Les Négriers n’étaient chrétiens que de nom
Lausanne : Le pasteur Buangi Puati fustige le rôle des Eglises dans la traite des noirs
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 16 avril 2008 (Apic) Suite à la publication de son livre intitulé «Christianisme et traite des Noirs» (*), Roger Buangi Puati, 52 ans, explique comment les Eglises occidentales ont soutenu et participé à la vente et à l’achat des esclaves noires. Le premier pasteur noir de l’Eglise réformée vaudoise propose en même temps une clé de lecture de l’évangile aux Africains qui seraient tentés de rejeter le christianisme sous prétexte qu’il les a opprimés.
Quand Roger Buangi Puati commence à parler de la responsabilité du christianisme dans la traite des noirs, il peine à s’arrêter. «Après avoir longtemps considéré l’Africain comme ’christianisable’, les Eglises chrétiennes changent subitement de discours et le noir se retrouve ’dépossédé’ de son âme. Les Eglises chrétiennes affirmeront qu’on peut le vendre parce qu’il n’a pas d’âme. Par la traite, l’Africain devient une chose. C’est là la lourde faute de l’Eglise d’Occident», explique le Congolais, qui s’est installé en Suisse en 1987 fuyant le régime sanguinaire du Zaïre de Mobutu, (actuel République démocratique du Congo). Le protestant sait étayer ses propos par de nombreux exemples. Il parle notamment de l’Eglise réformée de France qui, au cours de son synode de 1637, déclare que la traite n’est pas contraire à la tradition biblique. L’Eglise catholique ne dira pas le contraire, étant donné que le Portugal et l’Espagne vont rivaliser de puissance dans l’oppression des Africains. Le Portugal par exemple, qui avait consacré le 1er évêque noir en 1517 au royaume du Kongo, bascule dans la vente des Africains, mettant en avant le profit matériel en lieu et place de la Bonne Nouvelle.
Jésus de Nazareth a beaucoup de choses à apporter à l’Afrique
«Si les Eglises chrétiennes ont trahi le message du Christ, ce n’est pas une raison d’abandonner ma mission de pasteur. Je reste chrétien parce que je suis convaincu que les négriers n’étaient chrétiens que de nom. En réalité, ils ne l’étaient pas», souligne le pasteur de la paroisse de Saint Laurent les Bergières. «Quand je lis l’évangile, dit-il, je ne trouve que condamnation d’une telle attitude des Eglises. D’ailleurs, pour moi, les Africains qui pensent que le christianisme est une religion du blanc font une erreur grave. Ce n’est pas la religion chrétienne qui a persécuté les Africains mais des hypocrites qui se sont cachés derrière le christianisme. En jetant l’eau du bain, je recommande de garder le bébé. Jésus de Nazareth a beaucoup de choses à apporter à l’Afrique.»
Pour ce Suisse d’origine congolaise, l’Afrique ne doit pas continuellement s’enfermer dans la position de victime. Elle doit se réveiller. Cela implique un certain nombre de choses à améliorer. «Je pense entre autres au respect de la dignité humaine qui n’est pas encore une réalité complètement intégrée dans la mentalité des autorités politiques. Il en est de même du respect du bien public qui reste encore à cultiver.»
Certains prêtres et pasteurs se comportent comme des demi-dieux
Aux yeux de Roger Buangi Puati, le partage et la solidarité africaines reste encore confinés à l’intérieur des clans et des tribus, ce qui affaiblit de nombreux Etats du continent noir. «Il faut une nouvelle naissance et aller vers une meilleure vision du monde. Cela impliquerait que des gens venant de communautés différentes puissent s’unir autour d’un même projet de société pour le porter ensemble. L’Afrique souffre de ses identités meurtrières selon les mots même de l’historien libanais Amin Maalouf», regrette celui qui constate que les Eglises chrétiennes, africaines y compris, ne font pas encore grand-chose pour réparer les pots cassés par la traite des Noirs, la colonisation et autres drames que connaissent l’Afrique. «Combien d’ecclésiastiques soutiennent encore des dictatures alors que l’évangile leur demande de défendre le peuple?», s’interroge-t-il. Certains prêtres et pasteurs africains se comportent comme des demi-dieux et ne se soucient guère des problèmes de leurs paroissiens, par exemple l’analphabétisme.
Malgré ce constat amer, le pasteur se dit optimiste face à l’avenir de l’Afrique. «Je fonde mon espoir sur la jeunesse qui est de plus en plus profondément consciente de la situation qu’elle vit. Elle s’informe énormément et cherche des solutions. «A l’avenir, estime-t-il, je pense qu’elle va assurer un contrôle démocratique du continent. C’est ce qui fait d’ailleurs que des Eglises commencent à dépasser les simples célébrations ritualistes pour s’attaquer aux besoins concrets des fidèles. Des Africains commencent aussi à être confiants en leurs potentialités». Et le pasteur de préciser que parler de potentialités africaines, ne veut pas seulement dire diamant et autre sources minières dont regorge le continent. Il s’agit aussi et surtout des potentialités humaines et philosophiques qui ont été mises à mal par la traite des Noirs et autres drames qui, malheureusement, endeuillent profondément le berceau de l’humanité», conclut-il.
(*) Roger Buangi Puati, Christianisme et traite des Noirs, éd Saint Augustin, Saint Maurice, 2007, 400p.
(apic/dng/bb)



