Genève: Des activistes opposés à l'industrie minière témoignent de leur lutte
Le David de la société civile contre le Goliath des compagnies d’extraction
Genève, 4 décembre 2013 (Apic) L’on a pu se rendre compte, le 3 décembre 2013, à Genève, que les problèmes liés à l’industrie minière touchent tous les continents. Des activistes d’Afrique, des Philippines ou encore de Palestine sont venus expliquer, à l’appel d’une coalition d’organisations, comment ils luttent pour que les compagnies minières assument leurs responsabilités sociales et environnementales.
Le projet minier pharaonique de Tampakan, au Philippines, met en danger 2’000 hectares de forêt primaire et pourrait provoquer le déplacement et l’expropriation de 10’000 autochtones, indique Jesus Vicente Garganera, coordinateur d’une campagne internationale contre les abus des compagnies d’extraction. Le projet d’exploitation des sous-sols, riches en cuivre et en or, est en partie assumé par la multinationale suisse Glencore-Xstrata.
Aux Philippines, comme dans les autres régions du monde dont il a été question lors de la conférence, des ONG et œuvres d’entraide se battent pour que les entreprises d’extraction de matières premières respectent les normes internationales en matière de droits de l’homme et d’environnement.
En marge du Forum de l’ONU sur les entreprises et les droits de l’homme
L’événement était organisé au siège du Centre catholique international de Genève (CCIG), en marge du second Forum annuel de l’ONU sur les entreprises et les droits de l’homme, qui a lieu à Genève du 2 au 4 décembre. La manifestation onusienne constitue une espace de dialogue où les décideurs économiques du monde entier discutent des droits humains dans le cadre des activités de commerce.
L’un des principaux thèmes du Forum a ainsi été le l’application par les acteurs économiques des «principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme», adoptés par les Nations Unies en juin 2011.
La conférence du CCIG a mis l’accent sur les principes de «diligence raisonnable» de la part des entreprises minières et d’accès à des mécanismes de réclamation non judiciaires de la part des travailleurs. Le processus demande que les employeurs évaluent les incidences effectives et potentielles de leurs activités sur les droits de l’homme.
Collusions d’intérêts
La plupart des orateurs ont noté la difficulté de faire valoir ces principes au niveau des compagnies d’extraction. Il est fréquent qu’une collusion d’intérêts des entreprises et des pouvoirs publics rende très difficile la lutte contre les atteintes aux droits de l’homme et à l’environnement provoquées par les activités minières.
Selon Jesus Vicente Garganera, les autorités philippines accusent souvent les représentants indigènes qui s’opposent aux activités minières d’être des «rebelles». Ce qui justifie leur répression. D’après le militant philippin, huit autochtones ont déjà été tués dans le contexte du projet de Tampakan.
Le rôle des Eglises
Les organisations engagées contre les excès de cette industrie doivent utiliser tous les moyens de lobbying et de pression disponibles pour faire entendre leur voix.
Dans ce contexte, la sud-africaine Moreblessings Chidaushe, de l’œuvre d’entraide «Norwegian Church Aid», a rappelé le rôle important des Eglises et des communautés religieuses dans ce genre de combat. Son organisation, active notamment en Afrique australe, mobilise les leaders religieux pour sensibiliser la population à leurs droits, organiser des manifestations ou exercer du lobbying sur les hommes politiques. Elle explique que les responsables de l’industrie minière vont souvent, eux aussi, à la messe et qu’ils ne sont pas indifférents à ce que peuvent dire les prêtres.
«Norwegian Church Aid» est active dans la médiation des communautés religieuses avec le gouvernement, notamment dans les cas de revendications sociales. Sans l’intervention des Eglises, la répression des mineurs protestataires de Marikana aurait causé beaucoup plus de victimes. Des employés de cette mine de platine, au nord de l’Afrique du Sud, avaient entamé, début août 2012, une grève sauvage pour protester contre leurs conditions de salaires. Le 16 août, 34 ouvriers qui manifestaient aux alentours de la mine ont été tués par la police.
Exploitation des ressources palestiniennes
Le problème du manque de volonté politique pour faire appliquer les directives internationales est encore plus criant dans les territoires palestiniens. Il se double là-bas de difficultés à agir sur le plan légal dans un contexte de conflit et d’occupation. C’est ce qu’est venu expliquer la juriste néerlandaise Elisabeth Koek, pour l’organisation de défense des droits de l’homme palestinienne «Al Haq».
La jeune avocate a dénoncé le système d’extraction des matières premières mis en place en Cisjordanie par le gouvernement israélien. Cette industrie, qui exploite notamment les ressources minérales de la Mer morte ne profite, selon elle, qu’au marché intérieur israélien.
Elle a insisté sur l’illégalité de ces activités au regard du droit international et du manque de volonté de la part de la communauté des nations à faire pression sur Israël pour changer cet état de fait. Elle a relevé, dans ce contexte, l’importante implication de certaines compagnies occidentales dans le développement de projets industriels dans les Territoires, remarquant que ces activités étaient uniquement destinées au développement des implantations israéliennes dans la région.
Encadré
Le Centre catholique international de Genève (CCIG) est une organisation catholique qui contribue à la coordination des engagements des organisations non gouvernementales d’inspiration chrétienne et interreligieuse. Le Centre fut créé en 1950 par l’initiative de sept laïcs, pour la plupart, membres d’organisations internationales catholiques. Le CCIG a des compétences reconnues, résultant de 60 ans de présence auprès des Organisations internationales de Genève.
Les activité du Centre sont rendues possibles par un soutien institutionnel de l’Action de Carême, des contributions de l’Eglise catholique dans le canton de Zoug et le soutien d’autres partenaires tels que Caritas internationalis.
L’Action de Carême est une œuvre d’entraide catholique suisse. Elle appuie des projets de développements dans 14 pays. Elle mène également en Suisse des actions de sensibilisation à la situation des pays les plus déshérités.
ACT Alliance est une coalition de plus de 140 Eglises et organisations affiliées menant des projets conjoints dans 140 pays. L’organisation s’engage en faveur d’un développement économique durable des personnes particulièrement marginalisées ou démunies.
Franciscan Internationals (FI) est une ONG d’inspiration franciscaine possédant un statut consultatif à l’ONU. Elle s’efforce d’attirer l’attention des décideurs politiques sur les injustices dont les plus pauvres et les plus vulnérables sont victimes dans le monde.
Misereor est l’une des plus grandes œuvres d’entraide catholique d’Allemagne. Elle a son siège à Aix-la-Chapelle. Elle a soutenu, depuis sa création en 1958, près de 100’000 projets de développement et d’aide humanitaire à travers le monde.
Al Haq est une organisation palestinienne de défense des droits de l’homme fondée en 1979. Elle recense les cas de violations des droits humains commises par les deux parties dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Elle est notamment membre de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). (apic/rz)



