L’antisémitisme s’aggrave en Suisse
La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) a enregistré 2’438 actes antisémites l’an dernier en Suisse romande. C’est le niveau le plus haut depuis le début des mesures par l’association en 2003. 91,8% de ces actes ont lieu sur internet.
La Cicad relève des menaces, des agressions verbales ou physiques, des dégradations visant des lieux ou des symboles juifs ainsi que des contenus «particulièrement violents ou appelant à la haine». Selon la Cicad, les incidents ›graves’ sont définis comme des atteintes à l’intégrité des personnes et biens juifs, soit des agressions, du harcèlement ou des insultes, entre autres. Un incident ›sérieux’ porte atteinte à la sensibilité des personnes et aux biens juifs, comme des graffitis, des courriers ou des propos tenus dans des discours publics. En 2025, l’association a recensé 30 incidents ›graves’ et 97 ›sérieux’, soit une augmentation de 16% par rapport à l’année précédente. A noter que le rapport ne donne pas de détails sur les éventuelles plaintes ou suites judiciaires de ces incidents.
Enfin les actes ›préoccupants’ regroupent des propos antisémites divers non ciblés, principalement ceux diffusés sur internet et les réseaux sociaux. Leur chiffre se monte à 2’311. Ces donnés confirment donc que l’antisémitisme se manifeste principalement dans l’espace numérique.
3’000 signalements
Au total, la Cicad a reçu plus de 3’000 signalements, parmi lesquels 2438 actes ont été retenus après vérification et analyse des sources. Parmi les différents types les actes antisémites ›traditionnels’, dominent. Il vont des critiques physiques aux insultes dégradantes (56,6%). En deuxième place se trouve le négationnisme, qui consiste à nier ou à minimiser la Shoah (20,5%). La troisième catégorie concerne l’antisionisme comme «l’expression d’une volonté d’éradication du seul Etat juif, la négation du droit des juifs à un Etat souverain, ainsi que la nazification d’Israël» (12%). Enfin les théories du complot attribuant aux juifs un pouvoir occulte sur la politique, l’économie et les médias, représentent 8,5% des accusations.
Selon la Cicad, cette augmentation s’inscrit dans le contexte de la guerre à Gaza.
Suisse alémanique et Tessin
Pour la Suisse alémanique et le Tessin, la tendance est identique. Le nombre d’incidents antisémites reste à un niveau durablement élevé, indique le rapport de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) . Alors que les incidents dans le monde réel ont diminué durant l’année étudiée, l’antisémitisme en ligne a fortement augmenté (2’185 incidents + 37%).
Dans le monde réel, la FSCI enregistre néanmoins une baisse de près de 20%. 177 incidents antisémites ont été enregistrés (221 en 2024 et 57 en 2022). Cinq agressions ont été signalées (11 en 2024 et 1 en 2022), ainsi que 42 insultes (42 en 2024, et 16 en 2022), 80 propos antisémites (103 en 2024 et 6 en 2022) ainsi que 28 graffitis (44 en 2024 et 9 en 2022).
Ni normal ni inévitable
L’antisémitisme ne doit pas être considéré comme ›normal’ ou ›inévitable’ rappelle la FSCI. Pour toujours plus de juifs, l’antisémitisme n’est plus une notion abstraite, mais un fardeau permanent. Les personnes évitent de porter des symboles religieux en public ou de fréquenter certains lieux et événements. Or une telle évolution mine les fondements de l’État démocratique. Il est impératif de s’y opposer avec la plus grande fermeté.
Pour la FSCI, la Stratégie nationale contre le racisme et l’antisémitisme adoptée par le Conseil fédéral constitue une étape importante, mais elle attend un plan d’action concret avec des responsabilités claires, des mesures contraignantes et des ressources suffisantes.Lutter efficacement contre l’antisémitisme n’est pas une tâche ponctuelle, mais une responsabilité permanente de l’État et de la société, conclut la FSCI. (cath.ch/com/mp)





