Le chocolat suisse est-il vraiment suisse ?

Fribourg: «Citoyens du monde, quelle éducation?» débat à l’occasion des 10 ans de Fribourg-Solidaire

Fribourg, 13 juin 2013 (Apic) «Citoyens du monde, quelle éducation ?» Tel était le thème du débat organisé le 12 juin 2013 à la Haute Ecole pédagogique de Fribourg, dans le cadre des 10 ans de Fribourg-Solidaire. La fédération des organisations fribourgeoises actives dans le développement international a défendu l’idée de la mondialisation de la solidarité. Pour les divers intervenants, l’école est un lieu privilégié de cette éducation à la citoyenneté mondiale.

Le chocolat suisse est-il suisse ? Cette question posée à des enfants d’école primaire ouvre des horizons insoupçonnés ont relevé Maude Schaerrer et Nadine Castella, toutes deux en fin de formation à la Haute Ecole pédagogique de Fribourg. Durant quatre semaines elles ont pioché sur le sujet avec des classes d’enfants de 7 à 8 ans dans une approche pluri-disciplinaire.

La thématique du chocolat constitue une excellente introduction au thème de l’interdépendance dans un monde globalisé. Parcourir le chemin du chocolat de la cabosse de cacao à l’étalage des magasins suisses, en passant par les négociants, les transporteurs, les fabricants, les distributeurs ouvre à chaque étape des séries de questions sur la géographie, le respect de l’environnement, l’économie, les droits, la justice sociale, la santé. Ou pour le dire plus simplement avec les mots des enfants : Le chocolat qui le cultive ? Qui le fabrique ? Qui le mange ? En cherchant des réponses, les enfants ont développé une approche de citoyens et de consommateurs responsables par un exercice très concret sans discours ni leçon de morale.

Un droit à l’éducation bien illusoire au Congo

«Au Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, d’où je viens, nous cultivons du cacao, nous avons des vaches qui donnent du lait, nous avons du sucre, mais nous n’avons pas de chocolat, sinon suisse ou belge», a renchéri Ambroise Bulambo, collaborateur scientifique à l’Université de Fribourg et président d’une ONG de développement, la KAF. Au Congo comme en Suisse, l’école se donne pour mission de former les citoyens de demain pour en faire des ‘artisans d’une société démocratique et éprise de paix». Mais que d’obstacles vers cet objectif : conflit armé, absence de volonté politique, manque de moyens… «Aujourd’hui ce sont les parents qui doivent porter l’école à bout de bras, payer les enseignants, l’entretien des écoles, participer au financement de l’éducation nationale». L’instruction est devenue une marchandise réservée à ceux qui ont les moyens de la payer. Ambroise Bulambo déplore aussi l’absence de voies de formation professionnelle dans l’agriculture, l’artisanat ou l’industrie ou l’impossibilité pour les jeunes de poursuivre des études supérieures. Le droit à l’éducation semble dès lors bien illusoire.

Pour une école accessible à tous

Le professeur Jean-Jacques Friboulet, doyen de la faculté des sciences économiques et sociales de l’université de Fribourg, a développé les conditions nécessaires pour faire de ce droit à l’éducation une réalité. A partir de son expérience africaine, il retient quatre critères de base. L’école doit d’abord être accessible à tous c’est-à-dire obligatoire et gratuite. Ce qui n’est pas si évident. L’accès peut comprendre l’éloignement, les moyens de transports, l’état des routes, l’existence non seulement de salles de classes mais aussi de latrines, la présence d’une cantine pour les repas, la possibilité pour les filles de suivre l’école comme les garçons etc.

L’école doit ensuite être adaptée au pays et à la région notamment dans ses programmes, trop souvent encore simplement importés d’Occident. Elle doit disposer de moyens minimaux et donc bénéficier du soutien nécessaire de l’Etat. Ici entre en jeu la question de la volonté politique au-delà des grands discours. Enfin l’école doit être acceptée par les parents. Elle doit fixer ses objectifs, définir des règles, former à la démocratie et au respect de l’autre. Pour Jean-Jacques Friboulet, de telles conditions ne sont pas hors de portée, car elles dépendent d’éléments matériels relativement simples. «Je suis optimiste, il y a des progrès»

Interdépendances et valeurs

Au terme de développement durable utilisé un peu à toutes les sauces, Samuel Heinzen, professeur d’éthique à la HEP, préfère la catégorie des interdépendances. «Il s’agit de comprendre comment mes actes ici en Suisse ont des conséquences sur la marche du monde». Pour lui, l’école doit développer la conscience d’un monde plus large et plus complexe où chacun a une place active comme quelqu’un de responsable. L’exercice de la démocratie est nettement plus large que celui des droits civiques. Pour l’éthicien, la neutralité revendiquée au plan religieux ou politique n’a rien à voir avec la tiédeur ou l’indifférence mais correspond à la volonté de garantir à tous le respect des droits fondamentaux. L”incarnation’ du droit dans la vie de l’enfant commence par sa participation aux dimensions ‘négociables’ de la vie en commun. Elle se poursuit par la mise en place d’un questionnement basé sur les connaissances acquises. Nous cherchons à former des citoyens les plus complets possibles, capables de faire des choix», conclut-il. (apic/mp)

1ere Fête de la solidarité le 15 juin 2013 à la HEP

Fribourg-Solidaire marque ses 10 ans en organisant le 15 juin 2013 sa première «Fête de la solidarité» à la Haute Ecole Pédagogique de Fribourg (HEP) à la rue de Morat 36. La fédération des organisations de coopération au développement a placé cette rencontre sous le thème «Citoyens du monde, quelle éducation ?» A travers un débat, des animations, des jeux, des échanges, des expositions et deux concerts, Fribourg-Solidaire invite le public à découvrir la variété du travail de coopération au développement mené par les associations fribourgeoises.

Le samedi 15 juin dès 11h30 les jardins de la HEP accueilleront divers ateliers, une chasse au trésor, des contes, un tournoi d’awalé, et bien autres animations pour tous les âges. Le village associatif permettra aux associations membres de présenter leurs activités. La journée se conclura par deux concerts : à 18h le «Duo d’extrêmes suisses» (chanson patriotique comique) et à 20h le Groupe «Tambo» (musique du Pacifique colombien). Programme complet sous www.fribourg-solidaire.ch

(apic/mp)

13 juin 2013 | 11:07
par webmaster@kath.ch
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