Sierra Leone: Les plantations de biocarburants aggravent la situation alimentaire

La société suisse Addax cultive le non-sens

Freetown/Lausanne, 25 septembre 2012 (Apic) Les cultures de biocarburants de la firme genevoise Addax Bioenergy, en Sierra Leone, ont un effet négatif sur le système alimentaire du pays. C’est le constat de l’organisation sierra léonaise SiLNoRF (Sierra Leone Network on the Right to Food, Réseau sierra léonais pour le droit à l’alimentation), soutenue par la fondation protestante «Pain pour le Prochain» (PPP).

En Sierra Leone, la société Addax a accaparé 57’000 hectares de terres, indique un communiqué de presse de PPP daté du 24 septembre. Depuis trois ans, l’entreprise genevoise a investi dans la culture de la canne à sucre à grande échelle. Ceci afin d’obtenir du carburant pour les voitures européennes.

Les grandes plantations menacent cependant la sécurité alimentaire. C’est ce que démontre le dernier rapport de suivi de l’organisation locale SiLNoRF. Mohamed Conteh, coordinateur de l’organisation, a documenté les effets de la production à grande échelle de la canne à sucre. «Il est important que nous continuions à observer les développements positifs ainsi que les points négatifs de ces cultures», indique-t-il.

Des effets positifs

Les terres qu’Addax a louées près de la capitale provinciale de Makeni, pour une durée d’au moins cinquante ans, représentent le double de la surface du canton de Genève et concernent environ 13’000 personnes. L’investissement dépasse les 300 millions de francs suisses. L’investisseur vise un rendement de 15%, et l’on a promis à la population locale un développement économique.

Certains effets positifs sont en effet visibles. 1’250 emplois ont été créés, les salaires dépassent le seuil minimum et un programme de développement agricole est censé assurer l’approvisionnement de base.

Dans l’assiette, non dans le réservoir

Le projet ne profite cependant pas à tous. Le modèle d’Addax et de nombreux autres investisseurs en Afrique est basé notamment sur l’objectif de l’UE d’obtenir 10% d’agrocarburants d’ici 2020. Mais cette exigence est très controversée, car elle augmenterait considérablement le coût des denrées alimentaires. L’UE elle-même est en train planifier de limiter la quantité de biocarburants produite à partir d’aliments. «Produire des aliments pour les réservoirs au lieu des assiettes ne fait pas sens», explique Yvan Maillard Ardenti de PPP.

«Les récoltes des agriculteurs en Sierra Leone ne sont déjà pas suffisantes aujourd’hui pour nourrir la population du pays».

Addax offre aux agriculteurs qui ont perdu leurs terres à cause des plantations. Un programme agricole qui vise à assurer la production alimentaire. Pour le moment, ce programme est limité à trois ans et basé sur une agriculture intensive, avec des inputs chers que de nombreux agriculteurs sont incapables de payer. En outre, les récoltes 2012 étaient faibles dans de nombreux endroits. D’après SiLNoRF, il vaudrait mieux soutenir une agriculture durable, centrée sur les petits paysans.

Les craintes de pénurie d’eau

«Dans le monde, des millions de personnes sont menacées parce que les investisseurs étrangers s’accaparent de vastes étendues de terre», explique Yvan Maillard Ardenti. Cet accaparement des terres et la production de cultures pour les biocarburants ont fait monter les prix des denrées alimentaires. Une étude de PPP énumère d’autres inconvénients et risques du projet Addax: la monoculture de canne à sucre durant 50 ans n’est pas respectueuse de l’environnement. La corruption menace, parce que l’utilisation des compensations reçues par les autorités locales reste floue.

Par ailleurs, les femmes ne reçoivent aucune compensation, parce qu’elles ne peuvent pas être propriétaires selon la structure sociale traditionnelle. De plus, Addax a un droit d’accès à l’eau très étendu. Cet accès sécurisé permet d’irriguer les champs de canne à sucre. La firme va pomper dans la saison sèche un quart de la plus grande rivière de la Sierra Leone. Cela pourrait conduire à des pénuries d’eau. Dautant plus que d’autres investisseurs étrangers vont s’installer sur le même fleuve. (apic/com/rz)

25 septembre 2012 | 18:16
par webmaster@kath.ch
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