Moscou: Le patriarche russe rencontre le secrétaire général du COE à Moscou
Le COE a besoin de l’Eglise orthodoxe russe
Moscou, 29 juin 2009 (Apic) Le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève, et le patriarche Kirill Ier de l’Eglise orthodoxe russe, à Moscou, se sont entretenus à l’occasion d’une rencontre à la résidence du patriarche, au Kremlin.
Le pasteur Tveit a déclaré avoir insisté sur l’importance de l’Eglise orthodoxe russe au sein du mouvement œcuménique et en tant que témoin de la foi chrétienne dans le monde. Il a par ailleurs indiqué avoir discuté ouvertement avec le patriarche Kirill Ier des tensions que connaît le mouvement œcuménique et de questions telles que la sexualité humaine.
Cette rencontre a eu lieu le 28 juin après un office à la cathédrale de la Dormition, au Kremlin de Moscou. Dans une homélie, Kirill Ier a évoqué, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis son installation en 2009, de l’importance de la mission auprès des jeunes et d’établir un ministère de catéchisme dans toutes les paroisses.
«Cela montre une fois de plus comment l’Eglise orthodoxe russe, avec le dynamisme qu’elle affiche en cette période nouvelle, est aussi une inspiration pour les autres Eglises», a déclaré le pasteur Tveit à la correspondante de l’agence de presse œcuménique ENI. «J’ai fait savoir au patriarche Kirill que son leadership, également, est une inspiration pour les autres Eglises.»
Le pasteur Tveit a rappelé avec insistance que l’Eglise orthodoxe russe est une composante essentielle de la communauté fraternelle qu’est le Conseil œcuménique des Eglises. «Jadis, elle avait besoin du Conseil œcuménique des Eglises», a affirmé le pasteur Tveit, qui faisait allusion à la période communiste, pendant laquelle le COE constituait un lien avec le reste du monde. «Mais aujourd’hui, c’est le Conseil œcuménique des Eglises qui a besoin d’elle», a-t-il ajouté le 28 juin, au second jour de sa première visite officielle dans la plus grande Eglise membre du COE.
«Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise»
La veille, le pasteur Tveit avait visité Butovo, en périphérie de Moscou, un ancien site d’exécution sous Staline. Le site abrite désormais un sanctuaire dédié aux «nouveaux martyrs» du 20e siècle de l’Eglise orthodoxe russe, qui ont été canonisés au cours de la décennie passée.
«Je vois cela aussi plus globalement; l’Eglise orthodoxe russe témoigne de notre foi et de notre mission commune tant en Russie que dans le monde pour nous rappeler qu’il est important d’être des témoins fidèles», a déclaré le pasteur Tveit à la correspondante d’ENI. «On nous rappelle une fois de plus que le sang des martyrs est la semence de l’Eglise.»
Pour le patriarche orthodoxe, le mouvement œcuménique vit une crise
L’œcuménisme s’est heurté à des critiques ces dernières années au sein de l’Eglise orthodoxe russe. Le patriarche Kirill Ier, qui est actif au Conseil œcuménique des Eglises depuis quarante ans, a évoqué cette question ouvertement lors de sa rencontre avec le pasteur Tveit. «Il a abordé de façon ouverte et directe ce qu’il considère comme une crise pour le mouvement œcuménique», a expliqué le secrétaire général du COE. «Cela s’inscrit dans le sillage des signes qu’il envoyait depuis quelques temps.»
Le pasteur Tveit a affirmé que le patriarche s’est dit préoccupé par le fait que certaines Eglises protestantes modifient leurs pratiquent et accordent une place plus large à l’homosexualité. Selon le patriarche Kirill, le fossé entre les Eglises s’agrandit. «Au Conseil œcuménique des Eglises et à moi-même, il a demandé comment, face à cette réalité, nous traitons cette question et quelle est ma – ou notre – stratégie.»
Dans une interview accordée à l’agence de presse religieuse russe Blagovest-info la veille de la rencontre entre Kirill Ier et le pasteur Tveit, le hiéromoine Filipp Riabykh, secrétaire du Patriarcat de Moscou aux relations interchrétiennes, a évoqué l’impasse dans laquelle se trouve l’œcuménisme.
«L’Eglise orthodoxe russe se trouve face à deux possibilités: soit elle tente d’influencer cette voix, afin que le monde n’entende pas seulement les protestants, mais aussi celle de la tradition chrétienne qui, comme nous le croyons, correspond à la foi apostolique, soit elle se maintient dans son isolement et reste incapable de présenter au monde sa position en cette période compliquée et irréligieuse.» (apic/eni/be)



