La «timidité» de l’Eglise catholique critiquée

Inde: Une ONG catholique demande l’interdiction de deux organisations hindouistes

New Delhi, 5 février 2013 L’ONG indienne «Catholic Secular Forum» (CSF) a demandé le 1er février 2013 aux autorités indiennes d’interdire deux organisations hindouistes extrémistes. CSF a également mis en cause la hiérarchie de l’Eglise catholique, lui reprochant sa «timidité» à demander justice pour les chrétiens agressés par les hindouistes.

Joseph Dias, le directeur de CSF, a appelé le ministre fédéral de l’Intérieur Sushil Kumar Shinde à interdire sans délai deux organisations hindouistes. «Sanathan Sanstha» (Forum éternel) et «Abhinav Bharat» (Inde nouvelle), seraient selon lui responsables d’attaques contre les chrétiens. Ces deux organisations sont affiliées au «Rashtriya Swayamsewak Sang», (RSS, ’Corps national des volontaires’). Le groupe fédère les organisations prônant l’hindutva (l’hindouité) et soutient le «Bharatiya Janata Party», (BJP, le ’Parti du peuple indien’), vitrine politique du nationalisme hindou.

Selon Joseph Dias, il y a un lien direct entre l’activisme dont font preuve les organisations hindouistes les plus extrémistes et les violences faites aux chrétiens dans le pays. «Pratiquement chaque jour, on déplore une attaque contre la minorité chrétienne en Inde «, a-t-il expliqué. Le responsable de CSF s’est référé pour ses accusations au rapport compilé par son organisation pour l’année 2012. 250 affaires d’attaques antichrétiennes y sont recensées. «Cela va de personnes nouvellement converties au christianisme contraintes à boire de l’urine de vache, à des viols et des meurtres de dalits (intouchables) chrétiennes mineures ou de membres du clergé des Eglises chrétiennes», a-t-il détaillé.

Le «terrorisme hindou», une menace sécuritaire non négligeable

Selon le militant catholique, trois Etats de l’Union indienne se distinguent par le nombre et la violence des attaques dirigées contre les chrétiens. Le Madhya Pradesh en premier lieu, suivis par le Karnataka et le Chhattisgarh. Ces trois Etats sont dirigés par des gouvernements dominés par le BJP.

Les déclarations de Joseph Dias interviennent alors que le ministre fédéral de l’Intérieur a placé le 20 janvier dernier le «terrorisme hindou» parmi les «menaces sécuritaires» touchant le pays.

De récentes enquêtes judiciaires ont mis en évidence que différents attentats meurtriers commis ces dernières années dans le pays avaient été imputés à des groupes djihadistes, alors qu’ils avaient été perpétrés ou inspirés par la mouvance nationaliste hindoue. Le groupe «Abhinav Bharat» a notamment été mis en cause dans ces actes.

Prudence de l’Eglise catholique

Réagissant à cette actualité, des prêtres catholiques engagés dans la défense des droits de l’homme se sont montrés prudents quant à désigner l’ensemble du mouvement hindouiste comme une entité terroriste. Basé au Gujarat, le jésuite Cedric Prakash, estime que «si le gouvernement fédéral dispose d’informations à propos d’organisations gérant des camps d’entraînement au terrorisme ou impliquées dans des activités terroristes, il doit agir sans délai et avec fermeté». Selon lui, les liens qui existent entre le terrorisme et certaines organisations sont connus de tous et de longue date. «Il n’est pas pour autant possible de parler de terrorisme hindou», estime le Père Prakash.

A Bombay, le 1er février dernier, aux côtés de Joseph Dias, se tenait Michael Saldanha, catholique et ancien juge à la Haute Cour de Bombay et du Karnataka. Membre du CSF, il a dénoncé ce qu’il estime être la «timidité» des responsables des Eglises chrétiennes face aux attaques visant les chrétiens. «La communauté chrétienne est devenue une cible facile parce que nos cardinaux, nos évêques et notre clergé n’osent pas protester dans les termes les plus fermes auprès du gouvernement», a-t-il affirmé. (apic/eda/rz)

5 février 2013 | 12:33
par webmaster@kath.ch
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