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Le cardinal Nzapalainga nie avoir détourné des fonds

De passage en Suisse récemment, le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, rejette des allégations de détournements de fonds. L’accusation porte sur 82 milliards de francs CFA (plus de 134 millions CHF) qui auraient été envoyés par le pape François pour «indemniser» des victimes des mutineries de 1996 et 1997 en République centrafricaine.

Selon la Plateforme des confessions religieuses du pays, les membres de l’Association des victimes des mutineries en Centrafrique ont manifesté le 4 octobre devant l’archevêché de Bangui pour réclamer ces fonds.

Le prélat a démenti ces accusations de détournement avec indignation. Lors d’une conférence de presse, il a annoncé des poursuites judiciaires contre «les instigateurs de cette histoire» afin que la lumière soit faite. «Le Vatican est un petit pays qui a des ambassadeurs dont un en Centrafrique. Pour faire passer de l’argent ou des informations, tout passe par cette nonciature. À titre d’exemple, quand le Saint Père est venu dans le pays en novembre 2015, il a visité la pédiatrie. Il a voulu faire un geste par un don de quatre milliards de francs CFA (6,5 millions CHF), qui sont passés par la nonciature. Un comité a été mis en place pour gérer cette somme. À la date du 5 octobre, la pédiatrie a été réhabilitée».

Aucune preuve tangible

En 2013, a-t-il encore rappelé, quand il y a eu de graves troubles dans le pays, de nombreux civils ont trouvé refuge sur des sites de l’Église catholique. Pour faire face à cet afflux de réfugiés, «nous avons dû solliciter l’appui du Saint Père, qui a répondu favorablement à travers la nonciature». Cet appui a été géré par la Caritas et la nonciature.

Une première fois, l’association des victimes des mutineries a saisi l’archevêché en affirmant que le pape avait envoyé des fonds qui lui étaient destinés. «J’ai demandé si cette association disposait de toutes les informations nécessaires sur ce transfert de fonds: documents administratifs légaux en son nom, ordre de virement, nom et identité de la banque et du compte bancaire, date de retrait par moi-même ou par le président Ange Touadéra, mais en vain», a-t-il poursuivi.

Farouche opposant à la guerre civile

À la tête de l’archidiocèse de Bangui depuis juillet 2012, le cardinal Dieudonné semble être victime de son succès. Farouche opposant à la guerre civile qui déchire le pays depuis 2013, il a multiplié les dénonciations du conflit, les gestes de solidarité et les actions humanitaires envers les populations civiles. Avec l’imam de la grande mosquée de Bangui, le cheikh Kobine Layama, décédé le 28 novembre 2020, et le pasteur protestant Nicolas Guerekoyamé Gbangou, de l’Alliance des évangéliques de Centrafrique (AEC), ils a créé la Plateforme des confessions religieuses de Centrafrique (PCRC). Grâce à cette alliance interreligieuse, des miliciens ont été désarmés. Les acteurs de cette plateforme affirment haut et fort que les troubles en Centrafrique n’ont rien à voir avec une guerre de religion, comme ils l’ont encore répété en Suisse en septembre.

Le cardinal Nzapalainga, qui a plusieurs fois condamné «le business de la guerre» dans son pays, et le défunt imam Layama avaient été lauréats, en 2015, du Prix pour la Paix d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne. (cath.ch/ibc/cmc)

Le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, en République centrafricaine, défend le dialogue interreligieux ¦ © Jacques Berset
10 octobre 2021 | 14:48
par Ibrahima Cisse
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