Les Romands en fonction au Vatican: Alain de Raemy, aumônier de la Garde suisse pontificale. Premier d’une série de 4 portraits qui comprendra également le cardinal Cottier, le théologien Charles Morerod et le vice-commandant de la Garde suisse pontificale Jean-Daniel Pitteloud.

La suite? « Je préfère ne pas choisir. Ainsi, je ne peux pas être déçu »

Rome, 11 mai 2010 (Apic) Le mandat de Mgr Alain de Raemy comme aumônier à la Garde suisse pontificale échoit en septembre 2011. Sera-t-il renouvelé? Ou le prêtre fribourgeois retournera-t-il dans son diocèse? Tout reste ouvert, affirme le concerné, qui affirme « ne pas vouloir choisir lui-même le lieu de son engagement, par simple et bienheureuse obéissance ».

« Je préfère ne pas choisir, me laisser conduire. Ainsi, je ne peux pas être déçu, je reste ouvert. Et la providence de Dieu garde toute sa part », affirme l’abbé de Raemy, qui reçoit son visiteur dans son modeste mais chaleureux appartement situé dans la caserne de la Garde suisse pontificale à Rome. Par ailleurs, le renouvellement de son mandat dépend « du pape et de l’évêque ». Seulement d’eux? « C’est vrai qu’on me demandera aussi mon avis. De même que celui du commandant de la Garde suisse, j’imagine », admet-il. Mgr Genoud est venu en mai 2009, et ensemble ils ont estimé qu’il était trop tôt pour prendre une décision. Ils attendront la fin de sa 4e année de fonction pour se prononcer.

D’une part, Alain de Raemy apprécie son engagement. Mais la Garde suisse pontificale est en quelque sorte « un lieu en circuit fermé ». On y vit l’Eglise universelle, certes, mais à l’intérieur d’une caserne, donc en vase clos. Tout se passe au même endroit: vie professionnelle, vie privée, loisirs, … « Le moindre problème devient presque une affaire d’état. Il n’y a pas de vie privée distincte de la vie professionnelle », souligne-t-il.

Pour l’instant, la motivation de Alain de Raemy est intacte, « et cela se passe bien ». Sa mission consiste à être en permanence à disposition des gardes suisses, de jour comme de nuit. C’est donc un ministère de présence qui exige beaucoup de souplesse. De ce fait, Alain de Raemy a de la difficulté à prendre du temps pour ses études personnelles. Par exemple, il n’a pas pu conserver un jour de congé fixe (normalement le lundi pour les prêtres).

Sa tâche d’aumônier comprend un certain nombre d’activités fixes et bien définies. Il célèbre d’abord trois messes le dimanche, pour permettre à tous les gardes de participer, en fonction de leurs engagements. Ils sont d’ailleurs tenus à venir à ces messes-là, à moins d’obtenir une autorisation du commandant pour se rendre dans une autre église.

Un ministère en allemand et français, en plus de l’italien

Alain de Raemy assure également les confessions et l’accompagnement spirituel, même si certains gardes préfèrent solliciter un autre prêtre pour avoir un regard extérieur sur leur parcours de vie. Une fois par mois, l’aumônier donne une heure de catéchèse d’adulte, sur un thème d’actualité ou un thème spirituel, répétée trois fois afin que chaque section puisse y participer. Et dans chaque section le français et l’allemand sont représentés, ce qui nécessite de traduire constamment (on part du point de vue que les Tessinois comprennent le français ou l’allemand). L’abbé de Raemy assure ensuite la préparation spirituelle des recrues pour l’assermentation, ainsi qu’une initiation spirituelle et culturelle des nouveaux arrivés, trois fois par an, durant 5 semaines et dans les deux langues. Et au début du carême, quand le pape fait sa retraite spirituelle, l’aumônier en organise aussi une dans chaque langue pour ses gardes. Il est enfin consulté pour une promotion ou une médaille et donne son point de vue sur les aptitudes morales et religieuses du candidat. Car si tout garde doit avoir des aptitudes militaires, il doit aussi être exemplaire au niveau de la foi.

Mais ces activités prévues dans le cahier des charges s’accompagnent de nombreuses autres, beaucoup moins prévisibles. « Souvent des gens qui connaissent quelqu’un qui me connaît me demandent s’il est possible de leur faire visiter le Vatican. Et il m’arrive aussi de recevoir des groupes de confirmands, de servants de messe ou de jeunes qui viennent de Suisse. En plus de cela, je suis assez souvent sollicité par les médias pour un point de vue, un service, une interview », explique-t-il. Sans oublier l’accompagnement des familles des gardes mariés, ce qui implique aussi la célébration de baptêmes ou de mariages (d’anciens gardes également) !

Concernant la suite de son engagement, Alain de Raemy a-t-il entendu que son nom a été cité par certains médias comme successeur potentiel de Mgr Genoud ? Oui, il l’a entendu. Il s’en montre autant surpris qu’amusé. « Tiens, on ne m’a pas oublié à Fribourg! », s’exclame-t-il. Mais tout cela ne le touche visiblement pas. Certes, il ne voit pas son avenir à long terme à Rome, car il n’est pas un homme de bureau, mais de contacts. Il reviendra donc dans son diocèse, que ce soit dans un, trois ou six ans et se mettra à disposition de l’évêque pour quelque engagement que ce soit. « Mais en pastorale! »

Encadré:

L’évêque Nicolas rend visite au pape Benoît

La venue du Fribourgeois Alain de Raemy au Vatican a coïncidé avec une tradition surprenante : la Saint-Nicolas du pape.

Elle a débuté il y a trois ans et demi. Le 6 décembre, le pape va régulièrement visiter un ami, Mgr Clemens, qui est logé au Saint-Office. Au retour, à la cour St Damase, les passagers de sa voiture ont eu la surprise, en 2006, d’être arrêtés par Saint Nicolas, accompagné du Père fouettard et … de l’âne ? Non. De Alain de Raemy, dont la présence à visage découvert était censée rassurer Benoît XVI sur les intentions pacifiques de cette équipe insolite. Deux gardes suisses et leur aumônier avaient en effet combiné ensemble cette surprise.

La voiture s’arrête, Mgr Gänswein, le secrétaire particulier, sort pour voir de quoi il s’agit, va en parler au pape qui, amusé, vient à la rencontre de Saint-Nicolas et reçoit un sachet avec mandarines, noix et friandises. L’année suivante, dans la même situation, le pape est spontanément sorti de la voiture pour recevoir son présent. Il est vrai qu’en tant que Bavarois, il est un familier de cette tradition.

La 3e année, comme le pape n’a pas pu se rendre chez Mgr Clemens, le joyeux trio s’est rendu dans ses appartements pour le visiter et ont été accueillis par lui avec enthousiasme. La 4e année de même, mais la visite s’est étendue à tous les cardinaux et évêques résidant dans le Palais apostolique. Sans prévenir qui que ce soit ! L’accueil a été chaleureux. Tous ont été surpris et heureux de cette visite.

Encadré:

De Barcelone à Rome, en passant par la Suisse romande et alémanique

Né à Barcelone le 10 avril 1959, Alain de Raemy a suivi sa scolarité en espagnol, avec des compléments suisses en allemand et français. Il obtient son certificat de maturité en allemand de type B (latin/anglais), au collège d’Engelberg en 1978. Il croit d’abord être fait pour la diplomatie (après un premier intérêt pour l’architecture) et fait une année de droit à l’université de Zurich. Mais il finira parse lancer dans des études de théologie à l’Université de Fribourg en 1979, pour entrer au séminaire en 1980 et obtenir sa licence en 1984. Il complète sa formation en italien à Rome, à la Grégoriana et à l’Angelicum en 1984/1985. Après un stage pastoral à Yverdon, Alain de Raemy est ordonné prêtre à Fribourg le 25 octobre 1986. Il est nommé tour à tour à Yverdon et Lausanne, puis retourne à Rome pour des études en vue d’un doctorat en théologie de 1993 à 1995 à la Gregoriana et à l’Angelicum. Après une place d’auxiliaire à Morges, il est nommé curé de la paroisse du Christ-Roi à Fribourg en 1996. En 2004, il devient curé et chanoine de la Cathédrale de Fribourg, avant d’être nommé curé modérateur de l’unité pastorale Notre-Dame de Fribourg, comprenant les paroisses de la Cathédrale St-Nicolas, du Christ-Roi, de St-Jean et de St-Maurice, en septembre 2005. Le 1er septembre 2006, il rejoint la Garde suisse pontificale, où son évêque, Mgr Bernard Genoud, l’envoie et où le pape Benoît XVI le nomme aumônier, avec un mandat de 5 ans, renouvelable.

Note: Des photos récentes de Alain de Raemy ou de la Garde suisse peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch. Prix pour publication: 80 frs la première, 60 frs les suivantes

(apic/bb)

11 mai 2010 | 10:11
par webmaster@kath.ch
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