Le cardinal Lacroix blanchi des allégations d’abus
Accusé d’abus sexuels, le cardinal Gérald Lacroix, archevêque de Québec, est blanchi par l’enquête diligentée par le pape François. L’annonce a en a été faite à Rome le 21 mai 2024.
«À la lumière des faits examinés par le juge Denis, le rapport ne permet pas d’identifier quelque geste d’inconduite ou d’abus de la part du cardinal Gérald C. Lacroix. En conséquence, une procédure canonique plus poussée n’est pas envisagée», annonce un communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège le 21 mai 2024. Aucun commentaire n’a pour l’instant été exprimé du côté canadien, étant donné qu’il était 6h du matin au Québec – diocèse dont le cardinal Lacroix est l’archevêque – au moment de la publication du communiqué de Rome.
Le nom du cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, était apparu en janvier dernier dans une liste de membres de l’Église catholique au Canada mis en cause dans une action collective qui rassemble les plaintes de 147 victimes potentielles. Il était accusé d’« attouchements » par une personne – restée anonyme – qui était âgée de 17 ans au moment des faits (en 1987-1988).
Le 8 février dernier, le pape François avait mandaté André Denis, juge retraité de la Cour Supérieure du Québec, pour mener une enquête préliminaire. Ancien juge de la Cour supérieure du Québec, le magistrat s’est déjà vu mandaté par l’Église catholique au Canada. Il a ainsi piloté les investigations sur des allégations d’abus sexuels dans les archives de neuf diocèses sur une période allant des années 1940 à 2021. Sur les 6’809 dossiers examinés, l’audit a recensé 87 personnes pour qui les abus étaient confirmés ou fondés.
Le rapport de l’enquête préliminaire canonique menée par le juge Denis a été complété le 6 mai et communiqué au pape dans les jours suivants, informe le Vatican. Cette investigation n’a pas permis «d’identifier quelque geste d’inconduite ou d’abus de la part du Cardinal Gérald C. Lacroix. En conséquence, une procédure canonique plus poussée n’est pas envisagée», peut-on lire dans la note. Un communiqué du juge André Denis résumant les éléments de son enquête devrait être publié dans les prochaines heures.
Le cardinal Lacroix s’était retiré temporairement de sa charge
Âgé de 66 ans, l’archevêque de Québec, membre du conseil restreint des cardinaux (C9) qui accompagnent le pape dans la gestion de l’Église, s’était retiré «temporairement» de sa charge de gouvernement du diocèse canadien, afin de respecter le processus judiciaire et d’«envisager les décisions à prendre».
Le cardinal Lacroix a toujours nié les faits. «Je nie catégoriquement les allégations rendues publiques», avait-il ainsi déclaré dans une vidéo diffusée le 30 janvier 2024. «Jamais, à ma connaissance, je n’ai posé de gestes inappropriés envers qui que ce soit, qu’il s’agisse de personnes mineures ou adultes», avait-il ajouté, assurant que sa conscience était «en paix face à ces accusations» qu’il «réfute».
Malgré l’enquête, le cardinal canadien avait continué à participer aux réunions du C9 autour du pape François au Vatican, en février et en avril. «Le fait d’être au C9 ne pose pas de problème pour l’enquête dans son diocèse», avait glissé une source vaticane à I.MEDIA.
Un précédent avec le cardinal Ouellet
En 2022, un autre cardinal canadien, Marc Ouellet, a été mis en cause pour des comportements délictueux en matière sexuelle. Prédécesseur du cardinal Lacroix comme archevêque de Québec, devenu ensuite préfet de la congrégation pour les évêques, il avait été visé par une plainte après avoir été accusé de gestes inappropriés par une ancienne collaboratrice du diocèse de Québec.
Alors que le pape François a estimé qu’il n’y avait «pas suffisamment d’éléments pour ouvrir une enquête canonique», le cardinal Ouellet avait annoncé entreprendre un recours judiciaire en diffamation devant les tribunaux québécois – pour lequel aucune date n’a pour le moment été communiquée. Le cardinal Ouellet, qui aura 80 ans le 8 juin prochain, s’est retiré de sa charge de préfet du dicastère pour les évêques en janvier 2023 pour raison d’âge, mais il demeure actif au Vatican. Il est notamment toujours membre du dicastère pour la Doctrine de la foi, dont il a participé à la récente assemblée plénière.
La publication en 2019 du motu proprio du pape François Vos estis lux mundi, mis à jour en 2023, a renforcé la responsabilité des évêques et des supérieurs religieux dans la gestion des affaires d’abus, a fortiori quand ils sont eux-mêmes accusés. L’article 8 prévoit ainsi que tout signalement impliquant un évêque soit transmis à l’archevêque métropolitain, et directement au Saint-Siège si c’est l’archevêque qui est lui-même visé par des accusations. (cath.ch/imedia/hl/mp)





