Suisse

Lausanne: à l'heure du Covid-19, Sant’Egidio plus engagé que jamais

Depuis le début de la pandémie du Covid-19 et de l’isolement qu’il a provoqué, ce sont les couches les plus faibles de la population qui souffrent le plus. A Lausanne, la communauté Sant’Egidio a lancé de nombreuses initiatives pour ne pas abandonner les personnes âgées, isolées, en situation de handicap, ainsi que les migrants et les requérants d’asile déboutés.

Anne-Catherine Reymond, présidente de la communauté Sant’Egidio à Lausanne apporte ce 24 avril, début du ramadan 2020, des paquets aux requérants d’asile déboutés hébergés au foyer de Vennes de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Nombre d’entre eux sont musulmans.

Des masques au foyer de Vennes

«Nous allons apporter des masques au foyer de Vennes, au-dessus de Lausanne, et à l’accueil de nuit de La Marmotte, géré par l’Armée du Salut. On a aussi préparé des paquets avec du lait, des dattes, des jus de fruit, pour les requérants d’asile déboutés», confie la présidente de la communauté Sant’Egidio à Lausanne.

«Ces personnes vivent difficilement cette crise du coronavirus, dans de petites chambres – une pour une famille ou à plusieurs, pour les isolés. Nous mettons nos masques et nous allons à trois apporter nos paquets à l’extérieur de l’immeuble. Les requérants savent que nous venons. Ce sera aussi l’occasion de leur expliquer où nous en sommes de la pandémie, car ils sont souvent déconnectés de la vie à l’extérieur. Nous voulons ainsi leur montrer de l’attention et leur apporter un signe d’amitié en ce début de ramadan», détaille la fondatrice de Sant’Egidio dans la capitale vaudoise.

Les Rroms parmi les plus vulnérables

La communauté, qui collabore avec Le Point d’Appui, l’espace multiculturel de l’Eglise évangélique réformée et de l’Eglise catholique pour les migrants dans canton de Vaud, travaille également avec l’Armée du Salut et Opre Rrom, l’association lausannoise d’action et de solidarité avec les Rroms. Sant’Egidio est depuis des années présent auprès de nombreuses familles rroms vulnérables en provenance de Roumanie. Depuis l’interdiction de la mendicité dans le canton de Vaud, le 1er novembre 2018, la situation des Rroms s’est grandement détériorée, surtout pour les familles qui ont de jeunes enfants.   

Sant’Egidio, une amitié sans frontières | © Jacques Berset

«Depuis l’éclatement de la pandémie, leur situation est devenue catastrophique. Ne pouvant plus mendier, ces personnes allaient notamment manger dans les paroisses, mais maintenant c’est fini. Souvent sans permis de séjour, elles réussissaient tant bien que mal à trouver du travail, notamment sur appel, mais désormais il n’y a plus rien… Les sans-papiers sont les premiers à pâtir du coronavirus!»

«Nous n’abandonnons personne»

Sant’Egidio, sa dizaine de membres et sa trentaine de sympathisants, dont des étudiants de l’EPFL et de l’Université, continue à aider des familles rroms dont les enfants sont scolarisés à Lausanne, leur offrant soutien amical et bons alimentaires.   

«Nous n’abandonnons personne», tel est le leitmotiv de Sant’Egidio, qui a mis en place un système de cartes postales et de téléphones solidaires, avec le soutien d’une cinquantaine de personnes, sympathisantes du mouvement. La communauté invite tous ceux qui le veulent à faire partie du réseau de solidarité téléphonique ou de l’équipe qui rédige ces cartes postales. (voir: info@santegidio.ch ou 079 627 36 56)

Depuis le 16 mars, la communauté distribue des bons (Migros ou Coop) et organise des achats de nourriture solidaires. Des ordinateurs ont été offerts à des enfants pour qu’ils puissent rester connectés avec leurs enseignants. Grâce aux moyens de communication audio/vidéo, les liens demeurent. S’étant procuré à l’étranger des masques de protection, les bénévoles de Sant’Egidio sont en mesure de les distribuer aux plus vulnérables. (cath.ch/be)


Une inspiration venue d’Italie
En 1990, un groupe de jeunes Lausannois a souhaité vivre la spiritualité et le style de vie des membres de la communauté de Sant’Egidio, mouvement catholique italien né en 1968 à Rome. A Lausanne, l’histoire de Sant’Egidio commence par la rencontre d’enfants qui avaient besoin d’aide scolaire et d’amitié dans le quartier populaire de la Bourdonnette. C’était le début d’un long chemin de service dans la ville auprès de ceux dont la vie est difficile: les étrangers, les Rroms, les personnes âgées en institution.
A l’instar des quelque 75’000 personnes – catholiques mais aussi protestantes ou orthodoxes – qui font aujourd’hui partie de cette communauté, les membres de Sant’Egidio et leurs amis se retrouvent régulièrement pour prier. C’est le centre de la vie communautaire et la source de la solidarité avec les plus pauvres. Les membres de la communauté de Sant’Egidio vivent cette solidarité au travers d’un service volontaire et gratuit, en cherchant à se faire proches et à faire famille avec ceux qui souffrent dans leur ville. Lausanne est, à ce jour, la seule communauté présente en Suisse. JB

Anne-Catherine Reymond, fondatrice et présidente de la communauté Sant’Egidio à Lausanne | © Jacques Berset
24 avril 2020 | 16:49
par Jacques Berset
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