Abandonner la prétention au monopole de la vérité

Lausanne: La maison de l’Arzillier fête son 10ème anniversaire

Déo Negamiyimana, Apic

Lausanne, 10 novembre 2008 (Apic) L’Arzillier, la Maison du dialogue interreligieux à Lausanne, a fêté son 10ème anniversaire dimanche soir 9 novembre. Les cérémonies ont été rehaussées par des personnalités politiques et religieuses du canton de Vaud venues soutenir et encourager son travail, l’Arzillier se donnant pour but de construire des ponts entre les traditions religieuses. Retour sur une fête au cours de laquelle les représentants de diverses confessions se sont engagés à promouvoir la compréhension mutuelle.

L’Arzillier, un terme issu du mot «arzille», signifiant «argile» en français, est une métaphore qui souligne la fragilité du dialogue entre les religions et qui symbolise la délicatesse du travail de l’Arzillier, maison du dialogue interreligieux depuis 1998.

Après le mot d’accueil de Falahi Faramarz, vice-président du comité de l’Arzillier, la parole a d’abord été donnée aux représentants du monde politique. Tous ont reconnu le rôle que joue la Maison du dialogue non seulement entre les traditions religieuses différentes mais aussi au sein même de la population vaudoise fortement multiculturelle.

Ainsi, pour Anne-Catherine Lyon, conseillère d’Etat en charge de la formation, de la jeunesse et de la culture dans le canton de Vaud, il est important que les enfants soient informés des diverses traditions religieuses qui les entourent. Le rôle de l’Arzillier reste donc important notamment quand il faut initier les jeunes à la tolérance par rapport aux autres et par rapport à la vie scolaire.

La ministre a relevé que le canton compte quelque 68’000 élèves de l’école obligatoire dont 4/5 affirment leurs appartenances religieuses. Ainsi, les statistiques indiquent 37% d’enfants catholiques, 32% de protestants, 10% de musulmans et 7% qui viennent d’autres confessions. Une diversité que l’école vaudoise gère avec pragmatisme. «Nous ne voulons pas que les enfants soient tiraillés entre leur appartenance religieuse et l’enseignement scolaire», a souligné la ministre, en insistant sur le fait que la religion doit rester dans la sphère privée de l’enfant. Elle de rappeler que l’école vaudoise doit rester neutre du point de vue confessionnel et que les élèves sont tous égaux devant le règlement scolaire.

La multiculturalité, une clé de l’avenir

A son tour, Daniel Brélaz, syndic de Lausanne, a mis en évidence la proportion des étrangers vivant dans sa commune. 36% d’étrangers qui ont leur religion et leur culture. «Nous comptons sur l’Arzillier pour faire de cette multiculturalité une clé de l’avenir pour notre ville», a appelé de tous ses voeux le maire de la capitale vaudoise.

Pour sa part, Claudine Wyssa, vice-présidente du Grand Conseil vaudois, a fustigé ce qu’elle appelle le «laïcisme à la française» qui ne tolère pas la présence des hommes d’Eglise et autres traditions religieuses dans les écoles. La députée vaudoise considère que sans faire de prosélytisme, les responsables des communautés religieuses peuvent se rendre à l’école et expliquer ce qui fonde l’essentiel des diverses traditions. Une idée vivement soutenue par le Professeur Pierre-François Leyvraz, directeur du CHUV, le Centre hospitalier universitaire vaudois. D’après lui, l’Arzillier a aidé le CHUV à comprendre les pratiques religieuses des patients. «Aujourd’hui, a-t-il reconnu, les religions exotiques interpellent le personnel soignant. Certaines tâches, comme la prise de rendez-vous, sont mises en place en fonction de la foi de chacun, chaque fois que c’est nécessaire».

Défendre une civilisation mondiale sans préjugés

Prenant la parole à leur tour, les représentants des Eglises et communautés religieuses ont réaffirmé leur engagement à promouvoir les acquis de la diversité de croyances dans le canton. C’est le cas de Susan Hansen, de la communauté Baha’i. Pour elle, il faut défendre une civilisation mondiale sans préjugés. «Nous recommandons d’abandonner toute prétention au monopole de la vérité et de contribuer, en harmonie avec les autres, à l’édification de la paix et de la compréhension mutuelle», a-t-elle indiqué.

Comme tous les autres représentants confessionnels, l’abbé Jean-Robert Allaz, vicaire épiscopal du canton de Vaud, a abondé dans le même sens. Il a démontré combien l’Eglise catholique vaudoise, composée d’une forte proportion de fidèles venus d’ailleurs, compte sur l’ouverture et la connaissance de l’autre. Et Antoine David, chanteur et représentant de la communauté israélite, de résumer la mission de l’Arzillier par cette image bien éloquente: «En matière de dialogue interreligieux, c’est comme si on chantait à plusieurs voix. Pour tenir sa propre voix, il faut écouter celle des autres». (apic/dng/be)

10 novembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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