Plus facile sous le régime communiste que
Le cardinal Meisner parle de l’œuvre de l’Eglise en Allemagne
dans le capitalisme de la démocratie occidentale
Genève, 26 septembre 1997 (APIC) Le cardinal allemand Joachim Meisner exhorte les Eglises de l’Europe de l’Est à ne pas suivre l’Exemple de l’Eglise en Allemagne. Il reproche à l’Eglise catholique de son pays de placer les intérêts institutionnels avant les considérations spirituelles. Selon lui, l’oeuvre de l’Eglise en Allemagne de l’Est était plus facile sous le régime communiste qu’elle ne l’est aujourd’hui dans le monde capitaliste de la démocratie occidentale.
«L’Eglise allemande est plus institution que Saint-Esprit, c’est comme une voiture dont le moteur n’est pas assez puissant pour sa grande carrosserie», a récemment déclaré l’archevêque de Cologne, lors d’une entrevue accordée à KAI, l’Agence catholique d’information de Pologne. «A moins de pouvoir construire un moteur plus puissant, il nous faudra opter pour une plus petite carrosserie si nous voulons atteindre la Jérusalem céleste. Il importe peu que nous y arrivions en grosse Mercedès ou en modeste Volkswagen».
Le Cardinal Meisner a déclaré que le manque de fonds avait forcé son Eglise à fermer certains établissements. Il a exhorté les communautés catholiques de l’Europe de l’Est à ne pas tomber dans la même erreur que les Allemands en investissant davantage dans les institutions que dans la vie spirituelle.
«Les dinosaures ont disparu parce qu’ils étaient trop grands, a-t-il dit, c’est ce qui pourrait arriver à notre Eglise si elle ne parvenait pas à trouver un bon équilibre».
Les propos du cardinal Meisner tombent au moment où les Eglises catholique et protestante de l’Allemagne se livrent à un examen introspectif face aux pressions financières auxquelles les soumettent les problèmes économiques qui ont découlé de la réunification du pays en 1990.
De Berlin à Cologne
Le nombre de fidèles diminue depuis quelques années, ce qui se traduit par une baisse des revenus de l’Eglise, car l’impôt eccléésiastique est payé avec l’impôt sur le revenu par les fidèles enregistrés. Les problèmes économiques de l’Allemagne mettent par ailleurs à rude épreuve l’énorme infrastructure des oeuvres sociales et diaconales parrainées par l’Eglise et financées en grande partie par l’Etat.
En Allemagne de l’Est, où des décennies de communisme ont réduit le nombre de fidèles, les Eglises continuent de se chercher un rôle dans ce qui fait maintenant partie d’une Allemagne unifiée. Evêque de Berlin, où son diocèse englobait les deux zones de la ville divisée, de 1980 à 1988, le cardinal Meisner a dirigé l’Eglise catholique en Allemagne de l’Est avant son transfert à Cologne, en Allemagne de l’Ouest.
«Les Allemands débordent de religion, a-t-il relevé, mais c’est une religion adaptée à la façon de penser de chacun, et, de plus, les Allemands sont très superstitieux. Il y a une grande aspiration à la religion, mais c’est une religion sans Dieu, qui ne laisse que des déceptions».
Moins l’occasion de pêcher
Dans son entrevue e cardinal Meisner indique en outre que la réintégration avait été plus facile pour l’Eglise que pour les autres segments de la société. Toutefois, bien que la place de l’Eglise dans la société soit maintenant reconnue, le libéralisme occidental a affaibli l’Eglise du dedans et a sapé sa vitalité en favorisant la superficialité et de mauvais compromis.
Pour le cardinal, il était plus facile aux bonnes oeuvres de recevoir des dons sous le régime communiste que dans l’affluence actuelle, parce que les gens avaient de l’argent, mais n avaient rien à acheter.
«L’Eglise est comme une chaîne. De même qu’une chaîne ne vaut que par ce que valent ses maillons, l’Eglise ne vaut que par ce que valent ses fidèles», souligne encore Mgr Meisner. «Dans mon diocèse de Berlin, j’ai connu le libéralisme et le totalitarisme, et je dois dire que les oeuvres pastorales étaient plus faciles sous le régime communiste que sous le régime libéral. Je ne sais pas si les Allemands de l’Est sont meilleurs que ceux de l’Ouest, mais je sais qu’ils avaient moins d’occasion de pécher dans l’Est que dans l’Ouest». (apic/eni/pr)



