Y a-t-il des guerres justes ?
Lausanne: Journée d’étude de Pax Christi de Suisse romande
Lausanne,
(APIC) Lausanne: Journée d’étude de Pax Christi de Suisse romande En plaçant sous ce thème sa journée d’étude du 22 janvier, le mouvement Pax Christi de Suisse romande n’a pas hésité à aborder un débat très complexe, sur le plan éthique, théologique et juridique. La question n’est pas seulement théorique, pour preuve l’attitude de la communauté internationale n’a pas été la même face aux conflits récents au Kosovo et au Timor Oriental. Pour les chrétiens, la paix n’est ni abdication, ni démission.
Roger de Diesbach, rédacteur en chef de «La Liberté» de Fribourg, a expliqué devant les quelque 35 personnes présentes samedi à Lausanne, la difficulté à défendre un point de vue cohérent face à la guerre du Kosovo. Si l’agression des Serbes contre les populations albanaises du Kosovo était absolument inacceptable, la guerre décidée par l’OTAN, sans l’accord de l’ONU et malgré l’opposition la Russie et de la Chine, contre un Etat souverain qui n’en avait attaqué aucun autre était-elle légitime ? Cette question laisse de grands doutes à Roger de Diesbach. Une guerre prétendument «chirurgicale», mais dans laquelle l’ennemi n’a aucun moyen de se défendre peut-elle se justifier ? Peut-on faire la paix avec la guerre ? Le bien avec les bombes ? L’urgence autorise-t-elle à lancer une intervention dangereuse et illégale ? A ces questions, les gouvernements, les hommes politiques et les journalistes occidentaux ont réagi de manière dispersée, la plupart se rangeant derrière la bannière de la propagande américaine.
Pour Roger de Diesbach, la guerre en Serbie n’a pas fait progresser les droits de l’homme, mais a surtout permis aux Etats-Unis, de s’ériger en gendarme du monde, d’imposer leur tactique et leur armement, et de tuer dans l’œuf toute idée de défense européenne autonome. Que dire enfin de la catastrophe économique, écologique et politique pour la Serbie ?
Le Dieu des armées
Les mêêmes doutes et les mêmes perplexités traversent toute la Bible, relève l’abbé Claude Ducarroz. La Bible contient beaucoup de guerres et de violences. Le peuple de Dieu mène presque sans cesse des guerres de conquête. Dieu est invoqué comme le Dieu des armées. Face à cette veine guerrière se dresse cependant aussi une veine prophétique qui condamne la violence, renie la puissance des armes, et rêve de la disparition de la guerre. Le choc entre ces deux visions constitue toute l’ambiguïté de la réalité. Dans le Nouveau Testament, le Christ est fondamentalement présenté comme pacifiste et non-violent. Une attitude que les premiers chrétiens maintiendront face aux persécutions.
L’histoire de l’Eglise répète l’histoire biblique avec cependant un effort constant pour définir des critères de la guerre juste. Elle doit avoir pour but de défendre l’innocent ou d’obtenir réparation d’un dommage; elle doit être décidée par une autorité légitime; elle ne peut intervenir qu’en dernier recours et suivre une intention drote; elle doit épargner les non-combattants et respecter les prisonniers. Des règles que l’on retrouve aujourd’hui encore dans le catéchisme de l’Eglise catholique et les discours de Jean Paul II.
Le droit à l’objection de conscience
Autre évolution plus nette depuis Vatican II, la condamnation sans équivoque de la course aux armements comme une folie, une injustice, un crime contre Dieu et les hommes. Quant à la reconnaissance du droit à l’objection de conscience, elle constitue également une étape importante de la réflexion ecclésiale. Claude Ducarroz discerne deux signes d’espérance. La pensée sur la guerre et la violence s’est affermie et la justification de la guerre devient toujours plus difficile. Le prophétisme efficace de chrétiens qui s’engagent pour la paix, un peu partout dans le monde ouvre un second espoir.
Oui à l’entrée de la Suisse à l’ONU
Adrien-Claude Zoller, directeur du Service international des droits de l’homme à Genève, s’est penché sur les aspects juridiques et sur l’évolution du droit international de la guerre. Le droit d’ingérence qui signifie le droit pour la communauté internationale de se préoccuper du sort des personnes ou des peuples menacés, n’est pas contestable. En adhérant à l’ONU, les Etats membres le reconnaissent. Aujourd’hui la souveraineté nationale ne permet plus de couvrir tous les crimes. Reste néanmoins que ce droit d’ingérence doit s’exercer dans un cadre légal. Au cours des dernières années, les réactions de la communauté internationale face aux violations massives des droits de l’homme ont été beaucoup plus rapides, même si elles n’ont pas pu empêcher le génocide du Rwanda et les crimes du Kosovo. La répression des auteurs de crimes contre l’humanité a fait des progrès considérables et la création à venir d’un tribunal pénal international marque une avancée décisive.
L’inquiétant silence face à la guerre en Tchétchénie ou la situation dans les pays africains restent cependant bien là pour empêcher toute bonne conscience.
Pour les militants de Pax Christi, il n’y pas de solution toute faite à ces questions. Mais il faut avoir le courage et la lucidité d’aller à contre-courant des opinions imposées, d’oser aborder les questions négligées ou ignorées, de résister à l’entreprise de manipulation des consciences. C’est dans ce sens que les participants à la journée de Lausanne ont adopté une résolution pour défendre l’adhésion rapide de la Suisse à l’ONU. (apic/mp)



