Laudato Si: les multiples oppositions de la blogosphère catholique

Lausanne, 25 juin 2015 (Apic) A lire certaines publications sur Internet, Laudato Si ne fait pas l’unanimité. Dans la blogosphère catholique, Yves Daoudal est l’un de ses plus virulents pourfendeurs. «Malheur à vous quand les hommes diront du bien de vous, car c’est ainsi qu’agirent leurs pères à l’égard des faux prophètes», écrit le rédacteur en chef de la revue nationaliste Reconquête, après avoir retranscrit les éloges de Barack Obama, de Kofi Anan, ou encore de François Hollande au sujet de l’encyclique du pape François.

Et il n’est pas le seul à manifester sa désapprobation. Riposte catholique, Benoît et moi, ou encore Nouvelles de France sont autant de sites qui font écho d’un véritable malaise.

«L’imposture écologique»

Que lui reproche-t-on exactement? La critique s’articule autour de quelques thématiques récurrentes, dont «l’imposture écologique». «Le réchauffement climatique, c’est de la foutaise», peut-on lire sur le mur Facebook de l’Association pro-vie suisse Choisir la Vie qui diffuse un article visant à démontrer, vidéos à l’appui, que ce n’est «qu’une vulgaire escroquerie pour faire du fric«.

«Alors qu’il s’agit d’une contrevérité absolue, l’encyclique prétend qu’’il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique’», soutient pour sa part Karel Vereycken, directeur du bimensuel Nouvelle Solidarité, dans un article publié sur le site Solidarité et progrès.

Riposte catholique, dans ce même registre, publie un article qui relate le refus du Saint-Siège d’accueillir Philippe de Larminat, scientifique climato-sceptique, au sommet sur le climat organisé au Vatican par l’Académie pontificale des sciences, le 18 avril dernier. Le site de «réinformation catholique» explique que ce colloque «ne comportait que des ‘réchauffistes’». «Il semble que cette décision ait été prise après que des fonctionnaires d’importance de la Curie et d’autres scientifiques se furent avisés que ce Français climato-sceptique n’avait décidément pas sa place dans un aréopage tout acquis au ‘réchaufisme’ (sic) de stricte observance».

Le spectre de la régulation des naissances

Certaines associations se disent également préoccupées par le manque de prises de position relatives à la contraception. Le paragraphe 50 de l’encyclique mentionne le «déséquilibre de la distribution de la population sur le territoire, tant au niveau national que global». Malgré la remarque préalable du pape qui situe dans le «consumérisme extrême» – et non dans «l’augmentation de la population» – la source du problème et malgré sa récusation de l’avortement (paragraphe 120) , l’auteure de Benoît et moi s’inquiète de savoir comment retrouver un certain équilibre «sinon par des mesures coercitives en contradiction avec l’Evangile, parmi lesquelles évidemment le contrôle des naissances».

Jeanne Smits, ancienne directrice du quotidien traditionnaliste Présent, traduit et publie de son côté la déclaration de la coalition internationale d’organisations Pro-Vie Voice of the family, «profondément préoccupée par l’absence (…) de toute réaffirmation de l’enseignement de l’Église contre la contraception et pour la procréation comme fin première de l’acte sexuel». «L’omission de toute référence à l’enseignement de l’Église sur la contraception laisse les catholiques mal préparés pour résister au programme international de contrôle de la population», poursuit le collectif. «Les pays en développement croulent sous les contraceptifs et sont soumis à de fortes pressions pour légaliser l’avortement. Étant donné que la contraception et l’écologie vont si souvent main dans la main, il est profondément troublant que l’enseignement de l’Église sur la primauté de la procréation ne soit pas réaffirmée», a-t-il déploré.

«Lobbying malthusien»

Les craintes se resserrent autour du climatologue allemand Hans Joachim Schellnhuber, convié par François à la présentation officielle de l’encyclique, jeudi dernier. «Cette encyclique est le résultat de dizaines d’années d’un lobbying malthusien qui a démarré bien avant l’arrivée de François», écrit Karel Vereycken. «Le professeur Schellnhuber est un activiste favorable à la création d’un gouvernement mondial doté de pouvoirs pour imposer des mesures nécessaires pour résoudre la crise de l’environnement, laquelle, selon lui, exige une diminution de la population. Dans ce contexte, les références dans l’encyclique à la nécessité d’une ‘véritable autorité politique mondiale’ avec le pouvoir de ‘sanctionner’, sont profondément troublantes», s’inquiète Voice of the family.

«Leçon de morale au ras des pâquerettes»

Sur un autre registre enfin, ce sont «les banalités» que contiennent l’encyclique que dénoncent certains, à l’instar de «Nouvelles de France». Dans un article nommé L»Encyclique» – entre guillemets – Yves Daoudal parle pour sa part d’une ” leçon de morale au ras des pâquerettes» en mentionnant les propos concrets du pape François. «Ne cuisinez pas plus que ce vous pouvez manger, éteignez la lumière, évitez le plastique, utilisez les transports publics, etc. Avec une perle: ‘Si une personne a l’habitude de se couvrir un peu au lieu d’allumer le chauffage, alors que sa situation économique lui permettrait de consommer et de dépenser plus, cela suppose qu’elle a intégré des convictions et des sentiments favorables à la préservation de l’environnement’».

Consacrer la première encyclique de sa main au thème de l’écologie déroute certaines franges de la blogosphère catholique qui situent les enjeux essentiels de la réflexion magistérielle sous d’autres cieux. Derrière toutes ces publications, une certaine opposition entre Benoît XVI et François semble se tramer. La transition ne s’est pas faite en douceur: on appréciait l’ancien et l’on se méfie du nouveau – le blog «Benoît et moi» en est l’emblème. De plus en plus estimé en dehors des frontières de l’institution, François ne fait pas l’unanimité au sein de l’Eglise et Laudato Si ne résout rien, au contraire, elle ajoute encore au scepticisme de certains. (apic/pp)

«Laudato si» à la lumière de la réalité africaine
25 juin 2015 | 15:16
par Pierre Pistoletti
Partagez!