Le karma séduit les jeunes russes
Lausanne : Des chercheurs scrutent le phénomène de la conversion
Déo Negamiyimana, correspondant de l’Apic à Lausanne
Lausanne, 16 mai 2008 (Apic) Lors d’un colloque organisé les 15 et 16 mai par la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne, des chercheurs venus de divers horizons décortiquent l’aspect socio-psychologique de la conversion religieuse. Une soixantaine de participants se sont mis d’accord sur le fait que la construction d’une identité individuelle et même collective reste la motivation principale de ceux qui changent de religion.
L’objectif du colloque sur la conversion religieuse a été clairement défini depuis le départ. «Nous voulons considérer dans un même cadre d’analyse et de réflexion des données provenant de divers terrains d’observation et qui documentent des processus de conversion», a déclaré Pierre-Yves Brandt, au moment de l’ouverture du colloque. Sur cette lancée, des chercheurs interviennent tour à tour pour exposer, depuis hier matin, les résultats de leurs recherches.
Pour le psychologue Remond Paloutzian, de l’Université de Westmont College aux Etats-Unis, la conversion religieuse est créatrice de lien social. «Elle implique généralement l’appartenance à un nouveau groupe doté d’une structure, de hiérarchies et de rapports sociaux spécifiques», explique cet Américain pour qui de nombreuses recherches sur les mariages mixtes ont révélé des cas de conversion à des fins matrimoniales. D’après lui, le converti s’allie ainsi non seulement à un individu, mais aussi à un nouveau groupe. Le scientifique conclue en évoquant des «religious switchers» parfois motivés par la volonté de faciliter des unions mixtes ou de se regrouper sur une base socioéconomique commune, auquel cas la conversion engendre de nouveaux réseaux sociaux.
Quant à Coralie Buxant, psychologue des religions à l’Université catholique de Louvain en Belgique, elle met en évidence un certain nombre de motivations qui peuvent guider les gens depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Pour les Occidentaux qui se convertissent à l’islam par exemple, elle note qu’au sein du groupe majoritaire, la conversion à la religion d’un groupe minoritaire exprime une protestation à l’encontre de son cadre de référence originel. Ce qui revient à refuser la modernité et les processus de sécularisation qui fondent les Etats-nations.
La méfiance des évangéliques vis-à-vis des catholiques
Cette volonté de refuser les cadres de référence originels n’est pas inconnue en Suisse, si l’on en croit Olivier Favre, pasteur évangélique et chercheur à l’Observatoire des religions. D’après une enquête qualitative qu’il a menée, il a cherché comment les évangéliques construisent leur identité et comment ils la transmettent à leurs enfants et à des tiers. «Après une longue histoire de persécution et de repli, les évangéliques ont aujourd’hui leur place au soleil, même s’ils gardent une grande prudence vis-à-vis de la société», constate le pasteur qui est en même temps sociologue. Pour lui, ces deux dernières décennies ont montré que les évangéliques cherchent à s’affirmer et à afficher leur spécificité. En politique, il y a déjà deux partis d’obédience évangélique. Petit à petit, ils occupent quantitativement le terrain. Selon l’Office fédéral des statistiques, la Suisse compterait 3% d’évangéliques.
La conversion au courant évangélique s’explique souvent par l’attitude même des fidèles, qui affirment haut et fort leur attachement au Christ. Ce qui, pour des chrétiens qui veulent s’affirmer en tant que tels, constitue une grande source de motivation. Avant de se considérer comme appartenant à telle ou tel Eglise, les évangéliques se considèrent d’abord comme chrétiens. Ce qui implique que du point de vue oecuménique, les évangéliques gardent une très grande méfiance surtout face à l’aspect institutionnel des catholiques. Même s’ils sont actifs au niveau de la pratique, notamment en cas de célébrations interconfessionnelles. Pour eux, la fidélité au Christ suffit. Ils n’ont pas besoin d’intermédiaires. Cette idée séduit une partie de la population qui mise de plus en plus sur son autonomie.
Sous d’autres cieux, la conversion s’opère dans la perspective de transcender une situation qu’on ne supporte pas. C’est le cas des jeunes russes qui, aujourd’hui, sont de plus en plus séduits par l’hindouisme. D’après Zhargalma Dandarova, professeur de psychologie à l’université de Saint Pétersbourg, le climat sociopolitique russe ne présage pas d’un bon avenir pour eux. «La solution est désormais dans le karma», relève la scientifique, pour qui la jeunesse tente de chercher à tout prix tout ce qui peut instaurer la paix et la justice sociale dans cet ancien empire soviétique. (apic/dng/bb)



