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Le cardinal Pell était au courant des abus dans son diocèse

Le cardinal George Pell était au courant que des enfants étaient sexuellement abusés par le prêtre Gerald Ridsdale, dans le diocèse de Ballarat, affirme le 7 mai 2020 la Commission royale d’enquête sur les abus sexuels en Australie. Le prélat australien est accusé d’avoir gardé le silence sur ces agissements.

Plus de 100 pages du rapport de la Commission royale d’enquête australienne sur les abus sexuels contre des mineurs en Australie ont été déposées devant le Parlement national le 7 mai 2020, indique le quotidien britannique The Guardian. Ces documents relatent les conclusions des investigations sur la connaissance que le cardinal George Pell pouvait avoir des abus sexuels qui se produisaient dans les diocèses de Ballarat et de Melbourne, alors qu’il y officiait, de 1971 à 1996.

Ces informations étaient en fait déjà connues du Parlement depuis que la Commission avait remis son rapport final en 2017, suite à une enquête exhaustive de cinq ans dans les institutions australiennes. Le public n’en avait cependant pas été informé à cause de la procédure pénale en cours contre George Pell, pour abus sexuels sur mineurs. Il avait été considéré que ces résultats auraient pu influencer le procès.

Le cardinal a été acquitté des charges d’abus sexuels sur mineurs en avril 2020, en appel. Ce qui a rendu possible la publication des conclusions de l’enquête.

Proche du pire prêtre pédophile d’Australie

Les nouvelles accusations sur le silence de George Pell concernent principalement l’époque où il était simple prêtre dans le diocèse de Ballarat. Il était alors proche de Gerald Ridsdale, qui s’est révélé être le pire prédateur sexuel de l’histoire de l’Eglise en Australie. Il a été condamné à huit ans de prison pour des agressions sexuelles et des viols sur plus de 50 enfants.

La Commission d’enquête a pu démontrer que George Pell avait été impliqué dans la décision de transférer le pédophile de paroisses en paroisses, pendant plusieurs années. Des faits que l’ancien ‘numéro 3’ du Vatican a toujours nié, répétant à maintes reprises qu’il n’avait jamais eu connaissance des agissements de Gerald Ridsdale. Or, la Commission affirme «ne pas accepter» que George Pell ait pu avoir été trompé en la matière, de manière intentionnelle ou non.

Les membres de la Commission sont aussi persuadés que le cardinal Pell était, dès 1973, non seulement conscient des agressions pédophiles commises par des prêtres, mais qu’il avait mis en place des mesures pour éviter les situations susceptibles de générer des rumeurs à leur sujet.

Inaction face à un prêtre déviant

L’enquête parlementaire australienne reproche également à George Pell de ne pas avoir engagé d’action contre le Père Peter Searson, alors qu’il était évêque auxiliaire de Melbourne (entre 1987 et 1996). Il a été découvert que le prêtre, décédé en 2009 sans avoir dû faire face à la justice, avait abusé d’enfants pendant près de dix ans.

George Pell avait admis avoir eu connaissance d’incidents troublants le concernant, dont des abus sur des animaux commis devant des enfants, l’utilisation de toilettes destinées aux élèves, ou le port d’une arme à feu en classe. Le cardinal avait cependant argué que les éléments à disposition «n’étaient pas suffisants pour agir». Au cours des auditions devant la Commission, George Pell avait admis qu’il aurait dû être «un petit peu plus ferme» face à certains cas auxquels il avait eu affaire.

Ces conclusions pourraient provoquer une nouvelle procédure, cette fois sur le plan civil, contre Mgr Pell. Encore personne, en Australie, n’a été condamné pour le crime de dissimulation d’abus sexuel sur mineurs, souligne The Guardian.

Le cardinal a réagi aux conclusions de la Commission en affirmant qu’elles «ne sont pas étayées par des preuves». (cath.ch/guardian/arch/rz)

Le cardinal Pell fait face à la colère populaire en Australie | © Keystone
7 mai 2020 | 12:04
par Raphaël Zbinden
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