France: Le chiffre d’affaires des magasins monastiques en baisse
La vie religieuse l’emporte sur les résultats financiers
Paris, 4 février 2010 (Apic) D’après une enquête du journal catholique français «La Croix» du 2 février, la crise n’épargne pas l’économie monastique. Comme dans tous les autres secteurs de la vie économique, les «clients» des monastères, simples donateurs ou en quête de produits de qualité, restreignent leurs achats.
La crise économique et financière mondiale touche aussi l’économie monastique, dont les magasins souvent fournis de produits maison de qualité, sont de plus en plus délaissés par les visiteurs, à tel point que certaines abbayes sont amenées à s’interroger sur leur économie.
Si les gens ont pris l’habitude de faire des retraites dans des monastères et peuvent profiter du calme et du recueillement du lieu, ils fréquentent moins souvent le magasin, ou se contentent d’en faire le tour et de ressortir sans rien acheter. C’est le constat, avec le sourire, de Sœur Pierre-Marie, économe de l’Abbaye de Pradines, dans la Loire. C’est que les gens font plus attention. Pour la responsable de la boutique, Sœur Hélène Philippe, le résultat est clair: les écharpes en mohair tissées par les sœurs, comme les productions venant d’autres communautés, restent plus longtemps sur les rayonnages. L’équilibre financier est très fragile.
Même la bonne chère n’a plus preneur
Le constat de défection des magasins monastiques est le même chez les cisterciennes de Boulaur, dans le Gers, qui gèrent seules toute une exploitation agricole, de la production de céréales pour nourrir les vaches et les cochons jusqu’à la fabrication de pâtés, fromages et confitures. Mais la comptable de la communauté, Sœur Sophie, dit qu’elles ont eu la chance d’anticiper les difficultés en élargissant le réseau de distribution, démarchant par exemple davantage de supermarchés de la région.
Les santons ne s’achètent qu’au compte-goutte
A l’Abbaye de Jouarre, en Seine-et-Marne, célèbre pour ses santons, Sœur Christine, responsable de l’atelier de céramique constate que «les familles sont fidèles…mais avec modération». Un autre symptôme de la crise est, pour elle, le fait que les commandes venant des librairies religieuses traditionnellement dès le mois de juin ne sont arrivées qu’en novembre. Pour ne pas prendre de risque, les Sœurs avaient poursuivi leur production. Ce qui fait que l’abbaye se retrouve «avec des tiroirs pleins et une trésorerie un peu vide».
Ora et labora: Prie et travaille
La Règle de saint Benoît fait du travail manuel un des piliers de la vie monastique. Mais la production a aussi une grande importance sur le plan financier. «Pour notre vie quotidienne, nous vivons du fruit de notre travail et des pensions perçues par les soeurs âgées», rappelle Mère Scholastique, abbesse de l’abbaye de Pradines. Les revenus financiers – eux aussi victimes de la crise – sont réservés aux investissements importants, réparations de bâtiments par exemple. «On a toujours fait attention à nos dépenses, mais on le fait encore plus en ce moment», détaille la mère abbesse, qui ne voit rien là que d’ «éthiquement normal». À ses yeux, « il y a une solidarité à vivre aussi de cette manière ».
La crise n’est pas la seule cause de la diminution des ventes monastiques
Si la diminution du pouvoir d’achat constitue un élément de cette baisse de fréquentation, il y aussi le vieillissement de la clientèle et le faible renouvellement de l’offre. Ainsi, par exemple, à Pradines, l’imprimerie, qui a longtemps fait vivre l’abbaye, est victime de la concurrence d’internet.
Certains monastères s’en tirent mieux
Positionnés sur certains créneaux de niche, d’autres monastères tirent mieux leur épingle du jeu. C’est le cas de l’abbaye de Sept-Fons (Allier) qui s’est lancée dans la fabrication – très tendance – de céréales et de compléments alimentaires favorisant « le renouvellement des tissus », « l’équilibre nerveux », voire contribuant à « la lutte contre les troubles de la ménopause ». « Nous avons constaté une légère baisse de nos ventes l’an dernier dans tous les créneaux. Mais à partir de novembre-décembre, la situation s’est améliorée », note Frère Alexis, le directeur du Moulin de la Trappe. « Certains produits phares, tels notre Germaflex pour la protection articulaire ou la gelée royale bio n’ont subi aucune baisse : face à la crise, les gens ont besoin de se sentir en forme ! »
Quant au «Comptoir des abbayes», situé tout proche de l’église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, il s’estime heureux, voyant ses ventes augmenter de près de 15% durant l’année 2009. Son fondateur projette même d’ouvrir cinq boutiques sous franchise. Il faut dire qu’il a proscrit de ses étagères les icônes, crucifix et autres productions religieuses qui « feraient fuir les trois quarts de la clientèle » : « Tout ce qui est fabriqué par des moines a une image de qualité, de naturel, de traditionnel qui plaît bien au public bobo de ce quartier. »
Priorité de la vie monastique
La crise économique repose avec plus d’acuité certaines questions, et non des moindres, concernant ce type d’activité. Celle de l’apostolat également réalisé au moyen de ces ventes lorsque, comme le résume Sœur Christine de l’Abbaye de Jouarre, « nos clients sont de plus en plus aisés »… Celle aussi de la capacité de certaines abbayes à s’insérer dans l’économie tout en préservant l’équilibre de leur vie monastique. « Une communauté de Rouen faisait des biscuits qui marchaient très bien, une autre des chocolats. Mais elles ont arrêté : elles avaient trop de travail, notamment à Pâques et à Noël », raconte Jeanne de Bettignies, responsable de la boutique Monastic de Bordeaux. L’ordre des priorités, dans le monde monastique, n’est pas le même que dans une entreprise. « À l’inverse, un atelier peut être maintenu même s’il n’est pas rentable, parce qu’il fait par exemple travailler une sœur âgée qui en a besoin », rappelle Soeur Christine. « On ne pense pas qu’aux sous, même si on a besoin de sous ! » (apic/LaCroix/js)



