Lausanne: «quel avenir pour les écoles (121293)
catholiques en Suisse romande?
Les laïcs, partenaires à part entière
Lausanne, 12décembre(APIC) Transmission efficace des mandats et de compétences aux laïcs, complémentarité avec l’enseignement public et dialogue
renouvelé avec les autorités civiles, telles sont les conditions du futur
des écoles catholiques en Suisse romande. Ces recommandations ont été dégagées lors d’un séminaire tenu à Lausanne vendredi sur le thème: «Quel avenir pour les écoles catholiques de Suisse romande?»
Organisé par la Conférence des institutions d’éducation et des écoles
catholiques de la Suisse (CECS), cette première a réuni des enseignants et
des responsables d’écoles catholiques ainsi que des autorités ecclésiatiques et politiques: le cardinal Henri Schwery, évêque de Sion; Mgr Pierre
Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et son auxiliaire à Lausanne,
Mgr Gabriel Bullet; Jacqueline Bottlang-Pittet, députée PDC au Grand Conseil vaudois; Fabien Loi Zedda, secrétaire général du Département de l’Instruction publique et des Cultes du canton de Vaud; des membres de la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud.
Présidée par Bruno Santini-Amgarten, directeur du centre pédagogique des
catholiques suisse et secrétaire de la CECS, la journée a permis une approche plurielle d’un thème rendu crucial en raison de la fermeture croissante
d’écoles catholiques: par l’homme d’Eglise, le cardinal Schwery; le négociateur Jacques Bizot, délégué auprès du secrétaire général de l’enseignement catholique de France; enfin une femme du terrain, Soeur Louise-Henri
Kolly, provinciale romande des Soeurs de Sainte-Croix d’Ingenbohl.
En introduction, Mgr Bullet a rappelé les interrogations sous-jacentes
au séminaire. Quelle place pour l’école catholique dans un monde de plus en
plus sécularisé?. Quel rôle dans l’évangélisation?. L’école catholique estelle encore compétitive aujourd’hui? Fabien Loi Zedda a insisté sur la complémentarité entre école privée et école publique, cette dernière ne pouvant tout offrir, ni priviélégier une vision du monde.»
Transmettre des valeurs fondamentales
Le cardinal Schwery a présenté les «Rôles des écoles catholiques de
Suisse romande dans l’optique de l’Eglise». Rappelant que les écoles catholiques de Suisse romande ont pour la plupart été fondées par des Congrégations religieuses au titre de subsidiarité, – l’Etat ne disposant pas des
bâtiments nécessaires et ne pouvant pas en garantir la dotation en personnel -, l’évêque de Sion s’est arrêté sur les conditions de la prise en
mains de ces institutions scolaires de l’Etat. Cette évolution est normale,
a-t-il souligné, mais pas à n’importe quel prix: il est des responsabilités
et des compétences à transmettre que nous estimons indispensables à l’école
pour pouvoir être authentiquement catholique».
La prise en charge inévitable par les laïcs doit être préparée pour que
ne se perde pas cette identité catholique: «Ai-je préparé des personnes
laïques précises à devenir responsables de l’enseignement et d’une éducation globale selon nos principes?», s’est demandé le cardinal Schwery. Les
formes peuvent changer, mais «on ne peut, en aucun cas, sacrifier les valeurs fondamentales». Tant que la transmission n’est pas garantie», le dépôt confié à des écoles catholiques existantes en justifie l’existence».
Une double préoccupation
Pour le cardinal Schwery, l’école catholique doit prendre en charge une
double préoccupation: l’enseignement religieux et la catéchèse, deux pilliers qu’on ne peut plus confondre». Il peut y avoir complémentarité entre
école publique et l’Eglise, la première dispensant un enseignement religieux, la famille et la paroisse accompagnant les démarches de foi. L’essentiel est de transmettre «le sentiment religieux, la fidélité à une Parole révélée, le sens du surnaturel, le respect et l’amour de l’Eglise» pour
éviter l’indifférence religieuse et l’absence de discernement sur le plan
spirituel. Si l’école publique en est incapable, l’école catholique devient
nécessaire.
L’avenir, pour l’évêue de Sion, réside dans «une transmission efficace
des mandats et de compétences au personnel laïc, ce qui suppose des salaires normaux: «Les laïcs, souvent chargés de famille, ont droit à la sécurité de l’emploi, aux assurances sociales et à une rétribution convenable».
Ils ont droit à une collaboration et un dialogue approfondis avec l’Etat et
à une participation plus active des partenaires concernés. Ce qui suppose
aussi des parents et des chrétiens engagés en politique.
Europe: la liberté d’enseignement, un fait acquis
Dans son exposé intitulé: «Les écoles catholiques en Europe: situation
juridique et modes de financement», Jacques Bizot a d’abord relevé la disparité du traitement entre le sud et le nord de l’Europe. Si au sud, l’Etat
seul assume la responsabilité du système éducatif, ce sont alors tous les
palabres autour de la laïcité qui affleurent dans les discussions. Au nord,
règne «une collaboration plus harmonieuse entre le politique et le religieux», caractérisé par la possibilité réelle de choix par les familles
d’une école catholique et des subventions par les pouvoirs publics. La diversité est grande, du subventionnement total aux Pays-bas à l’absence
presque complète en Italie.
Jacques Bizot s’est interrogé: «Si dans chaque pays d’Europe, la liberté
d’enseignement est un fait», inscrite parfois dans la Constitution comme
une liberté fondamentale, «le libre choix de l’école par les familles restera théorique si les mesures financières ne sont pas accordées aux établissements privés». Car le choix d’une école catholique ne peut obliger la
famille à une contribution financière supplémentraire et exorbitante».
«Donner sens à la vie»
Plutôt que de situer l’enseignement catholique en concurrence directe
avec l’enseignement d’Etat, ce qui est le cas aux Pays-Bas, a relevé Jacques Bizot, il faut en faire un partenaire: «Il y a complémentarité, ce qui
permet d’affirmer une différence quant à un projet éducatif explicitement
en référence à l’Evangile». L’exemple français, qu’il a développé, le montre bien. Pour lui, «l’enseignement catholique, de par sa mission d’Eglise,
est hors des clivages politiques». Dans un monde où les jeunes manquent de
points se repère, l’école catholique, loin d’imposer des convictions religieuses, «rend service aux services éducatifs de tout le pays, parce que
nos sociétés ne pourront vivre que si elles savent à nouveau donner un sens
à la vie pour chaque homme: c’est quand même, quelque part, le rôle fondamental de l’école».
Vers la création d’une plate-forme romande
C’est ce rôle que veut continuer à remplir l’Institut du Sacré-Coeur
d’Estavayer-le-Lac qui vit une période de restructuration. Ses étapes ont
été présentées par Soeur Louis-Henri Kolly, dans un exposé intitulé: «Les
écoles de communautés religieuses et leur avenir: l’exemple du Sacré-Coeur
d’Estavayer-le-Lac». Soeur Louise-Henri a redit ses convictions: l’école
catholique offre un espace idéal à l’évangélisation: elle doit être une réponse au libre choix des citoyens: son avenir est dans les mains des laïcs,
qu’il faut traiter en partenaires.
Travail en groupes et table ronde ont soulevé des problèmes nouveaux: la
nécessité du changement pour mieux répondre aux besoins des jeunes; l’accueil d’élèves d’autres confessions, de musulmans en particulier; la coordination au niveau européen. Le cardinal Schwery a souhaité la création d’une
plate-forme romande d’échanges pour mieux définir les objectifs. Ce sont
des priorités et des moyens à présenter à la Conférence des évêques suisses. Les responsables se mettront à la tâche pour concrétiser cette idée.
(apic/id/cor/ba)




