La question des minarets est d’abord une affaire de bon sens
Lausanne: Congrès de l’Association Internationale Soufie Alâwiya
Michel-Maxime Egger, diacre orthodoxe et président de la Fondation Diagonale
Lausanne, 20 mai 2007 (Apic) L’initiative de représentants de l’UDC et de l’UDF pour l’interdiction des minarets en Suisse a fait l’objet de plusieurs réactions lors du Congrès de l’Association Internationale Soufie Alâwiya (AISA). Cette rencontre a eu lieu samedi 19 mai à Lausanne, en présence de plus 300 musulmans venus de Suisse, de toute l’Europe et d’Afrique du Nord.
«C’est extraordinaire comment on peut exagérer l’importance d’un problème en soi minime. Un pays d’ouverture, d’équilibre confessionnel et d’unité dans la diversité comme la Suisse mérite mieux que cela», a déclaré le cheikh Khaled Bentounès, maître spirituel de la confrérie Alâwiya. «De quoi parle-t-on?», a-t-il poursuivi. «Le minaret symbolise le principe de l’Unicité divine. On en a des milliers de formes dans l’architecture musulmane. Et en Indonésie, le plus important pays musulman du monde, 80% des mosquées n’ont pas de minaret.» Le cheikh Bentounès a appelé à la sagesse et à la raison dans l’approche de ce problème. «Le minaret est une affaire d’architecture et de permis de construire et pas une question qui doit passer devant un parlement. Si pour chaque question concernant l’islam, on doit légiférer, on va susciter encore plus de haines et d’affrontements.»
Pour l’émergence en Europe d’une «citoyenneté spirituelle»
L’association AISA tenait pour la première fois son congrès annuel en Suisse. Placé sous le signe du renouveau et du dialogue islamo-chrétien, il avait pour thème: «La spiritualité au service de la cité et de la paix». Parmi les intervenants, Abdennour Bidar, auteur d’un audacieux Self Islam (Ed. du Seuil) a plaidé pour l’émergence en Europe d’une «citoyenneté spirituelle»: «Elargir la compréhension politique et sociale de la citoyenneté en lui insufflant une dimension spirituelle est la clé pour la poursuite de la grande aventure de la politique européenne, aujourd’hui en panne. L’éducation sera l’un des lieux clés de cette nécessaire mutation.» Bidar a également appelé les musulmans à ne pas seulement revendiquer un droit à la différence dans les sociétés occidentales, mais aussi à apprendre à reconnaître ce même droit au sein de leurs propres communautés: «Le self islam est un islam personnel que chaque individu doit pouvoir choisir en son âme et conscience, selon ses propres besoins et aspirations spirituelles, et non en fonction de lois, d’habitudes ou de coutumes.»
Une paix profonde et durable nécessite une pacification des coeurs
Dans sa conférence, le prêtre lausannois Philippe Baud a mis en relief le noyau du message spirituel et politique de Nicolas de Flue, saint patron de la Suisse (15e s.). «Toute paix qui ne repose que sur des tractations et des stratégies est condamnée à être fragile et éphémère. Il ne saurait y avoir de paix profonde et durable sans un travail de pacification des coeurs.» Quant à Bruno Etienne, ancien directeur de l’Observatoire du religieux à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, il a notamment montré pourquoi l’Emir Abdelkader, mystique et fondateur de l’Etat algérien au 19e siècle, avait sauvé les chrétiens de Damas de la persécution: «Il était convaincu qu’il existe un droit de l’humanité au-dessus de toutes les lois, y compris celles de l’islam.» Un message d’une brûlante actualité. (apic/mme/bb)



