La spiritualité dans un but thérapeutique

Lausanne: Un jésuite allemand au chevet du CHUV

Lausanne, 4 décembre 2008 (Apic) Le CHUV offre des services de spiritualité dans un but thérapeutique depuis quelques années. Théologien, psychiatre et professeur de psychanalyse à la faculté de philosophie de la Compagnie de Jésus à Munich, le jésuite allemand Eckhard Frick a présenté ses recherches. Il a expliqué comment des médecins peuvent prendre en compte la spiritualité de chacun de leurs patients, sans prosélytisme.

Pour les 20 ans de formation pastorale supervisée à l’aumônerie oecuménique du Centre hospitalier et universitaire du canton de Vaud (CHUV), un symposium a récemment été organisé. Il a réuni des centaines de médecins, soignants, théologiens, aumôniers de santé, la direction du CHUV et le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, responsable de la santé publique dans le gouvernement vaudois.

Dans un premier temps, le médecin demande à son patient s’il a une spiritualité, une religion, une foi ou une croyance. Dans une deuxième étape, le thérapeute questionne sur la place de la spiritualité dans la vie du patient pour faire face à la maladie. La troisième phase consiste à demander au malade son type d’Intégration dans une communauté religieuse ou spirituelle et la quatrième pose directement la question du Rôle possible du thérapeute dans la démarche S.P.I.R.

« C’est le patient qui décide de l’intensité de l’entretien, des questions abordées et surtout, du rôle qu’il veut octroyer au professionnel de santé dans ces questions de spiritualité », explique Eckhard Frick. Ce questionnement d’un médecin, un quart d’heure à une demi-heure, rassure les patients. Ils le considèrent comme objectif et neutre.

Ce type de dialogue n’est pas sans risques, relève le chercheur allemand. Il s’interroge particulièrement sur les professionnels de santé : « Oseront-ils prendre en compte la subjectivité de malade ? Comment réagiront-ils à se voir confrontés avec leurs propres convictions ? »

Critique des fondamentalistes

Cette anamnèse spirituelle, cette recherche scientifique, inclut tous les types de spiritualité : développement personnel ou ésotérique ; humanisme basé sur des valeurs de respect, de dignité et de tolérance ; spiritualités classiques (islam, judaïsme et christianisme). « Des traditionnalistes critiquent cet oecuménisme pastoral, ce pluralisme social dans le domaine du spirituel ».

Echard Frick a mentionné une deuxième critique, plus subtile, formulée à partir des réflexions du philosophe français Michel Foucault. « Est-ce que les médecins ne vont pas devenir de nouveaux « pasteurs » s’appropriant le spirituel ? Ne s’emparent-ils pas d’un pouvoir qui ne leur revient pas, d’un pouvoir pastoral qui se veut thérapeutique mais qui peut phagocyter le domaine spirituel ? » Pour y répondre, le jésuite met en avant un défi à relever : respecter l’autonomie du spirituel sans perdre de vue qu’il doit être présent à l’hôpital au nom de la liberté de penser du patient. (apic/com/pr)

4 décembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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