Dieu est-il nécessaire à l’Etat? Et la religion?

Lausanne: L’Université analyse les relations entre Dieu et l’Etat

Déo Negamiyimana, pour l’Apic

Lausanne, le 4 février 2005 (Apic) L’université de Lausanne a invité le 2 février au soir différentes personnalités, dont le conseiller fédéral Moritz Leuenberger dans le cadre d’un cours public sur les religions et la société. Si la soirée a permis de prendre pour cibles les religions qui, de temps en temps animent des tensions sociales, elle a aussi été une occasion de montrer leur importance dans l’édification de la société.

Dieu est-il nécessaire à l’Etat? Il n’a jamais été facile de répondre à ce genre de question, qui a fait le titre de la soirée de mercredi à la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne. Le siècle des lumières sera cependant déterminant pour comprendre ce que les religions qui parlent au nom de Dieu peuvent apporter à l’Etat pour l’édification de la société. «C’est à partir du 18è siècle que naissent des Etats libéraux pour garantir la liberté aux religions. En Suisse, la Confédération attache une grande importance au rôle que les religions jouent dans la cohabitation des citoyens», indique le Conseiller fédéral Moritz Leuenberger devant une audience de plus de 500 personnes.

Mais en affirmant que les religions sont nécessaires à la construction de l’Etat, le politicien s’attire les foudres des chrétiens convaincus que c’est au seul christianisme qu’il faut reconnaître le bilan des siècles de cohabitation et de l’apogée économique et sociale en Suisse et en Europe. «Ce n’est pas juste», réplique le responsable en charge du département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication. Il rappelle les chicanes qui ont opposé chrétiens et protestants en Suisse jusqu’au 19ème siècle, ainsi que les croisades dans d’autres partie de l’Europe chrétienne. Sans renier l’apport du christianisme en Suisse et dans le monde, Moritz Leuenberger demande aux chrétiens d’être attentifs à ce que font les autres religions pour le bien du pays.

Pour être plus clair dans son argumentation, le socialiste évoque même les dimensions chères aux Christ et aux chrétiens dignes de ce nom, à savoir la charité, l’espérance et l’amour. Plutôt que d’entrer dans des querelles de savoir qui est grand et qui ne l’est pas, le politicien suggère aux chrétiens de miser plutôt sur un amour inclusif à quoi Jésus lui-même réserve la meilleure appréciation. Et de conclure: «Chaque fois que les chrétiens mettront en avant la foi et non l’amour, il leur sera difficile de cohabiter avec les autres religions».

Les religions sont-elles nécessaires à l’Etat?

A son tour, le conférencier Jörg Stolz, professeur à la faculté de théologie et directeur de l’observatoire des religions en Suisse, n’entre pas dans la discussion de savoir si Dieu est nécessaire à l’Etat ou pas. «J’aurais aimé qu’on intitule autrement la conférence. Au lieu du titre Dieu est-il nécessaire à l’Etat?, je préfère Les religions sont-elles nécessaires à l’Etat?. En même temps que le champ de la sécularisation s’élargit, il y a une pluralité des religions» constate le sociologue. D’après lui, le phénomène semble paradoxal. Le scientifique reconnaît que l’Etat ne peut pas garantir certaines valeurs comme la démocratie et la liberté sans le concours des religions. Il est même évident que l’Etat lui- même sécularisé ne pourra plus garantir seul ces valeurs.

En même temps qu’il regrette cet effacement du religieux, il reconnaît que les religions sont des couteaux à double tranchants. Il donne l’exemple de leurs dérives en Irlande, dans les Balkans, au Proche-Orient et ailleurs. Et comme il n’est pas du rôle de la sociologie de dire si les religions sont nécessaires à l’Etat ou pas, il laisse au public le choix de tirer sa propre conclusion.

Influence évangélique dans les sphères politiques américaines

Yakov Rabkin, professeur au département d’Histoire à l’Université de Montréal, refuse de croire que la sacralisation soit totalement mauvaise en soi. Le conférencier parle sans les nommer des Etats-Unis où le mouvement évangélique prend toujours davantage d’importance jusqu’à influencer les sphères politiques. «Dans le même temps, dit-il, on assiste à une puissance américaine qui refuse d’abolir la peine de mort, une chose déjà faite au Canada où grandit, plus qu’en Suisse, la laïcisation».

Comme pour apaiser les esprits, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger réagit aux propos du professeur Rabkin pour souligner que la foi seule n’a pas de solutions toute faites. «Si en Suisse, nous pouvons consulter les Eglises pour solliciter leurs suggestions sur des questions comme le taux d’alcoolémie, l’euthanasie, le développement durable, l’asile, les relations avec l’Union Européenne, etc, nous ne comptons pas moins sur leur raison que sur leur foi. Mais bien les deux», explique le Zurichois, qui affirme aussi respecter les agnostiques. La Confédération ne les néglige pas quand il faut consulter le peuple pour prendre telle ou telle initiative.

Une ovation a clos la rencontre pour saluer la participation et les prises de position de Moritz Leuenberger, lequel a été gratifié par certains commentateurs du titre de «ministre des cultes».

Pratique: Site internet de l’université de Lausanne : www.unil.ch

Les cours sur les religions et la société ont lieu tous les mercredis de 18h à 20h, jusqu’au 23 février

(apic/dng/bb)

4 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!