Brésil: Elections présidentielles dimanche 3 octobre prochain
Le Brésil de Lula, huit ans après
Brasilia, 23 septembre 2010 (Apic) Plus de 80% d’opinions favorables au terme de huit ans au pouvoir. C’est avec un taux de popularité phénoménal que le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, dit «Lula», cèdera le pouvoir le dimanche 3 octobre prochain, à l’occasion des élections présidentielles.
Sauf énorme surprise, c’est Dilma Roussef, candidate du PT (Parti des Travailleurs) et Ministre de la Casa Civil (l’équivalent d’un Premier ministre en France) depuis 2006 qui devrait remporter le suffrage, puisque tous les instituts de sondages lui prédisent en moyenne 20% d’avance sur son principal adversaire, José serra, le gouverneur du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) de l’Etat de Sao Paulo.
La Constitution brésilienne ne permet pas à Lula de briguer un troisième mandat
La Constitution brésilienne ne lui permettant pas de briguer un troisième mandat, Lula va donc quitter le Planalto, le palais présidentiel à Brasilia. L’occasion de dresser un bilan de cet ancien ouvrier métallurgiste et leader syndical, arrivé au pouvoir en 2002 après trois défaites consécutives.
S’épongeant le visage et le cou avec un mouchoir en tissu, Lula arpente avec une énergie de taurillon la scène dressée sur la Place Castro Alves, dans le centre de Salvador de Bahia, au nord-est du Brésil. Venu soutenir «sa» candidate, Dilma Roussef, comme cela a été toujours été le cas depuis le début de la campagne électorale, l’ancien syndicaliste profite de l’occasion pour défendre son bilan. «En huit ans, mes chers compatriotes, nous avons accompli tous ensemble de grandes et belles choses. Malgré les préjugés qui ont accompagné ma première élection et malgré les oiseaux de mauvais augures qui prévoyaient l’effondrement du pays, nous avons réalisé ce qu’aucun gouvernement avant le notre n’a fait».
Et Lula d’égrener les chiffres, applaudi en cadence par les milliers de militants du Parti des Travailleurs qui lui font face et qui boivent chacune de ses paroles. «Des emplois ? Nous en avons créé 14 millions !» «La lutte contre la pauvreté ? 31 millions de Brésiliens sont sortis de cette situation depuis les débuts de mon gouvernement et plus de 12 millions de Brésiliens reçoivent aujourd’hui la ›bourse famille’ !» « Les salaires ? Le salaire minimum a grimpé de 74% en huit ans !» «Quant à la dette extérieure, elle s’élevait à 220 milliards de dollars lorsque je suis arrivé aux commandes de l’Etat. Aujourd’hui, mes amis, c’est le FMI (Fonds Monétaire International) qui nous doit 10 milliards de dollars!»
Pour «que chaque Brésilien puisse manger trois fois par jour»
Cristallisant les espoirs de millions de compatriotes d’origine modeste comme lui, Lula s’est employé, dès son élection en 2002, à lutter contre la pauvreté et la famine qui touchaient alors plus de 50 millions de Brésiliens. Fer de lance de cette ambition, le projet «Faim Zéro», un ensemble de mesures concrètes permettant d’unifier les efforts des différents niveaux des pouvoirs publics (Etat fédéral, Etats et municipalités) et des entreprises privées pour «que chaque Brésilien puisse manger trois fois par jour», comme s’y était engagé le candidat Lula. Avec un outil simple et structuré: le programme «Bourse Famille», regroupant certaines allocations déjà existantes et permettant aux familles modestes de recevoir une aide mensuelle moyenne de 60 reais (environ 26 euros), sous réserve que les enfants soient scolarisés et vaccinés.
Un projet jugé «assistantialiste» à l’époque par la droite, mais qui est aujourd’hui cité en exemple par la communauté internationale. D’autant que les résultats sont sans appel: la malnutrition infantile (-74%) et de la mortalité infantile (-16%) ont considérablement baissé.
A vrai dire, en huit ans, le gouvernement de Lula a multiplié les programmes sociaux.
Exemple ? L’accès à la propriété des plus démunis, via le programme «ma maison, ma vie»; le lancement d’un vaste programme d’assainissement dans les favelas; des initiatives pour développer la couverture sociale universelle; la création d’une assurance chômage, etc.…
En s’appuyant sur une conjoncture économique favorable (une croissance économique annuelle moyenne de 5%), Lula a permis au Brésil de faire un bond qualitatif et quantitatif. Mais pas seulement aux plus pauvres. Car dans le même temps, les entreprises ont profité de l’amélioration du niveau de vie des Brésiliens et donc du développement de la demande intérieure. C’est d’ailleurs là l’une des plus grande fiertés de Lula. «En huit ans, nous avons vaincu les préjugés et les entreprises brésiliennes n’ont jamais gagné autant d’argent !!!», scande-t-il à la foule.
La recette ? Un mélange subtil de conservatisme économique et de progrès social, dans le respect des engagements pris par ses prédécesseurs, notamment envers le FMI et la Banque Mondiale. Avec en prime quelques bonnes «surprises», comme la découverte d’immenses réserves de pétrole en grande profondeur, au large des côtes, au sud-est du pays. Des gisements qui assurent au Brésil une autosuffisance en pétrole pour de nombreuses décennies.
Pragmatique et fin négociateur, Lula a favorisé le développement de coalitions au plan international
Parallèlement, en huit ans, Lula a réussi à construire une véritable crédibilité internationale pour le Brésil. Imposition du G20 en lieu et place du G7, prises de positions fermes à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), rôle de médiateur dans des dossiers délicats tels que l’Iran. Lula a volé de sommets en sommets pour rappeler que le Brésil était moins un pays «émergent»… qu’ «émergé» et sur lequel il fallait compter.
Pragmatique et fin négociateur, Lula a favorisé le développement de coalitions telles que le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), l’IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) et a multiplié les sommets avec l’Afrique, l’Asie et le Moyen Orient. Avec, à la clé, une amélioration notable de la balance commerciale extérieure.
Quant à l’Amérique latine, Lula n’a pas chômé non plus. Il a été un ardent promoteur du lancement de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), embryon d’une organisation du type Union Européenne. Enfin, les tremblements de terre en Haïti et au Chili, lui ont permis de démontrer que le Brésil pouvait assumer un leadership humanitaire. Sur le problème de l’environnement, de nombreux observateurs s’accordent à dire qu’il a été le principal artisan du «sauvetage» du sommet de Copenhague, promis à un fiasco, en s’engageant unilatéralement sur des réductions d’émissions de gaz et de déforestation.
Tout n’est pas rose dans le bilan de Lula
Pourtant, tout n’est pas rose dans le bilan de Lula. Loin s’en faut. Comme la réforme des retraites pénalisante pour les fonctionnaires publics. Ou encore la toujours peu enviable première place au classement des pays les plus inégalitaires au monde. Mais le pire reste sans aucun doute les orientations de sa politique agricole.
Contrairement à ses engagements, Lula n’a pas réalisé la réforme agraire tant espérée. Pire, il a facilité le développement de l’agrobusiness et même autorisé la culture des organismes génétiquement modifiés, au grand dam de Marina Silva, alors ministre de l’Environnement et candidate du Parti Vert (PV) pour ces élections. De quoi provoquer les foudres du Mouvement des paysans sans terre (MST), dont les occupations de terres n’ont jamais été aussi importantes que lors des deux mandats de Lula et qui rappellent que «aujourd’hui au Brésil, 1% des grands propriétaires possèdent 43% des terres».
Ce sont toutes ces contradictions que va devoir désormais gérer Dilma Roussef. Surnommée la «Dame de Fer» pour son caractère trempé et son endurance au travail, cette économiste de formation, parfois raillée pour son manque de charisme – surtout en comparaison de Lula – a cependant de sérieux atouts en main. Car cet ex-guérillera de 62 ans, qui n’hésitait pas à attaquer des banques durant la dictature pour financer le Parti des Travailleurs, sait que si les Brésiliens ont élu Lula en 2002, c’était parce qu’ils voulaient le changement. Et s’ils sont prêts à lui accorder leur confiance le 3 octobre prochain, c’est parce qu’ils attendent d’elle qu’elle poursuive le travail entrepris par Lula. Une «œuvre» qui satisfait quatre Brésiliens sur cinq. JCG
Photos : http://www.flickr.com/photos/jeanclaudebahia/sets/72157624887917245/ (apic/jcg/be)



