Le cardinal Franjo Kuharic: «Il n’y a pas (251093)

de guerre de religion en ex-Yougoslavie»

«Ceux qui mènent la guerre de conquête n’écoutent pas les Eglises»

Jacques Berset, Agence APIC

Zagreb, 25octobre(APIC) «Il n’y a pas de guerre de religion en ex-Yougoslavie, c’est la guerre de conquête des plus forts qui veulent occuper le

territoire des plus faibles», a déclaré dimanche à l’agence APIC le cardinal Franjo Kuharic. Le primat de Croatie a déploré à cette occasion le fait

que l’Eglise orthodoxe s’identifie trop à la politique d’expansion nationale serbe et que les appels à la paix des Eglises ne soient pas écoutés par

ceux qui mènent la guerre.

Recevant à son palais archiépiscopal de Zagreb les membres du Bureau de

l’UCIP, l’Union internationale catholique de la presse, et un groupe de

journalistes de plusieurs continents qui ont participé du 20 au 24 octobre

à un séminaire sur «La responsabilité des journalistes dans la guerre»,

l’archevêque catholique de Zagreb a souligné que les journalistes catholiques doivent prendre la défense des plus faibles et de ceux qui souffrent

et être au service de la justice. Evoquant les 13 siècles d’histoire chrétienne en Croatie, le cardinal Kuharic a souligné que durant tout ce temps,

malgré les époques difficiles, les Croates sont restés loyaux et fidèles à

cet héritage, constamment présents dans l’histoire du christianisme occidental. Mais il a tenu à souligner que cette appartenance à l’Eglise catholique occidentale ne signifie pas exclusion des autres, mais ouverture à

l’oecuménisme, dans le respect mutuel.

Dans une interview accordée à l’APIC, le cardinal Kuharic déplore que

l’Eglise orthodoxe serbe soit par trop liée à la politique nationale du régime en place à Belgrade. Il regrette le peu de résultats des quatre rencontres au sommet des chefs religieux organisées depuis l’éclatement de la

guerre en 1991 et qui ont réuni le représentant suprême de l’Eglise orthodoxe, le patriarche Pavle, des représentants de l’Eglise catholique et de

la communauté musulmane. «A chaque fois, nous avons publié ensemble une déclaration signée par tous, un appel à la paix, contre la guerre, contre les

violences, pour libérer tous les prisonniers et faire revenir tous les réfugiés et déplacés… Mais cela n’a eu aucun écho, car ceux qui mènent la

guerre, qui ont commencé la guerre de conquête, n’écoutent pas les Eglises».

La cause de la guerre: la politique de conquête serbe

A propos des conflits entre Musulmans et Croates qui ensanglantent la

Bosnie-Herzégovine, le cardinal Kuharic considère que la cause principale

en est la politique de conquête serbe qui s’est emparée de territoires où

les musulmans étaient en majorité et d’où ils ont été expulsés par le «nettoyage ethnique». Les Musulmans expulsés cherchent désormais à conquérir en

Bosnie centrale des territoires croates, où vit la minorité catholique de

Bosnie, composée essentiellement de Croates (17 % de l’ensemble de la population de Bosnie-Herzégovine). Les Croates de Bosnie sont ainsi de plus en

plus menacés dans leur existence. Le diocèse de Banja Luka et l’archidiocèse de Vrhbosna-Sarajevo (qui comptaient respectivement près de 100’000 et

500’000 catholiques avant les combats et la purification ethnique) «sont

presque en danger de disparaître».

Non à la partition de la Bosnie

Contrairement au président croate Franjo Tudjman, pour lequel la partition de la Bosnie est inévitable si l’on veut mettre un terme à la guerre

et pour qui la Bosnie-Herzégovine n’aurait de toute façon pas pu rester un

Etat unitaire où tous sont égaux en raison de la volonté d’hégémonie musulmane, le cardinal Kuharic ne se résigne pas à la division du pays. «Nous

reconnaissons l’existence de l’Etat indépendant de la Bosnie-Herzégovine,

mais on veut y réaliser l’égalité pour tous, de telle sorte que chacun vive

dans sa dignité et sa liberté. C’est pourquoi l’on veut ces provinces

autonomes». Mais pour le chef de l’Eglise catholique de Croatie, la paix

juste pour tous serait que tous puissent revenir dans leur région en ayant

la garantie que leurs droits et leurs libertés soient respectés.

«Nettoyage ethnique à froid» à Banja Luka

La grande majorité des quelque 800’000 catholiques de Bosnie-Herzégovine

vit en situation précaire, comme minorité dispersée partout en Bosnie. S’il

n’y a pas le respect des droits de l’homme, ils n’auront plus qu’à partir:

«Pour eux, la vie ne sera plus possible; il n’y a qu’à voir ce qui se passe

à Banja Luka, où il n’y a pas la guerre: les Serbes y menacent les gens,

les expulsent, détruisent les églises, c’est une sorte de nettoyage ethnique à froid, dans une situation où il y a théoriquement la paix».

Concernant les responsabilités dans cette guerre et les perspectives futures de coexistence entre les peuples en conflit de l’ex-Yougoslavie, le

cardinal Kuharic souhaite que «l’on laisse le passé au passé» et que l’on

mette sur pied des commissions scientifiques neutres pour établir les faits

historiques de façon objective. «Ce n’est pas la science, c’est la propagande qui accuse toujours! Pour construire l’avenir, il faut analyser toutes les raisons du conflit, toutes les injustices qui ont été commises; on

doit faire un compte pur, puis on doit vivre pour l’avenir». (apic/be)

25 octobre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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