Pour un moratoire mondial durant l’an 2000

Lausanne: Sant’Egidio lance sa campagne suisse contre la peine de mort

Lausanne/Rome, 12 mai 1999 (APIC) La Communauté Sant’Edigio a lancé mercredi à Lausanne sa campagne suisse en faveur d’un moratoire sur la peine de mort durant l’année jubilaire 2000. Plus d’un demi-million de signatures ont été récoltées à ce jour dans le monde. La proposition de moratoire sera remise à la fin de l’année au secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Kofi Annan. A cette date, l’Assemblée générale de l’ONU devrait débattre à New York d’une abolition générale de la peine de mort.

Dans son appel «Non à la peine de mort – Campagne internationale – Moratoire 2000», Sant’Egidio souligne que le Jubilé, dans le sens biblique, doit être compris comme une «année de grâce». La peine de mort, châtiment qualifié par la communauté de «peine définitive, cruelle, inhumaine et dégradante, non moins abominable que la torture», est encore prononcée et appliquée dans une centaine de pays dans le monde.

Ça bouge à l’ONU

Depuis deux ans, l’idée d’une abolition de la peine de mort fait son chemin au sein de l’ONU. Sur 185 pays membres, 113 sont abolitionnistes ou sur la voie de l’abolition; 72 ne le sont pas encore, dont les Etats-Unis et la Chine. Lors de la séance de fin avril à Genève, la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU a accepté par 30 voix contre 11 et 12 abstentions, la proposition de Sant’Egidio, présentée formellement par le délégué italien.

La Commission de l’ONU a pressé tous les Etats qui pratiquent encore la peine capitale de ne pas l’appliquer à des mineurs, à des femmes enceintes ni à des personnes qui souffrent de désordres mentaux, comme c’est le cas actuellement pour une bonne partie des condamnés américains. Voulant toucher largement les consciences, le moratoire suscite un mouvement visible. «Même aux Etats-Unis, notre proposition a reçu un écho favorable», précise Fabien Hünenberger, membre de l’antenne suisse de la Communauté de Sant’Egidio.

Nombreux soutiens de milieux différents

La pétition bénéficient déjà du soutien de nombreuses organisation non gouvernementale (ONG) comme «Amnesty International» (AI) ou de l’Action chrétienne pour l’abolition de la torture et de la peine de mort (ACAT). La Communauté romaine travaille à construire également un front religieux contre la peine de mort.

Sant’Egidio peu compter sur un appui de taille: celui du pape en personne. Lors de la messe célébrée devant 100’000 personnes à Saint-Louis dans le Missouri, Jean Paul II a appelé les Américains à défendre la vie humaine et à bannir la peine de mort.

D’autre part, le primat anglican, l’Alliance méthodiste mondiale et les milieux bouddhistes et shintoïstes japonais ont également adhéré à l’initiative. Des contacts ont également été noué avec les milieux protestants et musulmans.

En Amérique, les minorités ethniques sont les plus souvent frappées. Sœur Helen Prejean, celle que l’on surnomme aux Etats-Unis «l’ange contre la peine de mort» le démontre dans son livre «Dead Man Walking» – qui allait fournir le scénario au film de Timm Robbins «La dernière marche», où la religieuse est campée par l’actrice Susan Sarandon. La religieuse n’hésite pas à qualifier l’exécution capitale de «peine inutile et raciste».

Le moratoire: seulement un «cessez-le-feu» avant l’abolition totale

Avec sa demande de moratoire pour l’an 2000, qualifié de «cessez-le-feu» temporaire, Sant’Egidio lance le débat sur une pratique qui «déshumanise notre monde en donnant la suprématie aux représailles et à la vengeance, en éliminant les éléments de clémence, le pardon et la réhabilitation par le système de la justice».

«Depuis des années, les crimes graves n’ont connu aucune baisse significative là où la peine de mort a été réintroduite». D’autre part, estime Sant’Egidio, la logique «œil pour œil, dent pour dent» et «vie pour vie» est reconnue par une grande partie de l’humanité comme «archaïque et inacceptable».

Cardinaux, ministres, académiciens, artistes unis contre la peine de mort

La démarche de la Communauté charismatique a déjà reçu l’appui de beaucoup de personnalités du monde religieux, politique, culturel et académique. Parmi les premiers signataires: le président tchèque Vaclav Havel, le Prix Nobel de la Paix Adolfo Perez Esquivel, des cinéastes de renom comme Emir Kusturica ou les frères Taviani.

Les philosophes italien Norberto Bobbio, indien Raimon Panikkar, le théologien allemand Johann Baptist Metz, ont rejoint toute une brochette de cardinaux et d’évêques catholiques. Parmi eux Mgr Paul Josef Cordes, président du Conseil pontifical «Cor Unum», le nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, le cardinal Joseph Thomas Winning, archevêque de Glasgow, etc. Pierre Sané, d’Amnesty International, et Cornelio Sommaruga, du Comité International de la Croix Rouge, ont également apporté leur paraphe. (apic/Alain Bader)

12 mai 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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