La «théologie rentable» se mondialise
Singapour: Les «megachurches» évangéliques veulent exporter leur modèle
Singapour, 14 mars 2014 (Apic) Les leaders des «megachurches», ces communautés évangéliques charismatiques qui drainent des milliers d’adeptes, à Singapour, s’efforcent de conquérir le marché mondial. Ils comptent exporter, à partir de la cité-Etat, leur modèle de «théologie rentable», qui prône que la prospérité matérielle est la conséquence de l’obéissance aux commandements de Dieu. Certains dirigeants de ses Eglises font face à des accusations de fraudes financières.
Kong Hee le fondateur et leader de la «City Harvest Church» a récemment été inculpé pour malversations financières, rapporte le 13 mars 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Cela n’a cependant pas eu de conséquences sur l’affluence des fidèles à ses shows qui continent de rassembler quelque 10’000 personnes. La «City Harvest Church» est l’une des plus riches mais aussi l’une des plus controversées de ces «megachurches» de Singapour, cette prospère cité-Etat d’Asie du Sud-Est.
La communauté évangélique a récemment gagné de nombreux nouveaux adeptes grâce à ses missions d’évangélisation en Asie et aux Etats-Unis. Elle a ainsi essaimé 49 filiales à Taïwan, en Malaisie, en Indonésie, au Japon et en Inde.
En 2013, Joseph Prince, le fondateur de la «New Creation Church», une autre Eglise évangélique de Singapour, a prêché ‘à guichets fermés’ dans le gigantesque Long Beach Arena de Los Angeles, d’une capacité de près de 15’000 spectateurs.
Un concept rentable
Bien que le concept de «megachurch» soit venu des Etats-Unis, c’est en Asie que le phénomène semble s’épanouir le plus largement. La Corée du Sud vient en tête de ces pays où prospèrent ces Eglises évangéliques, avec notamment la «Yoido Full Gospel Church», qui revendique plus d’un million de fidèles. Comme le leader de la «City Harvest Church», le fondateur de l’Eglise coréenne fait actuellement l’objet d’un procès pour détournement de fonds et corruption.
Selon les comptes étudiés par le délégué aux Associations de Singapour, la «New Creation Church» aurait récolté auprès de ses 30’000 fidèles plus de 64 millions de dollars en 2012, tandis que la «City Harvest» aurait amassé en 2009 environ 33 millions de dollars.
Cette dernière, qui assure rassembler plus de 20’000 membres, a commencé à investir dans l’industrie du spectacle. Ses rassemblements sont à l’image de ces shows, avec chorégraphies, éclairages et mises en scènes signés par des professionnels de Singapour et de Taïwan.
Le Church’s Crossover Project de la «City Harvest» a permis de faire participer aux objectifs de l’Eglise des stars asiatiques du show-business.
Recul des religions traditionnelles
Selon la doctrine professée par les «megachurches», la prospérité matérielle est la manifestation et la conséquence de l’obéissance aux commandements de Dieu. Un concept qui semble rencontrer les attentes d’un nombre croissant de jeunes de Singapour. «C’est extrêmement séduisant pour de nombreux Singapouriens, mobiles socialement et qui sont à la recherche de certaines valeurs morales alors qu’ils tentent de monter dans l’échelle sociale», analyse Terence Chong, chercheur à l’Institut d’Etudes du Sud-Est asiatique.
Cette déferlante évangélique inquiète aujourd’hui les religions traditionnelles de Singapour, comme le bouddhisme dont le nombre d’adeptes serait passé de 42 % à 33 % en l’espace de dix ans, tandis que la proportion de chrétiens, essentiellement protestants, aurait augmenté pour la même période de 14 % à 18 %. (apic/eda/rz)



