«La théologie de la libération n’est pas morte, Rome nous laisse en paix...»

Au Brésil, si parler de théologie de la libération est devenu tabou au niveau de l’Eglise institutionnelle et hiérarchique, cette théologie est loin d’être morte. Au contraire, elle est plus vivante que jamais dans les mouvements de base, a déclaré mercredi à l’APIC le théologien brésilien Leonardo Boff. Le franciscain à la barbe fleurie, après de longs démêlés avec Rome, a quitté sa congrégation en 1993 et s’est marié avec sa compagne Marcia Miranda, une théologienne laïque. Il poursuit désormais en toute liberté son œuvre de théologien et de philosophe engagé dans la défense des pauvres et de la «terre-mère».

«La théologie de la libération? C’est une théologie de la vie, le point de référence des organisations de la société civile avec lesquelles je travaille. Elle s’enrichit chaque jour des expériences vécues à la base, elle progresse, se complexifie en intégrant notamment la problématique des femmes, des Indiens, des Noirs, de l’écologie: non seulement les pauvres crient, mais la terre aussi crie! Dans l’option pour les pauvres, il faut inclure l’option du ’grand pauvre’ qu’est la terre…Elle aussi est exploitée et opprimée; c’est dans ce sens qu’il faut défendre et protéger les écosystèmes et les espèces menacées». Plus que les débats idéologiques au sommet, Leonardo Boff estime que le premier objectif est de défendre la vie et de lutter contre l’exclusion sociale, «pour que les pauvres puissent se défendre contre la faim et la maladie qui les font mourir avant l’heure.»

Une paix royale

A l’heure actuelle, poursuit Leonardo Boff, «on pense à la curie romaine que le problème a été définitivement réglé et que la victoire a été totale sur les théologiens de la libération; Rome nous laisse donc en paix.» Ce n’est pas le cas de l’archevêque de Rio de Janeiro, le cardinal Eugênio de Araujo Sales, âgé de 79 ans, «qui mène une campagne ouverte contre les théologiens de la libération à Rio et bien au-delà; il organise même des cours pour les évêques pour offrir des alternatives à une vision plus ouverte, plus sociale et plus libératrice. Pour être objectif, les ennemis de la théologie de la libération sont davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Eglise. L’Eglise brésilienne qui a pris au sérieux l’option pour les pauvres et qui travaille dans la ligne de la libération a des ennemis très concrets: ce sont les grands propriétaires terriens, l’Etat qui mène une politique antisociale, les secteurs réactionnaires.»

«Mais pour les 100’000 communautés ecclésiales de base du Brésil dont la lutte s’articule sur les combats du Mouvement des sans terre, des groupes des sans toits et des divers mouvements sociaux et de défense des droits de l’homme, la théologie de la libération est la théologie commune. Moi je ne me dis pas ’théologien de la libération’, car je suis simplement ’théologien’ dans le contexte brésilien d’oppression. C’est la théologie adéquate, dans un Brésil marqué par la pauvreté et l’exclusion de millions de pauvres, un défi pour la pensée chrétienne, tant pour les évêques que pour fidèles à la base.»

Malgré le fait qu’il ait quitté l’état religieux, Leonardo Boff n’a pas été marginalisé au sein de l’Eglise brésilienne: «Je suis constamment invité, même par des évêques, à donner des cours, des conférences, voire des retraites pour des religieux. Je ne célèbre pas la messe en paroisse, mais dans les communautés de base, cela ne fait pas de problème. Je baptise les enfants, par ex. Pour beaucoup d’évêques, il n’y a aucun problème du fait que je sois marié et en même temps engagé.» (apic/be)

15 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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