Costa Rica: Ancien prêtre, Ronal Vargas a été élu député pour un parti de centre gauche
«Le Costa Rica ne doit pas être un pays catholique»
San José, 27 mars 2014 (Apic) Après avoir renoncé à la prêtrise en mai 2012, Ronal Vargas, 47 ans, a été élu le 2 février 2014 député de la région du Guanaco, au nord-ouest du pays. Il s’est engagé sous la bannière du « Frente Amplio », un parti de centre gauche. Un mandat de quatre ans que l’ex-‘sacerdote’ entend assumer pour démontrer que la religion est aussi politique.
Apic: Pourquoi avez-vous renoncé à être religieux pour entrer en politique?
Ronal Vargas: J’ai quitté le sacerdoce, mais pas l’Eglise. Cette décision d’embrasser une carrière politique m’est venue en lisant un jour une phrase de Leonardo Boff (l’un des chefs de file de la Théologie de la Libération, ndlr): «Changer pour continuer à être le même». Lors de mes dix-huit années de prêtrise, j’ai eu le sentiment de consacrer mon sacerdoce au service des pauvres. Mais à un moment, j’ai été témoin de tant d’injustices devant lesquelles je me suis senti impuissant en tant que religieux, j’ai vu tant de corruption, que j’ai eu le sentiment que le moment était venu pour moi de lutter avec d’autres armes. Je dois admettre que, même pendant mon sacerdoce, j’ai toujours cultivé des idées de gauche. Cela est dû sans aucun doute aux six années passées au Guatemala pendant le conflit armé pendant lequel j’ai perdu un ami très proche. J’ai aussi vécu un an au Salvador où j’ai été très impressionné par le travail et l’image de Mgr Romero. C’est à ce moment là que j’ai découvert la Théologie de la Libération. Cela été un choc pour moi car cette dernière n’a jamais existé au Costa Rica, un pays qui a toujours cultivé la paix et qui n’a pas vécu de guerre civile.
Apic: Cette décision, vous l’avez prise, avant l’élection du pape François ?
RV: Oui, et elle aurait peut-être été différente s’il avait été là. Car à l’époque l’Eglise n’offrait pas cette évolution que le nouveau Saint-Père a impulsé, notamment en ce qui concerne la nécessité pour l’Eglise d’être au côté des plus démunis, avec une vraie préoccupation sociale, lui qui semble adepte de la Théologie de la Libération, même si c’est de manière modérée. Ceci étant, je suis intimement convaincu, aujourd’hui encore, que j’ai la vocation pour être un religieux. En revanche, je n’ai pas la vocation pour le célibat. Je me suis efforcé à respecter le célibat. J’ai demandé l’aide de Dieu, mais quelques mois seulement après mon ordination, j’ai rompu le célibat. Et je doute encore aujourd’hui, que ces deux vocations -être religieux et être célibataire- doivent nécessairement aller de pair.
Apic: Votre décision d’entrer en politique a t-elle surpris?
RV: Très peu ! En fait c’est plutôt moi qui ai été surpris, car beaucoup de gens ont accueilli assez naturellement mon engagement politique. Bon nombre d’entre eux m’ont d’ailleurs confié qu’ils pensaient que j’allais me lancer plus tôt. De nombreuses personnes me connaissaient déjà pour mon engagement en ce qui concerne la Théologie de la Libération et pour ma sensibilité de gauche. Et puis, lors de précédentes élections, j’avais déjà refusé les propositions de plusieurs partis politiques. Tout simplement car je me réalisais encore dans le cadre de l’Eglise.
Apic: Quel regard portez vous justement aujourd’hui sur l’institution Eglise?
RV: L’Eglise est une institution aussi humaine que les autres, parfois même plus humaine…. Ce qui veut dire avec ses forces mais aussi ses faiblesses. Là encore je me réfère à Leonardo Boff, en particulier à son livre «Eglise, Charisme et Pouvoir». L’Eglise dont parle l’auteur est une Eglise qui ne s’est pas éloignée de Jésus, qui est demeurée au côté des plus pauvres. Cette Eglise, pour laquelle le pape Francisco se bat aujourd’hui, est une Eglise que nous avions cependant perdu, car pendant des décennies elle s’est le plus souvent préoccupée d’être l’alliée des pouvoirs en place que d’être une entité qui viendrait changer le monde depuis la perspective de l’Evangile.
Apic: Comment pensez-vous pouvoir transformer politiquement votre attachement revendiqué à la Théologie de la Libération?
RV: La Théologie de la Libération a toujours mis en évidence un fait que l’Eglise a renoncé à reconnaître: La religion est politique. Et dans la politique, la religion a une grande influence. En théorie, il est facile d’affirmer que d’un côté, il y a le religieux et de l’autre, le politique. Mais en réalité, c’est loin d’être si simple. La meilleure preuve est que l’article 75 de la Constitution du pays dit que le Costa Rica est un Etat catholique. Cela va d’ailleurs à l’encontre des souhaits du pape François qui milite pour des Etats laïcs. Un Etat ne peut opter pour une religion plutôt qu’une autre. C’est d’ailleurs pour cela que, dès le début de mon mandat, je vais proposer de modifier cet article de la constitution. Le Costa Rica doit être un pays libre qui ne doit pas s’identifier à une seule religion. (apic/jcg/rz)



