«Le fruit le plus visible du Concile» relève le cardinal Kasper
Fribourg : Congrès pour le 50e anniversaire de la réforme liturgique dans l’Eglise catholique
Fribourg, 12 octobre 2013 (Apic) A quelques semaine du 50e anniversaire de l’adoption, le 4 décembre 1963, par le Concile Vatican II, de la réforme de la liturgie, un congrès a réuni plus d’une centaine de théologiens et pasteurs du 10 au 12 octobre 2013 à Fribourg. Si le bilan tiré est largement positif, il faut reconnaître aussi que beaucoup reste à faire pour permettre aux fidèles d’entrer véritablement dans le mystère eucharistique, a souligné le cardinal Walter Kasper, un des orateurs invités.
L’adoption de la langue commune, la simplification des rites, la célébration face au peuple, l’abandon d’un certain décorum ont été les éléments les plus visibles de la réforme de la liturgie catholique après le Concile Vatican II. Si certains estimèrent qu’on leur avaient ‘volé’ la messe, la majorité des catholiques se réjouirent de voir un changement attendu. Déjà préparé d’ailleurs depuis un certain nombres d’années.
Pas un musée, mais une fontaine
La liturgie n’est pas un musée, mais une fontaine de village. Elle n’est pas un lieu de spectacle, mais l’endroit où l’on vient boire à la source. C’est à partir de cet aphorisme du pape Jean XXII, qui convoqua le Concile Vatican II, que le cardinal Walter Kasper, ancien président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens a développé son exposé.
La constitution sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium) fut la première adoptée par le Concile Vatican II, le 4 décembre 1963 à l’issue de la deuxième session conciliaire. Il n’y a là aucun hasard. Si la liturgie est première dans l’ordre chronologique, elle l’est aussi en importance comme source et apogée de la vie de l’Eglise. L’Eglise vit de l’eucharistie, a rappelé le cardinal Kasper en reprenant le titre de la dernière encyclique du pape Jean Paul II.
La réforme de la liturgie est aussi l’acte du Concile Vatican II dont les fruits sont les plus visibles. Il ne s’agissait pas en priorité de rites, ni de langue, mais bien de rendre présent le mystère du Christ dans son Eglise dans une compréhension nouvelle. Dans ce sens, la Constitution sur la liturgie donna le ton pour toute la suite du Concile.
L’Eglise peuple de Dieu
L’Eglise se comprenant et se définissant comme peuple de Dieu, il fallait ‘démocratiser’ la liturgie. D’où l’idée fondamentale de la participation des fidèles. Il n’y a plus des spectateurs, mais des acteurs, plus d’objets, mais des sujets, souligne le cardinal Kasper. La participation des fidèles voulue par le Concile ne signifie cependant pas un partage des tâches plus ou moins équitable, mais la participation de tous à la communauté eucharistique, dans un dialogue entre le prêtre qui agit au nom du Christ et les participants. L’usage de la langue commune visait à permettre aux fidèles de comprendre le sacrement.
L’imposition rapide, parfois brutale de la réforme liturgique, s’est malheureusement souvent faite sans une catéchèse solide des sacrements, déplore le cardinal Kasper. Le renouveau souhaité sur ce point, sans lequel la liturgie risque de tomber dans le ritualisme voire dans la banalité, n’a pas eu lieu. Cela reste une tâche pour l’avenir.
Le sens profond de l’eucharistie comme célébration de la Pâques, de la passion et de la résurrection du Christ n’a pas été assez développé. On en est resté trop souvent aux notions de sacrifice ou de repas sans mettre en avant l’aspect pascal.
Le dimanche, un temps pour Dieu, un temps pour les autres
La liturgie a évidemment un aspect pastoral. Elle construit le peuple de Dieu. Si elle ne doit pas faire de l’esthétisme ni de l’archéologie, elle doit être très sensible à la beauté et à la création artistique, dans la musique et l’art sacré.
Sur un plan plus social, la liturgie est liée de manière particulière au dimanche, le jour du Seigneur. Le sens du dimanche comme premier jour de la semaine dépasse son caractère religieux. Le nouveau sabbat est un temps pour Dieu, mais aussi un temps pour les autres. Pour le cardinal le dimanche est une réponse des chrétiens à la société totalitaire dominé par la consommation. C’est la liberté que le christ nous donne. (apic/mp)
50e anniversaire de la fondation de l’Institut liturgique de la Suisse
Le congrès organisé à Fribourg du 10 au 12 octobre 2013 était aussi l’occasion de célébrer le cinquantenaire de la fondation de l’Institut liturgique de la Suisse.
L’origine de l’institut ramène à l’année 1956 lorsqu’une chaire de Sciences liturgiques stable fut érigée à l’Université de Fribourg. Le premier titulaire en fut Anton Hänggi (1917-1994) jusqu’en 1967, date de sa nomination comme évêque de Bâle. Historien de formation, Mgr Hänggi s’est surtout investi dans la recherche historique. Il participa à de nombreuses commissions dans le cadre de la préparation et la réalisation de la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II. On peut sans conteste affirmer qu’il exerça une influence certaine sur le renouveau de la vie liturgique de l’Église catholique en Suisse et au-delà. Il fut co-fondateur en 1957 de la collection «Spicilegium Friburgense» (et en 1963 de «Spicilegii Friburgensis Subsidia») pour l’édition de «textes pour servir à l’histoire de la vie chrétienne», particulièrement et encore aujourd’hui l’édition de sources liturgiques.
En 1963, au moment de l’ouverture du Concile Vatican II, l’Institut de liturgie de la Conférence des évêques suisses fut érigé sur son initiative et rattaché dans un premier temps à sa chaire. L’adoption de la langue commune pour la liturgie fit que la collaboration passa ensuite de la sphère nationale à la sphère linguistique. On créa alors un centre par région linguistique. Le centre romand fut établi à Fribourg, avant de se déplacer à Bex. La section germanophone fut déplacée à Zürich en 1968. Après un bref séjour à Lucerne de 2001 à 2003, elle revint dès 2004 à son lieu d’origine à Fribourg. (apic/com/mp)



