«La solidarité des Suisses nous donne de l’espoir»
Brésil: Inondations à Nova Friburgo
Brésil, 20 janvier 2011 (Apic) Le Conseil d’Etat du canton de Fribourg a alloué une aide financière de 100’000 francs pour la reconstruction de Nova Friburgo, la ville de leurs «cousins d’Amérique». Celle-ci est la plus touchée par les pluies diluviennes qui se sont abattues pendant plusieurs jours à l’intérieur de l’Etat de Rio de Janeiro, au Brésil. Une aide qui a ému Mgr Edney Gouvêa Mattoso, l’évêque du diocèse de Nova Friburgo, particulièrement mobilisé pour secourir les fidèles. Interview de Jean-Claude Gerez, pour l’agence Apic.
Apic: Monseigneur, quelle est la situation aujourd’hui à Nova Friburgo?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: Avec Petropolis et Teresopolis, Nova Friburgo est la ville la plus touchée par les inondations, notamment parce qu’elle a été atteinte dans le centre ville. Aujourd’hui, le spectacle est celui d’une dévastation énorme. Des rues entières sont recouvertes de boue et nous prenons peu à peu conscience de l’ampleur et de la gravité de la situation. Pendant plusieurs jours, nous avons vécu un chaos. Nous n’avions ni eau, ni électricité, ni communications et les routes étaient coupées. Nous étions comme isolés sur une île. Nous savions cependant qu’il y avait de nombreux morts. Des survols en hélicoptère avaient permis aux autorités de constater que des pans entiers de collines s’étaient effondrés et avaient constitués des torrents de boue meurtriers, emportant tout sur leur passage. D’ailleurs, le bilan est très lourd. A l’heure où je vous parle, pour la seule ville de Nova Friburgo qui compte 180’000 habitants, la catastrophe a fait 339 morts, 82 disparus et près de 2’000 sans abri.
Dès que la météo laisse un peu de répit, les fonctionnaires publics travaillent d’arrache pied pour rétablir l’électricité et rouvrir les routes. Depuis aujourd’hui seulement, les lignes téléphoniques fonctionnent à peu près normalement. Ces progrès facilitent évidemment le travail de tous ceux et celles qui tentent, jour après jour, d’améliorer la situation.
Apic: Comment la population fait-elle face au drame?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: La population est étonnamment combative face à cette situation dramatique. Nous observons un fantastique esprit de solidarité. Ceux qui ont été les moins touchés par la catastrophe se sont immédiatement portés volontaires pour aider les victimes. Aliments, vêtements, médicaments, produits d’hygiène… La solidarité est exemplaire et importante. Notamment pour fournir de l’eau pour la consommation, car c’est le problème le plus sensible en ce moment, puisque les torrents de boue ont atteint les réserves d’eau potables. Chaque jour qui passe montre une population qui prend conscience qu’une telle tragédie ne pourra être surmontée qu’en restant unie.
Apic: Comment l’Eglise de Nova Friburgo se mobilise-t-elle?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: De plusieurs manières. D’abord, nous cherchons à nous rapprocher des familles des victimes pour les accompagner spirituellement dans ce drame qui les frappe. Nous essayons d’apporter une présence solidaire et des paroles de réconfort et d’espérance. Comme j’ai l’habitude de dire: «tout, autour de nous, peut s’effondrer. La seule chose qui ne peut pas l’être dans notre vie, est la foi en Dieu. Si nous conservons cette foi, nous aurons la force qui vient de l’espoir, et qui nous permet d’avancer et d’aider notre prochain.»
Par ailleurs, nous apportons une assistance plus concrète, notamment dans la collecte de produits de première nécessité. Nous essayons également d’appuyer le travail d’autres institutions, y compris gouvernementales. Nous nous sommes aussi organisés pour fournir des logements d’urgence. Par exemple, un grand collège catholique de la ville a ouvert ses portes et accueille des centaines de sans-abri. Nous même y sommes logés, car la maison diocésaine est menacée d’effondrement!
Apic: Les autres diocèses du pays vous aident-ils?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: Beaucoup! En nous fournissant des produits de première nécessité et en nous aidant financièrement à travers des dons (*). C’est d’autant plus important que nous savons très bien qu’une fois l’émotion passée, le plus difficile va commencer pour ces gens qui ont tout perdu. C’est à ce moment que nous devrons être présents et efficaces. Y compris de manière matérielle.
Apic: Quel est votre sentiment à propos de la mobilisation en Suisse?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: Je remercie infiniment tous les citoyens de ce pays pour leur solidarité. Elle donne à chacun d’entre nous un immense sentiment d’espoir et rappelle que le monde aujourd’hui n’est finalement pas tant contaminé que cela par l’individualisme et l’indifférence. Je tiens à remercier en particulier tous les habitants de Fribourg et des environs pour leur solidarité. Cela nous touche d’autant plus que de nombreuses familles qui vivent ici, à Nova Friburgo, ont leurs racines dans cette partie de la Suisse.
Apic: Quelles sont les perspectives pour les jours et les semaines à venir?
Mgr Edney Gouvêa Mattoso: Nous allons continuer à offrir un accueil spirituel et matériel aux habitants de Nova Friburgo. Nous allons également profiter de la réouverture des routes pour nous rendre dans les communautés plus éloignées et, notamment, accompagner des équipes du Ministère de la Santé dans les coins les plus reculés de la région. Ces expéditions vont nous permettre également d’établir une cartographie des lieux où nous allons devoir retourner d’ici quelques temps pour assurer le suivi de ces populations.
(*) Compte bancaire: Banque Bradesco n° 337// Agence : 540-1 // Compte n° 114000-0// WIFT: BBDEBNSPSPO // Bénéficiaire: Mitra diocesana de Nova Friburgo (apic/jcg/ggc)



