Pour le cardinal Kasper le pays n’est pas encore mûr

La Turquie ne peut pas encore entrer dans l’Europe

Rome, 4 juillet 2006 (Apic) La Turquie ne doit pas encore entrer dans l’Europe tant que la liberté religieuse n’y est pas assurée, a déclaré mardi 4 juillet le cardinal Walter Kasper.

Le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, interrogé par le quotidien italien «Corriere della Sera» après l’agression d’un prêtre français en Turquie, a dénoncé le regain de «fondamentalisme islamique» dans le pays où doit se rendre Benoît XVI en novembre prochain.

«Je ne crois pas que l’intégration de la Turquie en Europe soit possible en ce moment», a ainsi déclaré le cardinal allemand. Pour lui, «il manque encore un vrai Etat laïc, qui garantisse la liberté religieuse». Or, «le gouvernement et les militaires ont tout intérêt à maintenir un Etat plus ou moins sécularisé», a-t-il encore estimé.

Le président du Conseil pour l’unité des chrétiens a alors souligné que la liberté religieuse était, pour le Saint-Siège, «le premier et le plus important des droits humains». «Nous parlons de quelque chose d’essentiel, d’un fondement de la culture européenne», a-t-il ajouté. Pour lui, «sans liberté de religion, il y aura toujours des affrontements et des agressions».

Illustrant ses propos, le cardinal a regretté le fait que l’Eglise n’ait «même pas le droit d’avoir des propriétés» en Turquie. D’après lui, «il existe une certaine tolérance, mais pas de liberté authentique». Ce qui «ne va pas», c’est que «l’Etat administre la religion», a-t-il insisté.

Beaucoup de choses à changer

Ainsi, selon lui, la Turquie «doit changer beaucoup de choses», et pas seulement au niveau de ses lois mais «de sa mentalité». «Il faut du temps, un climat aussi hostile requiert un long processus de purification de la mémoire», a estimé le cardinal Kasper, expliquant que «la mentalité ne se modifie pas d’un jour à l’autre», car il s’agit de «processus longs».

Le chef de dicastère a donc affirmé que si l’Europe pouvait avoir «un rapport spécial avec la Turquie», la situation ne semblait «pas encore mûre» pour que ce pays entre dans l’Union européenne. Le pays doit se préparer d’abord «à la culture européenne».

Revenant sur l’agression à coups de couteau par un musulman turc, le 2 juillet, du Père Brunissen, un prêtre français chargé de remplacer le père Santoro récemment assassiné dans son église de Trébizonde, le cardinal Kasper a souligné que ces actes étaient «seulement possibles dans un contexte de suspicion, de xénophobie». «Ce n’est pas seulement un problème de celui qui commet le geste». «A Istanbul aussi le fondamentalisme islamique, le ’patriotisme’, croît», a-t-il relevé, «un climat hostile envers les étrangers est en train de se créer».

Au cours de l’interview, le cardinal a également confié que le Vatican était actuellement «en train de préparer une analyse de la situation, pour voir ce qui pourra être fait concrètement» au niveau du voyage de Benoît XVI en Turquie, fin novembre prochain.

Interrogé par le quotidien «Il Giornale» au lendemain de l’attaque contre le prêtre français, Mgr Luigi Padovese, vicaire apostolique de l’Anatolie, a pour sa part déclaré, qu’en Turquie, il y avait encore «un fort nationalisme qui cherche à créer une distance toujours plus marquée entre le monde turc et celui européen». Il a cependant espéré qu’il «se passera quelque chose après la visite du pape». «Pour beaucoup, ici, la présence du pape est une présence dérangeante», a-t-il aussi relevé.

Le père Pierre Brunissen, frappé à coups de couteau à Samsun par un déséquilibré de 47 ans est sorti le lendemain de l’hôpital. «Cette personne était déjà venue me voir plusieurs fois pour me dire qu’elle voulait me faire connaître un ami. Alors que nous marchions ensemble, il m’a frappé. Malgré tout, je n’ai aucune rancoeur envers lui», a-t-il rapporté. Le musulman, inculpé pour avoir tué sa mère, accusait le prêtre français de prosélytisme. Ce dernier a répondu que «malgré le fait qu’il y ait des extrémistes qui m’attaquent avec une campagne calomnieuse, je cherche à construire avec mes rares paroissiens un climat d’amitié le meilleur possible avec les musulmans de Samsun». «Le dialogue et la connaissance doivent avancer», estime-t-il en effet. (apic/imedia/ar/pr)

4 juillet 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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