120 feux de l'Avent, ici au Boët (VD) en 2017, ont été allumés le 2 décembre 2018. | © Crêt-Bérard
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120 feux de l'Avent, ici au Boët (VD) en 2017, ont été allumés le 2 décembre 2018. | © Crêt-Bérard

L’Avent: les contre-feux du pasteur Nicole-Debarge

03.12.2018 par Bernard Hallet

Quelque 120 feux de l’Avent ont illuminé le canton de Vaud, les cantons voisins, la France et même le Canada, le 2 décembre 2018. Le pasteur Charles Nicole-Debarge a voulu ces feux, allumés pour la première fois en 1963, comme contrepoids aux lumières artificielles de Noël.

“C’est un acte d’évangélisation qu’a imaginé le pasteur Charles Nicole-Debarge“, indique Michel Hentch, pasteur et actuel responsable des feux de l’Avent. Les rues et les vitrines des magasins s’illuminent pour les fêtes de Noël, les sapins sont enrubannés de guirlandes électriques. Face à ce qu’il estime être une utilisation dévoyée de la lumière de Noël, le pasteur de Crêt-Bérard veut rappeler l’entrée dans la période de l’Avent et sa signification: la période qui précède la naissance du Christ, lumière donnée au monde.

Des feux visibles du plus grand nombre

L’idée se concrétise en 1963. Les scouts de la brigade de Vevey (la mission échoit par la suite aux paroisses), chargés de l’allumage, enflamment cinq brasiers. Les emplacements ne sont pas choisis au hasard: au Suchet, au Mont-Vully, au Mont-Chevreuil, aux Pléiades et sur la colline d’Aigremont, tous situés à une altitude minimum de 1500 mètres. “Le pasteur souhaitait que ces feux soient vus du plus grand nombre“.

Ils sont allumés en trois salves qui rappellent le Dieu trinitaire. Une démarche liturgique accompagne d’ailleurs les feux. Elle est composée d’une introduction, d’un chant de l’Avent, d’un texte biblique et d’une prière terminée par le Notre-Père et un chant final. Avec l’exportation des feux dans le canton du Valais, elle a parfois pris un tour œcuménique. “A Savièse (VS) nous célébrons l’Avent avec les catholiques“.

Le feu aux poudres

Ce ne sont cependant pas des feux traditionnels qui sont allumés ce soir de décembre 1963. Avec le souci de visibilité, le pasteur a l’idée d’utiliser des feux de Bengale, afin de percer le brouillard, assez courant à cette époque de l’année. La fabrique bernoise Hamberger fournit le combustible: de la poudre semblable à celle que l’armée utilise pour les feux d’alarme. Les frais sont élevés: 800 francs. Pour adoucir la facture, le pasteur va même solliciter un ami colonel pour récupérer de la poudre, issue de stocks militaires.

“On n’a pas toujours brûlé du bois“, explique le pasteur. Passée la poudre, des pneus et de vieux meubles ont servi à éclairer les âmes du canton de Vaud. Cela n’a pas duré. “L’époque où le climat ne préoccupait personne est révolue. Nous brûlons exclusivement du bois mort et du bois de récupération non traité pour ne pas polluer“.

Une tradition

En 1964, 10 feux ouvraient l’Avent Vaudois. La poudre a fait long feu, le bois alimente dorénavant les brasiers. L’initiative du pasteur devient une tradition. En 1995, une centaine de feux illuminent le canton de Vaud et ont même débordé ses frontières. Fribourg, Genève, le Valais, la France et le Canada allument leurs feux de l’Avent.

“Depuis 10 ans que je suis responsable, le nombre de feux reste stable“. 120 feux ont été allumés cette année, “sans compter ceux qui ne m’ont pas été signalés“, se réjouit Michel Hentsch.

Pour ce dernier, avec l’évolution de la société, l’intuition du pasteur Nicole-Debarge est plus que jamais d’actualité. “Elle a même pris de l’épaisseur par ces temps de frénésie commerciale. J’ai observé que les gens reviennent à des vraies valeurs de partage et d’échange autour de ces feux“. (cath.ch/bh)


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