Les différences au service de la beauté des traditions religieuses
Lausanne: Les diverses confessions réfléchissent aux moyens de vivre ensemble
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 20 février 2008 (Apic) Comment peut-on mieux vivre ensemble et que peuvent faire les différentes communautés religieuses pour y contribuer. C’est pour répondre à ces questions que l’Arzillier, la «Maison du dialogue» à l’Avenue de Rumine 62 à Lausanne, a mis sur pied le 19 février un débat sur le «vivre ensemble» des confessions religieuses établies sur le canton de Vaud.
Sept représentants de diverses traditions religieuses et près d’une centaine de participants ont répondu à l’invitation, l’occasion d’échanger sur les possibilités à exploiter pour aller vers l’autre dans sa ressemblance et sa différence.
La question du vivre ensemble devient inéluctable et est plus que jamais d’actualité dans une société pluriculturelle et interreligieuse. Tel est le constat dressé par les responsables religieux évangélique, protestant, catholique, hindou, bouddhiste, juif, bahaï et musulman, lors du débat qui a eu lieu mardi soir à l’Arzillier.
Remédier aux blessures causées par un passé lourd de contentieux
Tour à tour, les 7 représentants des diverses communautés ont reconnu le bien fondé du vivre ensemble. Ainsi pour le Père maronite Maroun Tarabay, qui résumait les conclusions de la rencontre annuelle des leaders religieux en septembre 2007, on a toujours le choix de vivre «côte à côte ou face à face».
Afin de témoigner de sa volonté de vivre ensemble, le croyant doit faire preuve de respect et de l’acceptation de l’autre comme une personne différente. «En Europe et notamment en Suisse, a relevé le prêtre catholique d’origine libanaise, les différentes traditions religieuses ont la possibilité de dialoguer ensemble, ce qui permet de faire un travail de purification de la mémoire pour remédier les blessures causés par un passé lourd de contentieux».
Pour Lionel Elkaïm, assistant-rabbin du Centre israélite de Lausanne, il ne convient pas de voir le vivre ensemble comme une obligation. «C’est une chance !», a-t-il indiqué. S’exprimant sur l’attitude à adopter pour améliorer les conditions du vivre ensemble, Mujin Sunim, moine bouddhiste, a fait remarquer que celui ou celle qui veut vivre bien doit aller voir comment les autres vivent. Et la conférencière de s’indigner face à l’hypocrisie de ceux qui se considèrent comme croyants alors qu’ils manquent d’honnêteté avec eux-mêmes.
«Nous n’avons pas besoin de religion, mais d’abord et avant tout de la bonté», a-t-elle philosophé en puisant dans la sagesse bouddhiste. Elle a aussi paraphrasé la chanteuse Madonna pour faire comprendre que l’être humain est «congelé» tant que son coeur n’est pas encore ouvert, avant de conclure que le vivre ensemble est une nécessité.
Côté musulman, l’accent a été mis particulièrement sur le processus de l’apprentissage comme moyen de vivre ensemble. D’après Montassar Ben Mrad, président de l’Union vaudoise des Associations musulmanes, il faut du temps pour apprendre qu’il peut y avoir différentes manières de penser et d’agir. Pour lui, il revient à l’Etat d’assurer de bonnes relations entre les traditions religieuses en veillant à ce qu’il n’y ait pas de fausses informations autour d’elles.
Réagissant à l’intervention de Montassar Ben Mrad, Jean-Marc Zwissig, membre du Conseil de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud, a expliqué comment l’Etat vaudois collabore avec les catholiques, les réformés et les juifs. L’intervenant catholique a d’abord souligné que la Constitution vaudoise offre les chances d’une laïcité positive.
«Elle reconnaît, a-t-il indiqué, la dimension spirituelle de la personne humaine et les contributions que les communautés religieuses peuvent apporter à la société. C’est pour cela que l’Eglise évangélique réformée, l’Eglise catholique romaine et la communauté israélite sont reconnues comme institutions de droit public dotées de la personnalité morale».
Pour Jean Marc Zwissig, ce statut n’est pas une faveur aux trois communautés mais le résultat d’une expérience que l’Etat vaudois a réalisée par rapport à leur capacité de travailler en commun, par exemple à travers l’aumônerie oecuménique. Quand l’Etat s’est rendu compte qu’elles arrivaient à mettre en évidence leurs valeurs communes, il leur a donné le même statut.
Renforcer le charme et la beauté des traditions religieuses
Partant de ces propos, Robert Locatelli, de la communauté baha’ie de Vevey, a expliqué que les différences devraient renforcer le charme et la beauté des traditions religieuses. «Nous sommes tous des êtres spirituels avec des expériences humaines. Malheureusement nous sommes aussi trop soumis au goût du pouvoir et à la prétention de posséder le monopole de la vérité», a déploré cet assistant social de profession.
Cette réflexion, partagée par le public, a été relayée par le musulman Allaoui Abdellaoui, pour qui il faudrait une autre arche de Noé pour délivrer le monde du déluge de l’information erronée. Selon lui, les médias empoisonnent l’opinion et empêchent de voir la bonne pierre qu’on peut trouver dans toutes les traditions pour construire l’oeuvre du vivre ensemble. (apic/dng/be)



