Irlande: Mgr Treanor affirme que l’Eglise est désormais à l’avant-garde pour la protection de l’enfance

Le fléau de la pédophilie dépasse les frontières de l’Eglise

Rome, 17 février 2010 (Apic) Au terme de 2 journées de réunion extraordinaire autour de Benoît XVI au Vatican consacrées au cas de prêtres pédophiles en Irlande, Mgr Noël Treanor, évêque du diocèse de Down and Connor, affirme que l’Eglise est actuellement «à l’avant-garde» en matière de protection de l’enfance. Dans un entretien accordé à l’agence de presse I.MEDIA, cet évêque d’Irlande du Nord a aussi tenu à souligner que le fléau de la pédophilie dépassait les frontières de l’Eglise.

Interrogé par I.MEDIA après 3 sessions de travail avec Benoît XVI sur la question de la pédophilie, Mgr Treanor a ainsi souligné que «dans les deux parties de l’Irlande, et surtout en République d’Irlande, avec l’évolution que l’Eglise a assuré dans ce cadre-là, on peut dire objectivement que l’Eglise catholique est actuellement à l’avant-garde des organes qui ont promu la protection d’enfants et de mineurs».

A l’issue de leur rencontre au Vatican, les évêques irlandais se sont engagés à collaborer avec la justice de leur pays. Pour autant, Mgr Treanor a souhaité là encore souligner que cette collaboration avait lieu depuis des années par le biais de contacts directs avec les instances publiques, avec la police ou d’autres encore.

L’évêque du diocèse de Down and Connor a alors souhaité que l’Eglise et la société puissent «étudier les raisons de ce fléau afin que l’on puisse faire évoluer un vocabulaire pour en parler avec précision».

D’éventuelles nouvelles démissions d’évêques «entre les mains du pape»

«Il faut dire, et cela a été évoqué lors de cette journée et demie de travail avec le pape et les présidents de dicastères romains, que ce problème, ce fléau, dépasse l’Irlande et, pour ainsi dire, dépasse aussi les frontières ecclésiales», a également confié Mgr Treanor. Aux yeux du prélat, la question de la pédophilie est un enjeu de société. «Nous sommes en train de vivre la déconstruction d’un tabou, a poursuivi l’évêque, d’un silence concernant ce crime qui a tellement affligé l’Eglise et la société, en Irlande comme dans d’autres pays».

Le prélat irlandais, qui a confié que les victimes d’actes pédophiles avaient été au centre des discussions au Vatican, a évoqué la peine qui se dégageait des différentes interventions. «L’Eglise, a encore expliqué Mgr Treanor, reconnaît de façon très claire cette souffrance qui restera dans le cœur de chaque chrétien et qui renforce notre détermination, en tant qu’Eglise locale, à répondre au besoin de promouvoir la protection de chaque enfant, de chaque adolescent, de chaque personne».

Interrogé enfin sur d’éventuelles nouvelles démissions au sein de la Conférence épiscopale, Mgr Treanor a soutenu que la décision était désormais «entre les mains du pape». En décembre dernier, 4 évêques irlandais avaient ainsi annoncé avoir présenté leur démission à Benoît XVI. Le pape, pour l’heure, a seulement accepté celle de l’évêque de Limerick, Mgr Donal Murray.

Comportement «inexcusable»

Ce dernier, quelque trois semaines après la publication par le Ministère irlandais de la justice du rapport de la commission présidée par la juge Yvonne Murphy, qui accuse la hiérarchie catholique irlandaise d’avoir étouffé des dizaines d’affaires de prêtres pédophiles dans le diocèse de Dublin, fut l’un des évêques auxiliaires de Dublin mis en cause. Il fut en poste à Dublin de 1982 à 1996 avant d’être nommé par la suite évêque de Limerick. Le rapport Murphy avait qualifié son comportement d’»inexcusable».

Selon ce rapport, que l’on peut lire sur le site internet de la Commission (www.dacoi.ie), la Commission Murphy enquête également sur les agissements dans le diocèse de Cloyne, en Irlande du Sud. Dans l’archidiocèse de Dublin, la Commission mentionne les noms de plusieurs évêques auxiliaires qui ont «particulièrement traité mal des dénonciations» de cas ou de soupçons d’abus sexuels.

D’après le rapport de la Commission Murphy, un document de plus de 700 pages consacré à l’attitude de la hiérarchie catholique dans l’archevêché de Dublin entre 1975 et 2004, le clergé a systématiquement privilégié les intérêts de l’Eglise sur ceux des enfants, en couvrant les abus sexuels commis par des prêtres de la région de Dublin sur des centaines d’enfants pendant plusieurs décennies.

La presse irlandaise critique

Mercredi, la presse irlandaise titrait encore sur la rencontre des évêques irlandais au Vatican. Ainsi, sur son site internet, le quotidien Irish Times (www.irishtimes.com) écrit mercredi que le pape aurait dû exprimer publiquement son intention d’inviter les victimes d’abus à le visiter personnellement à Rome, comme il l’a fait avec les évêques irlandais. Les médias irlandais attendent maintenant la lettre pastorale que le pape Benoît XVI doit adresser aux fidèles irlandais et voir ce qu’elle contient.

De leur côté, les associations de victimes ont déploré mardi soir que le pape n’ait pas mis la démission des évêques mentionnés dans le Rapport de la Commission Murphy à l’ordre du jour de la rencontre au Vatican. Maeve Lewis, du groupe de soutien «One in Four» à Dublin, a estimé «inadéquate» et «profondément insultante pour les victimes» la réponse du pape mettant les abus sur le compte d’un manque de foi plutôt que sur le fait que les prêtres qui ont commis ces abus ont été transférés d’une paroisse à l’autre et que ceux qui représentaient l’autorité détournaient leurs regards alors que d’autres enfants étaient à nouveau abusés sexuellement. Andrew Madden, qui a été abusé par un prêtre de Dublin, a estimé que la rencontre montrait que «l’auto-préservation» était la priorité de l’Eglise et que cela était placé au-dessus des souffrances de ceux qui ont été abusés durant des décennies.

Convoqués par Benoît XVI au Vatican les 15 et 16 février 2010, les 24 évêques actuellement en poste en Irlande ont reconnu leurs «erreurs de jugement» et leurs «omissions» après la publication de rapports accusant certains d’entre eux d’avoir couvert les actes de prêtres pédophiles. Benoît XVI, lors de cette rencontre, a affirmé que la pédophilie était «un crime atroce» ainsi qu’un «péché grave qui offense Dieu et blesse la dignité de la personne humaine». Pour le pape Benoît XVI, «l’affaiblissement de la foi» a été un facteur déterminant qui a contribué au phénomène d’abus sexuel sur les mineurs. Il a plaidé à ce propos pour une «réflexion théologique profonde», demandant «une meilleure préparation humaine, spirituelle, académique et pastorale des candidats à la prêtrise et la vie religieuse». (apic/imedia/ami/com/be)

17 février 2010 | 10:32
par webmaster@kath.ch
Partagez!