Brésil: Le Cri des Exclus organise une consultation populaire sur la question foncière

Le 1% des propriétaires contrôle 46% des terres

Brasilia, 2 septembre 2010 (Apic) Le Cri des Exclus, un mouvement qui regroupe mouvements populaires, pastorales sociales, syndicats et des dizaines d’entités luttant pour le développement d’une société plus juste au Brésil, organise une consultation populaire sur la question foncière au Brésil. Les revendications pour la réalisation d’une vraie réforme agraire refont surface à l’occasion de la Semaine de la Patrie, qui se tient 1er au 7 septembre dans le but de fêter l’indépendance du pays le 7 septembre 1822. Elles sont également au centre de la campagne en vue des élections présidentielles et législatives du 3 octobre prochain.

Depuis le 1er septembre, les citoyens brésiliens sont en effet invités à répondre «oui» ou «non» à deux questions: «Pensez-vous que la taille des grandes propriétés foncières au Brésil doit être limitée ?» et «Pensez-vous que la limitation de la taille des grandes propriétés au Brésil peut permettre d’augmenter la production d’aliments sains et d’améliorer la qualité de vie à la campagne et à la ville ?»

Soutenu par le Forum National pour la réforme Agraire et la justice Rurale (FNRA), regroupant plusieurs dizaines d’organisations syndicales rurales, ce référendum a pour objectif d’attirer l’attention de la société brésilienne sur le problème de la concentration des terres, dans un pays où le 1% des propriétaires contrôle 46% des terres et où 15’000 fazendeiros (fermiers) possèdent 98 millions d’hectares.

«Ce référendum représente un acte politique concret, puisque la limitation de la taille de la propriété fait partie d’un nouvel ordre économique au service de la vie, explique Dirceu Fumagalli, membre de la Coordination de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organise de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). Il s’agit d’un processus pédagogique important pour la prise de conscience et la formation du peuple brésilien à la réalité agraire».

Des inégalités qui se résument en quelques chiffres

A l’inverse des grandes propriétés, le plus souvent dévolues aux monocultures où à l’élevage extensif, les petites exploitations sont en effet les principales productrices d’aliments (70% des haricots, base du feijao, le plat de base avec le riz), 46 % du maïs, 38% du café, 34% du riz, 58% du lait, 50% des volailles, etc…). Elles représentent également 74,4% des emplois (25,6% pour l’agrobusiness).

Une situation qui explique les inquiétudes des défenseurs d’un modèle agricole durable et respectueux de l’environnement. D’autant que l’expulsion de familles de leurs terres, mais surtout la violence rurale, n’ont jamais été aussi importantes, comme le souligne un rapport publié le 1er septembre par la Commission Pastorale de la Terre (CPT).

Augmentation de la violence dans les campagnes

D’après le document, qui porte sur les sept premiers mois de l’année 2010, les conflits liés à la terre mais aussi à l’accès à l’eau ont en effet augmenté de 32% par rapport à l’année précédente. Ils sont passés de 22 à 29 et ont concerné plus de 25’000 familles. Si le rapport admet que le «travail esclave» est en diminution dans l’ensemble du pays, il rappelle cependant que 107 cas ont tout de même été recensés entre le 1er juillet et le 31 juillet 2010, concernant 1’968 personnes.

Autant d’éléments qui ont été rappelés lors du lancement de la campagne pour le référendum et qui devraient permettre aux millions de citoyens, pouvant voter à partir de 16 ans sur présentation d’une pièce d’identité, d’exprimer leur opinion. Pour cela, le Cri des Exclus a mobilisé dans tout le pays des milliers de «bureaux de vote» disséminés sur les places publiques et dans les églises, écoles, locaux syndicaux et universités. (apic/jcg/be)

2 septembre 2010 | 16:31
par webmaster@kath.ch
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