Communication: un débat de société qui s’annonce ardu

Lausanne: Première journée de présentation de la campagne de Carême

Lausanne 20 janvier 2002 (APIC) Baptême du feu pour la campagne de Carême «Partager la communication» lors de la première journée de présentation, le samedi 19 janvier à Lausanne, à l’intention des professionnels de la pastorale du canton de Vaud. Le thème a su intéressé un public bien disposé et ouvert au débat

Deux exposés, suivis chacun d’un débat, ont expliqué à la soixantaine de responsables pastoraux présents, les enjeux tant socio-politiques que spirituels du partage Nord-Sud de la communication.

Michel Egger, de Pain pour le prochain (PPP), a rappelé le droit inaliénable de tout individu d’avoir accès aux moyens de communication, tel que l’affirme la Charte populaire de la communication émanant du réseau international Voices 21 et soutenu notamment par l’AMCC-WACC (l’Association mondiale pour la communication chrétienne).

Il a dépeint deux types de société de communication. La première conçue en terme de marché, dominée par les grands groupes internationaux (tel AOL-TimeWarner) qui contribue à l’hégémonie du néolibéralisme mondial. La seconde conçue en terme de développement, voulue par la société civile (à savoir les associations distinctes du monde de la politique et de l’économie privée) et qui réclame un équilibre de l’accès à la communication, comme à toute forme de développement, au nom de l’égalité universelle des droits de l’hommes.

Ces deux formes de société, la première dominant la seconde, recoupent généralement la distinction géographique du Nord industrialisé exploitant le Sud sous-développé. En réaction à cette injustice, Michel Egger a conclu son exposé par une invitation à la résistance citoyenne, dans laquelle s’inscrit la campagne de Carême, affirmant que malgré l’ampleur du défi, il existe bel et bien, selon lui, une possibilité d’action.

Distinction? Pas si simple

Le débat qui a suivi l’exposé, tout en approuvant les grandes lignes, s’est principalement focalisé sur la pertinence d’une distinction radicale entre société néo-libérale et société civile. En effet, plusieurs questions et remarques ont souligné que les acteurs sociaux, tant privés que politiques, font généralement partie des deux types de société. Nombres de membres de la société civile sont également, en tant que travailleurs, inclus dans le système libéral. Ainsi, la campagne qui vise cette année les politiques et les médias de l’économie privée, risque de se retrouver décalée entre la formulation de ses revendications, qui nécessité des distinctions claires, et ses destinataires, qui eux se situent dans une réalité beaucoup plus nuancée.

Nord-Sud, un fossé également théologique

Le second exposé, de Michel Salamolard, prêtre diocésain, sur la dimension et les fondements spirituels de la communication comme source de la dignité humaine, a également stimulé questions et remarques sur le risque propre à un partage de la communication avec ceux qui affirme une vision du monde différente.

L’exemple de la théologienne Ivone Gebara, est particulièrement évocateur de la profondeur du décalage Nord-Sud. Invitée par les initiateurs de la campagne oecuménique de Carême à rédigé un article sur le christianisme et la communication, elle a proposé une lecture biblique originale de la tour de Babel comme invitation divine à la communication. La théologienne du Sud a actualisé sa lecture en termes de «construction d’un nouvel ordre social mondial». Cette approche, comme l’a précisé le secrétaire romand de PPP Théo Buss, a suscité de vives réactions parmi des théologiens du Nord, surpris voire dérangés, par cette lecture biblique non conformiste.

En regard du Sommet Mondial sur la société de l’information, organisé par l’ONU à Genève en 2003, de telles réactions laissent entrevoir la taille du défi que représente une égalité dans l’accès à la communication. En effet, si au niveau du discours théologique la diversité Nord-Sud pose déjà des problèmes, que penser du propos qui se portera sur les enjeux économiques? (apic/sh)

20 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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