Chaque année, les rencontres sont l’occasion, au cours de diverses tables rondes, de mesurer la température du dialogue entre les diverses religions. Le Moyen Orient, sous les feux de l’actualité en raison de la négociation du statut définitif des territoires palestiniens et de Jérusalem et des derniers jours de violences terribles provoquées par la démarche de Sharon qualifiée d’irresponsable par l’Europe, a eu droit à la sienne. Métropolite d’Alep, une cité d’un million d’habitants au Nord-ouest de la Syrie, Mar Gregorios Yohanna Ibrahim a pris part à la rencontre de Lisbonne. En marge de ce rendez-vous, l’évêque syro-orthodoxe dresse un tableau – globalement positif – de la coexistence avec l’Islam dans une ville qui compte 25% de chrétiens et abrite près d’une dizaine d’évêques de confessions différentes.
La voie du dialogue religieux au Moyen Orient
Q.: Vous avez qualifié de bénédiction les trois religions monothéistes. En quels termes sont-elles à Alep?
A Alep, il existe un entre les croyances. Les écoles privées, qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes, sont ouvertes aux enfants de toutes les communautés, sans prosélytisme. Notre école accueille, par exemple, environ 20% de musulmans. Il manque actuellement un dialogue théologique entre les religions.
Car il y a plus de points communs que de divergences entre le christianisme, le judaïsme et l’Islam: nous croyons tous en un Dieu, un Dieu pour tous. Elles croient toutes les trois que des prophètes sont venus dans le monde avec des messages. Elles considèrent toutes Abraham comme leur père et le prennent comme modèle dans la relation entre Dieu et l’humanité. Dans toutes ces religions, il y a un respect pour les lois et commandements donnés par Dieu.
Q.: Et comment se passe la coexistence au quotidien?
Q.: Pourquoi les religions ne collaborent-elles pas dans le domaine social, celui de la charité?
Cette collaboration me paraît trop sensible et pourrait créer des tensions. Le risque est trop fort de voir une des religions être taxée de prosélytisme.
Q.: La bonne entente avec l’Islam est-elle également liée à la lecture particulière de l’histoire que fait votre Eglise?
Les Syriens ont effectivement accueillis en libérateurs les Arabes musulmans. Ils ne partageaient pas leur religion, la plupart des tribus arabes d’Irak et de Syrie étant chrétiennes à l’époque, mais ils avaient avec eux de forts liens de sang, de langue et de civilisation. Ils ont combattu ensemble les Perses et, lorsqu’ils parlent des Arabes musulmans et de leur gouvernement, les historiens syriens parlent des . Notre histoire atteste que les deux communautés sont habituées à vivre dans l’harmonie, excepté durant les périodes durant lesquelles des les ont utilisé pour déchirer la nation.
Q.: Vous semblez insister sur la stabilité économique comme impératif de la coexistence. Pourquoi?
Il est essentiel que les chrétiens d’Alep se sentent des citoyens à part entière. On risque sinon de voir les gens émigrer, si les conditions de vie se dégradent pour les membres de communautés chrétiennes. Cette stabilité économique doit préserver un climat convenant à la justice et à l’égalité et éviter la création d’un sentiment de minoritaire. L’ouverture aux autres civilisations passe par cette stabilité.
Q.: La déclaration du cadinal Ratzinger a-t-elle mis un frein au dialogue, notamment oecuménique?
Les quatre familles d’Eglises chrétiennes – orthodoxes byzantines, orthodoxes orientales, catholique, protestantes – travaillent ensemble depuis longtemps. Quant à la déclaration , elle n’a pas arrêté le dialogue. Il faut aller au-delà, alors que nous entrons dans le IIIe millénaire. Je rappelle que la venue du pape à Bucarest, pour la première fois en terre orthodoxe, à l’occasion de la rencontre de 1998, a été particulièrement appréciée par les orthodoxes. (apic/propos recueillis par Fabien Hünenberger/pr)



