Un lieu d’initiative et d’action, et non pas un mouvement
Lausanne: Assemblée générale de Pax Christi Suisse
Déo Negamiyimana, de l’Apic
Lausanne, 25 avril 2004 (Apic) Pax Christi Suisse a tenu le 24 avril son assemblée générale à Lausanne. Une réflexion sur son avenir et une vision rétrospective sur l’année 2003 ont été au centre des discussions. L’organisation veut mettre un accent particulier sur l’éducation à la paix, la pastorale de la paix et les droits de l’homme.
L’assemblée générale avait été renvoyée de plusieurs mois pour mettre en place une consultation générale de ses membres, en raison des nombreuses interrogations et remises en questions sur l’identité de Pax Christi Suisse et son organisation.
Réunis en Assemblée générale à Mongré, Lausanne, les membres de Pax Christi Suisse estiment que leur section est toujours bien vivante. Elle compte au total 340 membres, dont la majorité en Romandie. Cependant, si tous sont prêts à soutenir le mouvement, surtout financièrement, leur disponibilité laisse à désirer. Seulement une cinquantaine de membres se montrent actifs. Cela s’explique par deux raisons principales: les uns font état de leur âge avancé, les autres de leur engagement au sein d’autres organisations, notamment ecclésiastiques.
Afin de mieux cibler le profil de ses membres, Pax Christi veut désormais faire la différence avec les autres cadres qui militent en faveur de la paix et des droits de l’homme. Non pas pour négliger ces domaines qui vont rester des pierres angulaires, mais pour mieux marquer sa spécificité par rapport à l’Eglise. Ainsi, l’organisation veut renoncer à se considérer comme un mouvement, qu’il n’est pas, pour mettre l’accent sur la façon avec laquelle elle dit avoir travaillé jusqu’aujourd’hui, à savoir comme une organisation suisse spécialisée dans les questions liées à la paix, un lieu de réflexion, d’initiatives et d’actions qui fait partie d’un mouvement catholique international pour la paix.
Un accent particulier sur l’éducation
Pour Adrien-Claude Zoller, un des coprésidents de Pax Christi Suisse, l’éducation à la paix, la pastorale de la paix et les droits de l’homme constitueront une priorité. «C’est ce qui relève, dit-il, d’un sondage fait auprès des membres qui se sont dernièrement exprimés sur les domaines à privilégier». D’après les personnes sondées, il faut insister sur l’éducation à la paix. Celle-ci correspond à un besoin de la société face à la complexité économique, sociale et politique, peut-on lire dans un rapport de synthèse résultant de la consultation. Vient ensuite la pastorale de la paix, qui répond à la spécificité du mouvement. Enfin, last but not least, les droits de l’homme. Comme ceux qui ont répondu le soulignent, l’intervention de Pax Christi devra se limiter au niveau de l’action et de la réflexion, notamment sur le plan international, en veillant, là aussi, à y intégrer la touche spirituelle.
L’assemblée charge aussi la section de prendre régulièrement position sur des questions d’actualité tant internationale (par exemple la situation en Palestine) que nationale (le problème des requérants d’asile en Suisse). Dans tous les cas, le Bulletin «Si tu veux la paix» est perçu comme un cheval de bataille. Cet outil circule à travers le circuit des membres, des abonnés, des autorités religieuses et des organisations chrétiennes. En définitive, l’Assemblée Générale demande qu’il y ait une stratégie d’amélioration et de renforcement du bulletin dont dépend une part considérable des ressources financières de la section.
S’ériger contre la loi du plus fort
Dans son rapport annuel, l’organisation d’origine française regrette qu’elle n’ait pas pu empêcher la guerre en Irak suite aux ambitions d’une puissance américaine qui confond ses pratiques avec celles des Nations Unies. C’est sans ambages que le rapport qualifie les Etats-Unis de l’une des grandes menaces à la paix mondiale et invite Pax Christi à continuer à s’ériger, avec courage, contre la loi du plus fort.
Le rapport rend par contre hommage aux initiateurs de l’accord de Genève. Même si les membres déplorent la situation qui prévaut au Proche- Orient, au lendemain de cet accord, ils se disent déterminés à l’accompagner jusqu’à sa pleine réussite. (DNG)
Encadré:
Un mouvement né dans le contexte de la 2e guerre mondiale
Pax Christi est un mouvement catholique international pour la paix, qui a de nombreuses sections en Europe et ailleurs dans le monde. Sa naissance fut l’aboutissement de deux initiatives qui prirent forme dans les régions Aquitaine – Midi Pyrénées, en France occupée pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945).
La première a été l’oeuvre de Mme Dortel-Claudet à Agen (Lot et Garonne) qui lança une croisade de prières pour la paix. La seconde émane de Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban (Tarn-et-Garonne) de 1940 à 1947, qui rédigea, le 26 août 1942, une lettre de protestation contre l’antisémitisme. Il en ordonna la lecture en chaire, dans toutes les églises de son diocèse, le 30 août 1942. Il fut arrêté par la Gestapo le 9 juin 1944, et incarcéré, à l’âge de 50 ans, à la prison de Toulouse, puis au front Stalag 122 de Compiègne.
Le cardinal Saliègees, alors archevêque de Toulouse, organisa la rencontre de ces deux pionniers de la paix, et le mouvement Pax Christi fut fondé en 1945. Mgr Théas qui fut par la suite évêque de Tarbes et Lourdes, devint le premier président de la section française de Pax Christi. Le nom du mouvement est tiré de la devise du pape Pie XI «Pax Christi in regno Christi», (La paix du Christ par le règne du Christ)
(apic/dng/bb)




