Honduras: L’Eglise catholique toujours divisée face au coup d’Etat contre le président Zelaya
Le diocèse de Santa Rosa de Copan dénonce le pustch
Tegucigalpa, 8 juillet 2009 (Apic) L’Eglise catholique hondurienne – dont la plus haute hiérarchie a justifié samedi 4 juillet le coup d’Etat contre le président élu Manuel Zelaya – est en réalité plus divisée qu’il n’apparaît. La grande presse hondurienne, qui soutient le putsch militaire, ne donne pas une image réelle de ce qui se passe dans le pays. Des médias critiques, comme l’émetteur jésuite Radio Progreso, ont été censurés et fermés après avoir été occupés par des soldats.
Dans un message lu à la cathédrale de Santa Rosa de Copan, l’évêque du diocèse, Mgr Luis Alfonso Santos, déclare que le diocèse de Santa Rosa de Copan, «fidèle à la mission d’annoncer le Règne de Dieu et de dénoncer les situations d’injustice», «demande à tous les Honduriens de faire un grand effort pour rétablir la paix sociale», tout en dénonçant «le coup d’Etat du 28 juin».
Mgr Alfonso Santos, qui s’était fait connaître pour avoir dénoncé le versement en rivière de cyanure par l’entreprise minière Minerales de Occidente (Minosa), rappelle que l’immense majorité des Honduriens ne veulent ni les confrontations de rue (qui ont entre-temps fait déjà plusieurs morts et de nombreux blessés), ni de guerre civile ou de guerre contre d’autres pays. «C’est la raison pour laquelle nous demandons aux groupes qui ont porté atteinte à l’ordre public qu’ils mettent toute leur bonne volonté pour résoudre par la voie du dialogue la crise actuelle provoquée par le manque d’équité sociale dans laquelle nous avons toujours vécu».
Un climat d’insécurité et de peur s’est installé dans les familles
«En tant que responsables de la direction de l’Eglise catholique dans l’Occident du Honduras, nous rejetons la substance, la forme et le style avec lesquels on a imposé au peuple un nouveau chef du pouvoir exécutif. Si le président José Manuel Zelaya Rosales a pu commettre quelque acte illicite, il a droit à un jugement juste à l’instar de tout citoyen hondurien et en général de tout être humain. L’article 84 de la Constitution actuelle dit textuellement: ’Personne ne peut être arrêté si ce n’est en vertu du mandat écrit de l’autorité compétente’».
L’évêque dénonce le climat d’insécurité et de peur qui s’est installé dans les familles suite aux limitations des garanties constitutionnelles, notamment le droit à la liberté de circulation, à la liberté d’association, de manifestation, d’inviolabilité du domicile, droit à la propriété privée, à la liberté de presse et de diffusion des idées et des opinions, à la liberté personnelle, y compris le droit à ne pas être détenu administrativement dans les commissariats plus de 24 heures, qui se transforme en détention indéfinie, etc. Toutes ces mesures sont contenues dans le décret sur l’»Etat d’exception» (Etat de siège) adopté par le Congrès national. «Avec ce décret, on s’approche d’une massive violation des droits de l’homme», a dénoncé l’évêque la semaine dernière dans la cathédrale de Santa Rosa de Copan.
Fermeture de l’émetteur jésuite «Radio Progreso»
L’évêque dénonce ainsi «la forme violente avec laquelle ont été réduits au silence Radio Progreso et d’autres moyens de communications, les détentions illégales, le bannissement de certains compatriotes, les coups et les blessures sanglantes». En tant qu’Eglise catholique dans l’Occident du Honduras, «nous aimerions rappeler aux 124 députés du Parti Libéral et du Parti National, responsables du coup d’Etat et actuellement au pouvoir qu’ils ne sont pas les propriétaires du Honduras et que personne ne peut être au-dessus de la loi. Les députés actuels doivent se souvenir qu’ils reçoivent leur salaire de ce peuple qu’ils sont en train d’opprimer».
Et de relever que si les députés avaient réglementé le plébiscite et le referendum, comme les évêques de la Conférence épiscopale du Honduras l’avaient suggéré le 19 juin dernier, «nous ne serions pas dans cette situation. Ils ont préféré être fidèles aux groupes économiquement puissants, nationaux et transnationaux. Espérons que lors des prochaines élections, le peuple les sanctionnera dans les urnes». Le message lu à la cathédrale rappelle tout spécialement aux Forces armées et à la Police nationale le Cinquième Commandement: «Tu ne tueras pas!».
Le cardinal Rodriguez Maradiaga salue la médiation du président Arias
Pour sa part, le cardinal Rodriguez Maradiaga, sur la chaîne américaine CNN en langue espagnole, a dit sa satisfaction de la nomination du président du Costa Rica Oscar Arias comme médiateur pour tenter de résoudre la crise politique qui déchire le Honduras. «Cela me semble le meilleur chemin pour trouver une solution à la crise», a-t-il déclaré.
Notons que dans un communiqué, l’Organisation Catholique Latino-américaine et Caribéenne de Communication (OCLACC) a condamné «de manière énergique les limitations à la liberté d’expression qui se sont produites lors de la rupture démocratique et le coup d’Etat au Honduras, et exige une liberté d’expression sans restriction comme facteur fondamental pour l’entente démocratique de nos peuples». Elle s’est solidarisée avec Radio Progreso, dirigée par le Père jésuite Ismael Moreno, qui se trouve à El Progreso, au nord du Honduras, à quelque 350 kilomètres de Tegucigalpa. (apic/oclacc/com/be)



