Le chef de l'Eglise chaldéenne dénonce un plan «machiavélique»

Liban: Baisse dramatique de la présence chrétienne au Moyen-Orient, déplore le patriarche Sako

Beyrouth, 27 septembre 2013 (Apic) La baisse du nombre des chrétiens en Irak, réduits des deux tiers en quelques années, est dramatique, souligne le patriarche des chaldéens, Louis Raphaël Ier Sako, dans une interview accordée le 27 septembre 2013 au quotidien libanais ‘L’Orient-Le Jour’.

«L’exode a commencé avant l’invasion de ce pays (en 2003, ndlr), à l’époque du blocus qui a duré 8 ans, et au cours duquel nous avons été réduits à manger du pain noir. Aujourd’hui, il ne reste plus grosso modo que le tiers du 1,5 million de chrétiens qui se trouvaient en Irak avant la guerre du Golfe, puis l’invasion de l’Irak», assure le patriarche Sako. «L’exode se poursuit, en raison de l’instabilité chronique qui marque la vie de ce pays, où des attentats se produisent quotidiennement, fauchant des dizaines de vies. Nous sommes très inquiets».

Vendredi 27 septembre 2013, tous les patriarches orientaux, catholiques et orthodoxes, ou leurs représentants, ont été invités à la résidence patriarcale de Bkerké, près de Beyrouth. Sous l’égide du patriarche maronite libanais Béchara Raï, les participants doivent définir conjointement, entre catholiques et non-catholiques, «notre service à nos patries et notre engagement à œuvrer pour la justice, la paix, la fraternité et la convivialité».

Ce sommet des responsables chrétiens est consacré au péril pesant sur la présence chrétienne en terre d’Orient. Parmi les sujets abordés, le sort de la ville de Maaloula, l’une des perles de l’îlot chrétien du Qalamoun, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Damas, dont une partie est encore aux mains de djihadistes islamistes du Front al-Nosra, lié à al-Qaïda. Près de 40 religieuses et orphelins sont toujours bloqués par les islamistes dans le couvent orthodoxe de Mar Takla (Sainte Thècle) et les tentatives de ravitaillement ont été empêchés par des tirs de snipers.

Les «maîtres du monde» veulent un «nouveau Moyen-Orient» sur des bases ethniques

Le patriarche Sako craint que les chrétiens syriens – qui représentaient encore près de 10% de la population avant l’éclatement de la guerre civile – ne subissent le même sort que les chrétiens d’Irak. Le patriarche Sako ne peut s’empêcher de faire remarquer qu’un plan similaire à la politique de la terre brûlée semble être en cours d’exécution en Syrie, remarque le quotidien «L’Orient-Le Jour».

Le chef de l’Eglise chaldéenne s’interroge sur «la volonté finale des maîtres du monde» qui chercheraient, «dans leur machiavélisme», à faire éclore un «nouveau Moyen-Orient» éclaté en entités ethniques ou religieuses homogènes, et dont l’Irak serait aujourd’hui le laboratoire avec un nord kurde, un centre sunnite et un sud chiite, l’exode forcé des populations se faisant à coups de voitures piégées explosant dans les souks et aux entrées de mosquées. Selon le patriarche, les conflits et opérations terroristes qui meurtrissent la région révèlent l’existence d’un «plan pour un nouveau Moyen-Orient, divisé selon les frontières religieuses et réparti en cantons sur base ethnique et sectaire».

Les pays occidentaux ne devraient pas inciter les chrétiens à partir

Le patriarche Sako relève que les communautés chrétiennes du Moyen-Orient sont pacifiques et recherchent l’harmonie sociale. Elles sont cependant souvent victimes de la guerre que se livrent sunnites et chiites dans le monde arabe. Certaines des violences qu’ils subissent sont en fait des «manipulations guerrières» destinées, par ceux qui les planifient, à les gagner à leur cause. Il existe à ses yeux, dans cette région du monde, une véritable «politisation de la violence».

Il déplore finalement que certains pays occidentaux tentent les chrétiens orientaux avec des visas d’émigration, «comme pour compléter le travail que la guerre aura fait». Cette incitation à l’exode risque de causer l’extinction de la présence chrétienne dans cette région.

«Où qu’ils se trouvent, les chrétiens ne devraient pas émigrer, insiste-t-il. Ce serait une dérobade et une perte d’identité. Dans les pays d’émigration, leur rôle et leur histoire disparaîtront; ils seront condamnés à être des émigrés et des réfugiés, alors qu’ici, ils ont une identité et une histoire». (apic/orj/fides/be)

27 septembre 2013 | 13:33
par webmaster@kath.ch
Partagez!