Le Conseil de l’Europe la définit comme une «violation de l’intégrité physique»
Israël: Le gouvernement israélien défend la pratique de la circoncision des enfants
Strasbourg/Tel Aviv, 4 octobre 2013 (Apic) Le gouvernement israélien a vivement dénoncé le 4 octobre 2013 une résolution du Conseil de l’Europe définissant la circoncision des garçons pour motifs religieux, pratiquée dans le judaïsme et l’islam, comme une «violation de l’intégrité physique». Il somme cette institution de 47 Etats membres, principale organisation de défense des droits de l’homme du continent européen, de «revenir immédiatement sur cette résolution».
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté le 2 octobre (par 78 voix pour, 13 contre et 15 absentions) une résolution invitant les Etats membres à prendre des mesures contre les «violations de l’intégrité physique des enfants». L’APCE condamne «les pratiques les plus préjudiciables, comme les mutilations génitales féminines», à savoir notamment l’excision, et incite les Etats à adopter une législation les interdisant. Elle demande de définir clairement les conditions médicales, sanitaires et autres à respecter s’agissant des pratiques qui sont aujourd’hui largement répandues dans certaines communautés religieuses, «telle que la circoncision, non médicalement justifiée, des jeunes garçons». Chez les juifs et les musulmans, la circoncision est en général pratiquée dans la semaine qui suit la naissance.
Le Conseil de l’Europe accusé par Israël de «racisme»
Israël accuse de «racisme» la décision de l’APCE. La circoncision des enfants de sexe masculin, appelée «brit milah», consiste à séparer définitivement le prépuce du pénis, donc à découvrir perpétuellement le gland. Selon le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, il s’agit là «d’une ancienne tradition religieuse pour le judaïsme et l’islam, et courante dans certains milieux chrétiens. Toute comparaison aux mutilations génitales féminines est un acte d’ignorance effroyable au mieux, de la diffamation et de la haine antireligieuse au pire!» Pour le porte-parole officiel, «cette résolution jette une tache morale sur le Conseil de l’Europe et favorise la haine et des tendances racistes en Europe. Nous invitons le Conseil de l’Europe à agir sans retard pour l’annuler».
Doyenne des organisations européennes, le Conseil de l’Europe est en pointe dans l’élaboration de normes juridiques dans les domaines de la protection des droits de l’homme, du renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe.
Préserver l’intégrité physique de l’enfant et lui laisser le choix
Même si les résolutions du Conseil de l’Europe ne sont pas contraignantes, elles ont un grand pouvoir normatif et influencent les décisions. La résolution en question appelle les gouvernements à «lancer un débat public, y compris le dialogue interculturel et interreligieux, pour parvenir à un large consensus sur les droits des enfants à la protection contre les atteintes à leur intégrité physique selon les normes des droits de l’homme». Elle invite à adopter des dispositions juridiques spécifiques pour veiller à ce que certaines opérations et les pratiques ne soient pas effectuées avant que l’enfant ne soit assez âgé pour être consulté.
Des organisations juives se mobilisent contre ce «nouvel antisémitisme»
Si le judaïsme réformé remet en question le caractère obligatoire de la «brit milah», diverses organisations juives dans le monde se mobilisent contre cette décision. Le 29 novembre 2012, au Parlement européen à Bruxelles, Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), affirmait d’emblée que «si la circoncision venait à être interdite en Europe, cela signifierait la fin d’une présence religieuse juive en Europe. Que l’on soit juif orthodoxe ou pas, toute atteinte à cette pratique religieuse signifiera que les juifs feront leurs valises et quitteront l’Europe».
Le Russe Moshe Kantor, président du Congrès Juif Européen (CJE), a estimé pour sa part que toute idée d’interdire la circoncision «envoie un mauvais message aux juifs européens disant que nos pratiques, et donc notre présence même sur ce continent, sont traitées avec dédain». D’autres responsables juifs européens avancent l’argument de la violation de la liberté religieuse, comme dans le cas de l’interdiction de l’abattage rituel. Le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens (CER), a qualifié cette dernière interdiction de «nouvel antisémitisme». (apic/com/be)



