Vatican: Devant le corps diplomatique, le pape dresse la longue liste de ses préoccupations
La Syrie, la Centrafrique et l’avortement
Rome, 13 janvier 2014 (Apic) Dressant la longue liste des situations qui préoccupent le Saint-Siège à travers le monde, le 13 janvier 2014, le pape François a notamment souhaité que la prochaine conférence de ›Genève 2’ sur la Syrie «marque le début du chemin désiré de pacification». Devant le corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le pape a fait part de son inquiétude pour l’exode des chrétiens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, et souhaité le rétablissement de l’état de droit en République Centrafricaine. Avec force, il a par ailleurs assuré que l’avortement lui faisait «horreur», déplorant que des êtres humains soient ainsi «jetés».
Comme le veut la tradition, le pape a donc énuméré les situations de conflit ou d’instabilité qui sont au cœur de l’attention de la diplomatie pontificale. Dans la Salle royale du Palais apostolique, devant les diplomates des 180 Etats accrédités auprès du Saint-Siège, mais aussi les représentants de l’Etat de Palestine, de l’Union européenne et de l’Ordre de Malte, le pape a notamment espéré «que le conflit en Syrie ait finalement une fin». Il a alors souhaité «que la Conférence ›Genève 2’, convoquée pour le 22 janvier prochain, marque le début du chemin désiré de pacification», appelant à ce que la population civile ne soit pas laissée «sans défense», à commencer par les enfants.
Après avoir salué «le louable effort» du Liban et de la Jordanie pour l’accueil des réfugiés syriens, le pape a confié sa préoccupation pour toutes les tensions qui frappent le Moyen-Orient, évoquant encore le Liban, la concorde sociale nécessaire en Egypte, le besoin de décisions courageuses dans les négociations israélo-palestiniennes, mais aussi l’Irak et l’Iran. Dans ce dernier pays, le pape a souligné les progrès autour de la question du nucléaire. Plus généralement, il s’est également dit préoccupé par l’exode des chrétiens du Moyen-Orient et du Nord de l’Afrique.
Tournant son regard vers l’Afrique, le pape François a d’abord évoqué les violences et le «sang innocent» versé au Nigeria, ainsi que les souffrances de la population centrafricaine «à cause des tensions que le pays traverse et qui ont semé à plusieurs reprises destructions et mort». Il a alors demandé à la communauté internationale de contribuer à rétablir dans le pays l’état de droit. Le pape a aussi assuré que l’Eglise catholique, sur fond de tensions interreligieuses, poursuivrait son engagement en faveur de la réconciliation et de la paix.
Chrétiens privés de liberté
Puis, à propos de l’Asie, le pape François a imploré Dieu pour «le don de la réconciliation» sur la péninsule coréenne. Il a déploré sur le continent «certains signes préoccupants» de l’affaiblissement du «respect réciproque», déplorant «des attitudes croissantes de fermeture qui, s’appuyant sur des motifs religieux, tendent à priver les chrétiens de leurs libertés et à mettre en danger la cohabitation civile». Des pays comme la Chine populaire, l’Inde, le Pakistan ou la Corée du Nord sont dans le viseur du Saint-Siège.
A l’inverse, le pape François a noté la «grande espérance» du Saint-Siège devant «les signes d’ouverture qui viennent de pays de grande tradition religieuse et culturelle, avec lesquels il désire collaborer à l’édification du bien commun».
Dans ce long discours en italien, le pape François a également relevé que «le nombre des familles divisées et déchirées augmente, non seulement à cause de la conscience fragile du sens de l’appartenance qui caractérise le monde actuel, mais aussi à cause des conditions difficiles dans lesquelles beaucoup d’entre elles sont contraintes de vivre, au point de manquer des moyens-mêmes de subsistance». Et le pape de réclamer devant les diplomates «des politiques appropriées qui soutiennent, favorisent et consolident la famille» et de déplorer une fois encore «que les personnes âgées soient considérées comme un poids».
L’horreur de l’avortement
Le pape est donc revenu, dans son discours, sur les grands sujets qui lui tiennent à cœur, en particulier le drame de la faim dans le monde. «Les visages de tant de personnes qui souffrent de la faim, surtout des enfants, ne peuvent nous laisser indifférents, si l’on pense à tant de nourriture gaspillée chaque jour en de nombreux endroits dans le monde», a-t-il notamment souligné. Dénonçant une fois encore la «culture du déchet», le souverain pontife a regretté qu’elle s’applique aussi aux êtres humains, parfois «jetés comme s’ils étaient des choses non nécessaires».
«La seule pensée que des enfants ne pourront jamais voir la lumière, victimes de l’avortement, nous fait horreur», a alors affirmé le pape de façon particulièrement explicite. Il a ensuite dénoncé le drame des enfants soldats, «violentés ou tués dans les conflits armés», évoquant également ceux qui sont «objets de marché dans cette terrible forme d’esclavage moderne qu’est la traite des êtres humains», véritable «crime contre l’humanité».
Le souverain pontife s’est ensuite attardé sur la tragédie des réfugiés et des migrants, de l’Amérique latine aux Etats-Unis mais surtout de l’Afrique et du Moyen-Orient vers l’Europe. Il a ainsi évoqué son déplacement sur l’île italienne de Lampedusa, en juillet 2013, où il avait rendu hommage aux nombreux morts en Méditerranée. «Malheureusement, il y a une indifférence générale devant de semblables tragédies», a poursuivi le pape. Et d’inviter le peuple italien en particulier à retrouver le «climat de créativité sociale constructive qui l’a longtemps caractérisé».
Enfin, le pape François a souligné la nécessité de lutter contre «l’exploitation avide des ressources environnementales». Il a alors cité un dicton pour illustrer le besoin de «politiques respectueuses» de la terre : «Dieu pardonne toujours, nous, nous pardonnons parfois, la nature – la création – ne pardonne jamais quand elle est maltraitée», rappelant ensuite les «effets dévastateurs de certaines catastrophes naturelles récentes», notamment aux Philippines. (apic/imedia/ami/mm/cw)



