’il n’y avait pas beaucoup de problèmes théologiques pour la collaboration.» Et pourtant, beaucoup de fidèles catholiques se sentaient insécurisés du fait que le Concile avait introduit de nouveaux points de vue, par exemple face au jeûne le vendredi ou à la communion dans la bouche, etc. «Et en plus le rapprochement avec les autres Eglises! Pour beaucoup, c’était trop à la fois!».

Après 40 ans, les embûches n’ont pas toutes disparu. Mais les Eglises membres collaborent avec une bonne volonté et un professionnalisme croissants. «Le but de la CTEC est de témoigner de l´unité des Eglises fondées et vivant en Jésus-Christ, de servir à l´accomplissement de leur mission, et d’encourager la collaboration entre chrétiens», soulignent ses statuts. Et elle se trouve sur ce chemin.

Encadré:

La seule plateforme œcuménique de Suisse

La CTEC est la seule plate-forme oecuménique oeuvrant au niveau national, affirme-t-elle sur son site internet (www.agck.ch). Dix Eglises en sont membres. C’est une association au sens de l’art. 60 CC. Elle est membre associé du Conseil page oecuménique des Églises à Genève, et collabore avec les Communautés de travail des Eglises chrétiennes en Europe. Le 23 janvier 2005, toutes les Eglises membres ont signé la Charte oecuménique à Saint-Ursanne.

Son comité est présidé par la pasteure anglicane Adèle Kelham, qui a succédé cette année à Mgr Vitus Huonder. La pasteure bernoise Rita Famos est en vice-présidente.

Parmi ses buts, la CTEC encourage le dialogue théologique et l’échange d’informations entre ses Églises membres. Elle examine les possibilités de mener des actions communes visant à l’unité des chrétiens, et accomplit un travail de mise en réseau. La CTEC défend des objectifs communs à l’extérieur et informe l’opinion publique. Elle conseille les Églises membres et assure la médiation en cas de divergences d’opinion. La CTEC s’engage dans la création et le soutien de communautés de travail régionales et cantonales. Elle s’attache à développer les relations entre les Eglises et la Confédération suisse, et élabore à cet effet des propositions concrètes.

En sont membres:

Fédération des Eglises protestantes de Suisse; Eglise catholique romaine de Suisse; Eglise catholique chrétienne de Suisse: Eglise évangélique méthodiste en Suisse; Bund Schweizer Baptistengemeinden; Armée du salut; Fédération d’Eglises Evangéliques Luthériennes dans la Suisse et la Principauté de Liechtenstein; Diocèse orthodoxe de Suisse du patriarcat œcuménique de Constantinople; Représentation de l´Eglise orthodoxe-serbe en Suisse; Eglise anglicane en Suisse.

(apic/com/bb)

1 juin 2011 | 14:52
par webmaster@kath.ch
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